AU LECTEUR
MARIANA , L. 49. de la Historia de
Espanna , C.
pocos dias antes htcho campo con D. Go^ mes Condt dt Gormas* Venciole , y dioU la mucrtc^ Lo que rcsulto d*este caso , fue que caso con Dona JLimena » hija y heredera del mismo Conde. £lla mîsma requirio al Rcy que se le diesse par piarido , ( y a estaua muy prendada de sus partes ) y oie cas^ tîgasse conforme a tas leyes , por la muerte que dih a su padre* Hi^ose cl casamiento t que a todos ex* taua a cuento ^ con el quai por el gran dote de su esposa , que se aUego al estado que el ténia dt su padrc , se aumento en podcry riqueias.
Voilà ce qu*a prêté l'Histoire à Don Guillen de Castro » qui a mis ce fameux événement sùx le Théâtre avant moi. Ceux qui entendent TEspagnol t y remarqueront denx circonstances i Tune y que Chimene ne pouvant s'empêcher de reconnoitie et d'aimcx les belles qualités qu'elle
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voyait en Don Rodrigue, quoiqu'il eût tué son pcrc ( cstaua prcndada de sus partes ) , alla proposer elle-même au Roi cette généreuse alterna*, ttve 9 ou qu'il le lui donnât pour mari , ou qu*il le fit punir suivant les loix ^ l'autre , que ce mariage se fit au gré de tour le monde. ( a to^os esiaua a cuento )• Deux Chroniques du Cid ajoutent qu'il fut célébré par TArchevèque de Séville , en présence du Roi et de toute sa Cour i . mais je me suis contenté du texte de THistorten , parce que toutes les deux ont quelque chose qui sent ie Roman , et peuvent ne persuader pas davantage que celles que nos François ont faites de Charlemagne et de Roland. Ce que j'ai rapporté de Mariana suffit pour faire voir l'état qu'on fit de Chimene et de son mariage dans son siècle même » oi!i elle Técot en un tel éclat , que les Rois d'Aragon et de Navcutre tinrent à bon* ncur d'être ses gendres » en épousant ses deux
filles. Quelques-unes ne l'ont pas si bien traitée dans le nôtre $ et sans parler de ce qu'on a dit de la Chimene du Xhéatre » celui qui a composé l'Histoire d'Espagne en François , Ta notée » dans son Livre ^ de s'être trop tôt et aisément
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coQSoléc de la mort de son pere^ et a voulu taxée de légèreté une action qui fut imputée à grandeur de courage par ceux qui en furent les témoins. Deux Romances Esp^^gnoles que {e vous donnerai ensuite de cet Avertissement , parlent encore plus en sa faveur. Ces sortes de petits Poèmes sont comme des originaux décousus de leurs anciennes Histoires et je serois ingtat envers la mémoire de cette Hcro'ine , si , après ravoir fait connoître en France , et m'y être fait connoitre par elle > je ne tichois de la tirer de la honte qu'on lui a voulu faire , parce qu'elle a passé par mes mains. Je vous donne donc ces pièces fustificatives de la réputation où elle a vécu , sans dessein de justifier la façon dont je l'ai fait parler François. Le tems Ta fait pour moi , et les Traductions qu'on a faites en toutes les Lœgues qui servent aujourd'hui à la scène » et chez tous les Peuples où Ton voit des Théâtres ^ je veux dite en Italien , Flamand et Anglois , sont d'assez gloneuses apologies contre tout et qu'on en a dit. Je n'y ajouterai pour toute chose» qu'environ une douzaine de vers Espagnols, qui semblent faits expies pour la de-
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fSendre* Ils sont da même Aateur qui Ta trdîtce •vaBt moi » Don Guillen de Castro , qui dans une autre Comédie qu'il intitule Engannarse êngannando « fait dire à ode Princesse de Béam r
.A mirac
Bien el mnndo , que el tener
Apttitos que vcnccr >
y ocftsienes que dexar»
Examînan el valor
En la muger > yo dixera Lo que siento ^ porque fuera luiimiento de m! honor.
Pero malicias fundadas £n honras mal entendidas De tentaciones vcncidas Haz en culpas declaradas :
Y assi la que cl desseac Con el resistir apuntat Vence dos vêtes si junta Con el rcsistir cl callar.
C'est 9 si je ne me trompe , comme agit Chi^ mené dans mon Ouvrage » en présence du Roi et de l'Infante. Je <U5 en présence du Rot et de l'Infante » parce que « quand elle est seule ^ oli avec sa Confidente ^ ou avec son Amant , c'est une autre chose. Ses moeurs sont inégalement
Tiiî A U ^ L £ C T E U R.
égales ^ pour parler en termes de notre Aitstote » et changent suivant les circonstances des lieux » des personnes » des tems » et des occasions , en conservant toujours le même principe.
