LETTRE
OU
RÉPONSE DU SIEUR P. CORNEILLE , AUX Observations du Sieur de Scur
• DÉRY , SUR LE ClO.
M OKSIEUR.
• ÏL ne vous suffît pas que votre libelle me d^chîrt en public» vos lettres me viennent quereller jusquei dans mon cabinet y et tous m'envoyez d'injustes a^cu** sations , lorsque vous me devez pour le moins des excuses. Je n'ai point fait la Pièce que vous m'im- 'pijtez et qui vous piques je Ta! reçue de Paris avec une lettre qui m'a appris le nom de son Auteur î îl {'adresse 1 un de nos amie qui vous en pourra donng^ .
Kii
tjfi LETTRE
plus de iiitmere. Pour moi , bien que je n'aie gueee
de jugement , si Ton s'en rapporte à vous , je n'en ai pas si peu que d'offenser une personne de si liaute con-* dition 9 et de craindre moins ses ressentimena iiue
les vôtres : tout ce que je vous puis dire , c*est que je ne doute ni de voue noblesse » ni de votre vaillance » et qu'aux choses de cette nature » où je n'ai pgine d'intérêt , je crois le monde sur sa parole : ne mêlons point de pareilles difficultés parmi nos différens. U n'est pas question de sav<rir de combien vous Stes pldil noble ou plu$t vaillant que moi , pour juger de combien le Cid est meilleur que l'Amant Libéral. Lesbon^ esprits trouvent que vous avez fiiît un chef-d'œuvre de doctrine et de raisonnement en vos observations, la modestie et la générosité que vous y témoigner f leur semblent des pièces rares > et sur-^tout votre pro^ cédé merveilleusement sincère et cordial envers ua ami. Vous protestez de ne me point .dire d'injures ^ incontinent après vous m'accusex d'ignorance en mon métier , et de manque de jugement en la conduite de mon chef - d'œuvre : appeliez - vous cela des civilités d'Auteur ? Je n'aurois besoin que du texte de votre libelle > et des contradictions qui s*y rencontrent , pour vous convaincre de l'un et de l'autre de ces défauts» Ke vous êces-vous pas souvenu que le Cid a été reprc-* senté trois fois au Louvre , et deux fois à l'Hôtel de Richelieu , quand vous avez traité la pauvre Chimene d'impudique « de prostituée » de paaicide, de monstre? Ne vous Stes r vous pas souvenu que le &fiine, les Princesses et.ks plu^ vertueuses Damih
de Ul Cour et de Paris l'ont reçue et caressée en fiHe
4'honneur ? Quand vous m'avcx reproché mes vanités, et nommé le Comte de Gormas un Capiun *de tnédie 9 vous ne tous 8tes pas souvenu que vous aves mis un A qui lit au-devant de Ligdamon , ni des autres chaleurs poétiques et militaires qui font rire le lecteur presque dans tous vos livres. Pour me faire leroîre ignorant , vous avez taché d'imposer aux simples , et avex avancé des maximes de Théâtre , de votre seule autorité , dont 9 quand elles seroient vraies» voue ne pourriez tirer les conséquences que vous en tirez : vous vous êtes £ût tout blanc d' Aristote , et d'autres Auteurs que vous ne lûtes et n'entendttes peut - £tre jamais » et qui vous manquent tous de garantie » Vous avex fait le Censeur moraU pour m'imputer de niauvais exemples : vous avez épluché les vers de ma Pièce ) jusqu'à en accuser un de manque de césure. Si vous eussiez su les termes de Tart 9 vous eussiez die qu'il manquoit de repos en T hémistiche. Vous m'avez; voulu faire passer pour simple Traducteur» sous ombre it soixante et douxe vers que vous marquez sur un ouvrage de deux mille y et que ceux qui s* y connois* sent, n'appelleront jamais de simples traductions^ Vous avez déclamé contre moi , pour avoir tû le nom de TÂuteur Espagnol , bien que vous ne rayiez appris que de moi» et que vous sachiez fort bien que je ne l'ai célé à personne > et que même j*en ai porté Poriginal» en aa langue, à Monseigneur le Cardinal» votre Maître et le nùen. Enfin , vous m*avez voulu artaclier, en ce jour» ce .^ue près de uentç $ins d'^tudç m'gnt acquis : il n'a gas ^
