‹ Chefd'œuvres de P. CorneilleChapitre 91 sur 92 · SCENE CINQUIEME · texte numérisé non relu

SCENE CINQUIEME

Madame, à vos genoux j'apporte cétte épet.

On peut bien apporter une épée aux pMs àc<^itàq/l*m 9 mais non pas aux genoux*

Ministre déloyal de mon rigoureux sort m

DonSanche n*étoît point déloyal , puîsqu*tl n'avoit fait que ce «qu'elle lui avoit permis de faire , et qu'il ne lui avoit manqué de foi en nulle chosCé

Le cinquième article des obserratiolis comprend les brcins de l'Auteur , qui sont ponctuellement ceux que t*>Obsertr«teuf a remarqués ; mais il £tut tomber dTaccord , que ces traductions ne font pas toute la beauté delà Pièce» car, outre que nous remarquerons qu'en bien peu de choses înûtées , il est demeuré au-dessous de l'original et qu'il en a rendu quelques-unes meilleures qu'elles n'étoient , nous trouvons encore qu'il y a ajouté beaucoup de pensées qui ne cèdent en rien à celles du premier Auteur.

Tels sont les seatimens de TAcadémie Françoise ,

^U*eUe met au jg^r > plutôt pouj: rcadrc témoignage dç ce pense»» le Qid> q^ peur donnfic aux

ti€ SENTIMENS

auttcs des règles de ce qu*ils en doivent croire. Elle s'imagine bien qu'elle n'a pas absolument ntà»fàit m VKUr teur , dont elle marque les défauts , ni rObser\'aceur , . dont elle n'approuve pas toutes les censures , ni le Peuple dont clic combat les premiers suffrages ; mais elle $*est résolue, dis le commencement, à n'avoir point d'autre but que dt satisâlire à son devoir : elle a bien voulu renoncer à la complaisance , pour ne pas trahir la vérité ; et, de peur de tomber dans la faute dont elle accuse ici le Poète , elle a moins songé à plaire qu'à profiter. Son équitable sévérité ne laissera pas de contenter ceux qui aimeront mieux le plairir d'une véritable connoissance , que celui d'une douce illusion , et qui n'apporteront pis tint de soin pour s'cmpÊchec d*6tre uiUement trompés , qu'ils semblent en avoir pris, jusques i cette heure , pour se laisser tromper agréablement. S'il est ainsi , elle se croit assez récompensée de son travail. Comme elle cherche leur instruction > et ifth pas sa gloire ^ elle ne demande pas qu'ils prononcent en Public contre eux-mêmes : il lui suffit qu'ils se condamnent en particulier , .et qu'ils se rendent en secret à leur propre raison. Cette m6me raison leur dira ce que nous leur disons , si-tôt qu'elle pourra teprendre sa première liberté , et, secouant le joug qu'elle «'étoit laissé mettre par surprise , elle éprouvera qu'il n'y a que les fausses et imparfaites beautés qui soient proprement de courtes tyrannies i car les passions violentes , bien exprimccs , font souvent en ceux qui les Wient une partie de l' effet qu'elles font en ceux qui les ressentent véritablement. Elles ôtent à tous la Uberté de*

SUR LE CI tii

Ptsftit , et font qae tes uns se pleisent à voir rept^ eentcr les fautes que les autres se plaisent à commettre» Ce soat ces puissans mouvemens qui ont ùxi des Spec-tateors 4u Cid cette gramie approbation , et qui doivent ausû la faire excuser. L'Auteur s'est façikmcnt fendu mattre de fcur ame » après y avoir excité le trouble et l'émotion ^ leur esprit , flatté par quelques endroits agréables > est devenu aisément flatteur de tout le reste; et les charmes cclatans de quelques parties , leur ont 4onné de l'amour pour tout le corps. S'ils eussent été snoms ingcnieoz , ils eussent été moins sensibles : ils eussent vu les défauts que nous voyons en cette Pièce « «*jls ne se fussent pcmit trop arrfités i en regarder les beautés , et si on leur peut faire quelque reproche, au moins n'est<e pas celui qu'un ancien Voeu faisoit aux TliébainS) quand il disolt qu'ils étoient tropgrosaiets pour être trompés i et, sans mentir ^ les Savans mSmes doivent souffrir , avec quelque indulgence , irrégularités d'un ouvrage qui n'auroit pas eu Thonjoeur d'agréer ù foct au commun » s'il n'av<Mt des ^ grâces qui ne sont pas communes. Il devoir penser que Tabus étant si grand dans la plupart de nos Poëmea dramatiques » il j aumie peut^tre arop de rigueur à condamner absoltunent un homme » pour n'avoir pas surmonté la foiUesse^ ou la négligence de son siede ,