Au reste , je me sens obligé de désabuser le Public de deux erreurs qui s*y sont glissées touchant cette Tragédie » et qui semblent avoir été autorisées par mon silence. La première est que l'aie convenu de juges touchant son mérite , et m'en sois rapporté au sentiment de ceux qu'on a priés d'en juger. Je m'en tairois encore $ si ce faux bruit n'avoitété jusquès chez M. de Balzac, dans sa province , ou , pour me servir de ses paroles mêmes , dans son désert , et si je n'en avois vu depuis peu les marques dans cette admirable lettre qu'il a écrite sur ce sujet , et qui ne fait pas la moindre richesse des deux derniers trésors qu'il nous a donnés. Or ^ comme tout ce qui part de sa plume regarde toute la postériré , maintenant que mon nom est assuré de passer jusqu'à elle dans cette lettre incomparable » il me seroit honteux qu'il y passât avec cette tache , et qu'on pùt à jamais me reprocher d'avoir compromis de ma. répuution. C'est une chose qui » jusqti'à
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ptésent f est sans exemple $ et de tous ceux qui out été attaqués comme moi , aucun que je sache n'a assez de foiblesse pour couvcnir d'arbitres avec ses censeurs 5 et s'ils ont laissé tout le monde dans la liberté publique d'en juger , ainsi que )'ai fait» ç'a été sans s'obliger , non plus que moi , à en croire personne. Outre que dans la conjoncture où étoient lots lea affaires du Cid » il ne falloir pas eue grand devin pour prévoir ce que nous en avons vu arriver, A moins que d'eue tout* à fait stupide, on ne pouvott pas ignorer quct comme les questions de cette nature ne concernent ni la Religion, ni r£tat , on en peut décides par les legles de la prudence humaine , aussi bien que par celles du Théâtre , et tourner sans scrupule le sens du bon Aristote du côté de la politique. Ce n'est pas que je sache si ceux qui ont jugé du Cad , en ont jugé suivant leur sentiment ou non » ni même que je veuille dire qu'ils en aient bien ou mal jugé 9 mais seulement que ce n'a jamais été de mon consen* tement qu'ils en ont jugé ^ et que peut'âtre je l'auiois justifié sans beaucoup de peine , si la iD^me raison qui les a fait parler , ne m^avQic
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obligé à me taire. Aristote ne s'est pas expliqué si clairement dans sa Poétique » que nous n'en puissions taire ainsi que les Philosophes , qui le tirent chacun à leur parti dans leurs opinions con* traires ; et comme c'est un pays inconnu pouc beaucoup de monde , les plus zélés partisans du Cid en ont cru ses Censeurs sur leur parole , et se sont imaginé avoir pleinement satisfait à toutes leurs objections > quand ils ont soutenu qu'il impottoit peu qu'il fut selon les règles d* Aristote » et qu' Aristote enavoit fait pour son siècle et pout des Grecs » et non pas poux k nôtre » et pour des François.
Cette seconde erreur que mon stlenee a a& fermie » n*est pas moins infurieuse à Aristote qu'à moi. Ce grand iiomme a traité la Poétique avec tant d'adresse et de jugement ^ que les préceptes qu'U nous en a laissés ^ sont de tous les tems et de tous les peuples ; et » bien loin de s'amuser au détail des bienséances et des agré* mens , qui peuvent être divers , selon que ees deux circonstances sont diverses » il a été droit aux mouvemens de l'ame dont la nature ne ebange point. Il a monuc quelles passions la
Tragédie
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Tiagédie doii excitex dans celle de ses Àudi-
teucs I il a cherché quelles conditions sont né* cessaires , et aux personnes qu'on introduit » et
aux événemens qu'on rcpccsentc» pour les j faire naître » il en a laissé des moyens qui au<xoiem produit leur effet par-tout dès la création éa monde , et qui seront capables de le pro^ - duire encore par-tout , tant qu'il y aura des Théaues et des Acteurs s et , pour Içxeste » que les lieux et les tems peuvent changer , il l'a né-* gligé , et n'a pas même prescrit le nombre des actes , qui n'a été réglé que par Horace , beaticoup après lui.
Et , certes , je serois le premier qui condam» ncirois le Cid » s'il péchoit contre ces grandes et souveraines maximes que nous tenons de ce Philosophe i mais bien loin d'en demeurer d'ac-
cord , j'ose dire qoe cet heuireax Poëme n*a si cxuaordinairement réussi, que parce qu'^n y voit les deux maîtresses conditions (permettezmoi cette ëpithete ) que demande ce grand Maîue aux excellentes Tragédies » et qui se trouvent si rarement assemblées dans un même Ouvrage , qu'un des plus doctes Commenta*
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tenis de ce divm traité qu'il en a fait 9 soutient que toute TAntiquité ne les a vu se lencontier que dans le seul Œdipe. La première est , que celui qui soufiire et est pexsécuté , ne soit ni tout méchant ^ ni tout vertueux i mais un homme plus vertueux que méchant ^ qui ^ par quelque trait de foiblesse humaine qui ne soit pas un crime 9 tombe dans un malheur qu'il ne mérite pas : l'autre , que la persécution et le péril ne viennent point d'un ennemi , ni d'un indifférent ; mais d'une personne qui doive aimer celui qui souâie 9 et en eue aimée. Et voilà , pour en parler pleinement , la véritable et seule cause de tout le succès du Cid , en qui l'on ne peut meconnoiixe ces deux conditions » sans s'aveugler soi-même pour lui faire injustice. J'achève donc . en m'acquittant de ma parole ; et y après vous avoir dit en passant ces deux mots pour le Cid du Théâtre, je vous donne » en faveur de la Chimene de THistoire , les deux Romances que je vous ai promises.
J'oubiiois à vous dire que quantité de mes amis ayant jugé à propos que je lendisse compte
•a Public de ce que j'avoit emprunté de TAu-
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tcur Espagnol dans cet Ouvrage , et m'ayant témoigné l^souhaicer , j'ai bien voulu leur donnes cette satisfaction. Vous trouverez donc tout ce que j'en ai traduit imprimé d'une autre lettre ^ avec un chitfre au conunencement » qui servira de marque de renvoi pour trouver les vers £spa«
gnols au bas de la même page. Je garderai ce même ordre dans la Mort de Pompée pour les vers de Lucain s ce qui n'empêchera pas que je ne continue aussi ce même changement de lettre» toutes les fois que mes Acteurs rapportent quelque chose qui s'est dit ailleurs que sur le Théâtre» où vous n'imputerez rien qu'à moi » si vous n'y voyez ce chififre pour marque , et le texte d'un * autre Auteur au-dessous»