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Digiti^cû by G(.j(..wtL
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tenu àTôttfqtiedu {Premier lieu, oh, beaucoup d*hofi-
nêtes gens mç placent, je ne sols descendu au-dessous de Claverct $ et, pour réparer des offenses si sensl* Mes, TOUS croyez fisiire assez de m'exhorter à vous répondre sans outrage, de peur, dites-vous, de nous repentir après tous deux de nos folies. Vous mo Oiandcz impérieusement, que, malgré nos gaillardises passées , je sois encore votre ami , afin que vous soyiez encore le mien : comme si votre amitié me devoit être fort précieuse apr2s cette incartade , et que je dusse prendre garde seulement au peu de mal que vous m'avcx fait, et non pas à celui que vous m^avex voulu faire. Vous vous plaignez d'une lettre 2 Ariste, où je ne vous ai point fait de tort de vous traiter d'égal : vous nommez folies les travers d*Auteu2 ou vous vous êtes laissé emporter , et cfiêctivement le rcpcnrir que vous en faites paroître marque la hontq que vous en avez* Ce n'est pas assez de dire : soyez en* corc mon ami , pour recevoir une amitié si indignemene violée. Te nesuis point honrnie d'éclaircissement i vous €tes en sûreté de ce côté-là. Traitez-moi dorénavant en inconnu , comme je vous veux laisser pour tel que vous êtes 5 maintenant que je vous connois ; mais vous n'aurez pas sujet de vous plaindre , quand je prendrai le m6me droit sur vos Ouvrages , que vous avez pris sur * les miwns. Si un volume d'observations nevoussuâ^c» faites-en encore cinquante. Tant que vous ne m^attaquerez pas avec des raisons plus solides , vous ne me snettrez point en nécessité de me défendre. De mon côté , je versai avec mes amis ^ si ce que votre libellf
iteus a laissé de répatadon, vautla peînç que j'acbere la ruiner. Quand vous me demanderez mon anûdë avec
des termes plus civils , j'ai assez de bonté pour ne vous la refuser pas , et pour me taire sur les défauts de votre esprit que vou^ étalex dans vos livres. Jusques-là fc suis assez glorieux pour vous dire que je ne vous crains» ni ne vous aime. Apris tout , pour vous parler sérieusement , et vous montrer que je ne suis pas si piqué que vous pourriez vous l'imaginer , il ne tiendra pas à moi que nous ne repremons la bonne intelligence du passé* Mais après une offense si publique , il y faut un peu plus de cérémonie. Je ne vous la rendrai pas makûfée : je donnerai tous mçs intérêts à qui vous voudrez de vos amis > et je m'assure que si un homme se pouvoie faire satisfiiction à lui-m8me du tort qu'il s'est fait » il vous condamnerolt à vous la fiiire à vous-mfime , plutôt qu'à moi qui ne vous en demande point , et à qui la lecture de vos observations n'a donné aucun mouve-' ment que de compassion ; et , certes , on me blâmeroit avec justice» si je vous voulois mal pour une chose qui # a été l'accomplissement de jna gloire, et dont le Cid a reçu cet avantage > que de tant de Poèmes qui ont paru jusqu'à présent > il a été k seul dont l'éclat ait obligé Tenvie à prendre la plume. Te mécontente , pour toute apologie» de ce que vous avouez» qu'il a eu Vapproba^ tiùu des Swmns et de la Cour. Cet éloge véritable , par où vous commencez vos censures , détruit tout ce que vous pouvez dire après* Il suffit que vous ayiez fait une folie » sans que j*m fyM OM i vous répondre
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iji LETTRE APOLOGÉTIQUE.
comme vous m'y conviez; ct> puisque les plus courtes sont les meilleures , je ne ferai point revivre la vôsre par la mienne. Résistez aux tentations de ces gail* lardiscs qui font rire le public à vos dépens , et conti-» Butz à vouloir être moa ami » afin que je me puisse dire le vôtre » &c«
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