et à estimer qu'il n'auroit rien fait du taut , parce qu'il n'auroit point fait de miracles. Toutefei$ ce qui l'cxr cuse ne le justifia pas > et les fiiutes mSmes des anciens

qui semblent devoir être respectées pour leur vieillesse ,

OttySionyose diceipour leut iaunottalité > nepeavcn»

iîS s E N T I M E N s

pas ddftnètt les sfcnncs. Tl est vrai que celte- là ne sont presque considérées qu'avec révérence , d'autant que les unes étant faites devant les règles, «ont nées libres , et hors de leur jurisdictîon ; et que les autres » par une longue durée» ont comme acquis une prescription légitime. Mais cette fiiveur , qui, à peine > met à couvert ces grands hommes, ne passe point jusqu*4 leurs successeurs. Ceux qui viennent après eux héritent bien de leurs richesses ; mais non pas de leurs privir icges i et les vices d'Euripide ou de Séneque ne sauroient faire approuver ceux de GuUlen de Castro. L'exemple de cet Auteur Espagnol seroit peut-être plut lavorable i nottc Auteur François > qui, s'étant coinmc engagé à marcher sur ses pas , sembloit le devoir suivre également parmi te épines et parmi les fleurs , et ne le pouvoir abandonner , quelque bon ou mauvais chemin qu'il tînt , sans une espèce d'infidéUté ; mais , outre que te fiiatei sont estimées volontaires « quand on se les rend nécessaires volontairement , et que lorsqu'on choisit une servitude , on la doit au moins choisit belle , il a bien feît voir lui-même , par bi Uberté qu'il s'est donnée de changer plusieurs endroits de ce Vùëmt , qu*en ce qui regarde la Foésie , on demeure encore libre après cette sujétion. Il -n'en est pas de mimt dans l'histoire qu'on est obligé de rendre teUe qu*on la reçoit. II faut que ta crémce qu'on lui donne soit aveugle , et la déférence que l'Historien doit à la Tédté , le dispense de ceUe que le Poète doit k la bien* séance. Mais , comme cette vérité a peu de crédit dans i^art des beaux mensonges , nous pensons qu'à son

s U R L E C I D. . »jt

tour elle y doit céder à la bienséance ; qu'être inven* teur et imitateur n'est ici qu'une même chose , et que le Poète François qui nous a donné le Cid , est coupable de toutes les fautes qu'il n'y a pas corrigées. Aprc^ tout, il faut avouer qu'encore qu'il ait fait choix d'une anaticie défectueuse , il n'a pas laissé de faire éclater en beaucoup d'endroits de si beaux sentimens et de si belles paroles, qu'il a en quelque sorte imité le Ciel « qui, en la dispensation de ses trésors et de ses grâces » donne indifféremment la beauté du corps aux méchantes ames et aux bonnes. Il faut confesser quUl y a semé un bon nombre de vers excellens , et qui semblent ^ avec quelque justice , demander grâce pour ceux qui ne le sont pas. Aussi les aurions - nous remarqués particulièrement , comme nous avons fait les autres, n'étoit qu'ils se découvrent assez d'eux-mêmes, et que d'ailleurs nous craindrions, qu'en les ôtant de leur situation, nous ne leur ôtassions une partie de leur grâce , et que, commettant une espèce d'injustice pour irottlolr 8tre trop justes , nous ne diminuassions leurs beautés , à force de les vouloir faire paroîtrc. Ce qu'il y a de mauvais dans l'ouvrage n'a pas laissé même de produire de bons effets , puisqu'il adonné lieu aux ob-tervations qui ont été faites dessus, et qui sont remplies de beaucoup de savoir et d'élégance* De sorte que l'on peut dire que ses défauts ont été utiles , et que , sans y penser , il a profité aux lieux où U n'a su plaire. Enfin , nous concluons , qu'encore que le sujet du Cid ne soit pas bon, qu'il pèche dans son dénouement, qu'il soit chargé d'épisodes inutiles, que U bienséance y manquf

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