‹ Chefs-d'œuvre de BossuetChapitre 15 sur 70 · COAULEMAGNE, OU L'ÉTABLISSEMENT DU NOUVEL EMPIRE · texte numérisé non relu

COAULEMAGNE, OU L'ÉTABLISSEMENT DU NOUVEL EMPIRE

Enfin l'an 800 de notre Seigneur , ce grand protecteur de Rome et de l'Italie , ou pour mieux dire de toute l'Église et de toute la chrétienté , élu empereur par les Romains sans qu'il y pensât, et couronné par le pape Léon III , qui avoit porté le peuple romain à ce choix , devint le fondateur du nouvel empire et de la grandeur temporelle du Saint-Siège.

Voilà, Monseigneur, les douze époques que j'ai suivies dans cet abrégé. J'ai attaché à chacune d'elles les faits principaux qui en dépendent. Vous pouvez maintenant , sans beaucoup de peine , disposer , selon l'ordre des temps , les grands événements de l'histoire ancienne , et les ranger pour ainsi dire chacun sous son étendard.

Je n'ai pas oublié , dans cet abrégé , cette célèbre division que font les chronologistes de la durée du monde en sept âges. Le commencement de chaque âge nous sert d'époque : si j'y en mêle quelques autres, c'est afin que les choses soient plus distinctes , et que l'ordre des temps se développe devant vous avec moins de confusion.

Quand je vous parle de l'ordre des temps, je ne prétends pas. Monseigneur , que vous vous chargiez scrupuleusement de toute* les dates ; encore moins que vous entriez dans toutes les disputes des chronologistes , où le plus souvent il ne s'agit que de peu d'années. La chronologie contentieuse, qui s'arrête scrupuleusement à ces minuties, a son usage sans doute; mais elle n'est pas votre objet, el sert peu à éclairer l'esprit d'un grand prince. Je n'ai point voulu raffiner sur cette discussion des temps; et parmi les calculs déjà faits, j'ai suivi celui qui m'a paru le plus vraisemblable , sans m'engager à le garantir.

sua l'histoire universelle. 105

»jne dans la supputation qu'on fait des années , depuis le temps de la création jusqu'à Abraham , il faille suivre les Septante , qui font le monde plus vieux, ou l'hébreu, qui le fait plus jeune de plusieurs siècles , encore que l'autorité de l'original hébreu semble devoir l'emporter , c'est une chose si indifférente en ellemême , que i'Église , qui a suivi avec saint Jérôme la supputation de l'hébreu dans notr^ Vulgate , a laissé celle des Septante dans son Martyrologe. En effet, qu'importe à l'histoire de diminuer ou de multiplier des siècles vides , où , aussi bien , l'on n'a rien à raconter? N'est-ce pas assez que les temps oii les dates sont importantes aient des caractères fixes, et que la distribution en soit appuyée sur des fondements certains? Et quand même dans ces temps il y auroit de la dispute pour quelques années , ce Ee seroit presque jamais un embarras. Par exemple , qu'il faille mettre de quelques années plus tôt ou plus tard , ou la fondation de Rome , ou la naissance de Jésus-Christ : vous avez pu reconnaître que cette diversité ne fait rien à la suite des histoires , ni à l'accomplissement des conseils de Dieu. Vous devez éviter les anachronismes qui brouillent l'ordre des affaires , et laisser disputer des autres entre les savants.

Je ne veux non plus charger votre mémoire du compte des Olympiades , quoique les Grecs, qui s'en servent , les rendent nécessaires à fixer les temps. Il faut savoir ce que c'est, afin d'y avoir recours dans le besoin ; mais , au reste , il suffira de vous attacher aux dates que je vous propose comme les plus simples et les plus suivies, qui sont celles du monde jusqu'à Rome, celles de Rome jusqu'à Jésus-Christ , et celles de Jésus-Christ dans toute la suite.

Mais le vrai dessein de cet abrégé n'est pas de vous expliquer l'ordre des temps , quoiqu'il soit absolument nécessaire pour lier toutes les histoires , et en montrer le rapport. Je vous ai dit , Monseigneur, que mon principal objet est de vous faire considérer, dans l'ordre des temps, la suite du peuple de Dieu et celle des grands empires.

Ces deux choses roulent ensemble dans ce grand mouvement des siècles, où elles ont pour ainsi dire un mctne cours : mais il est besoin, pour les bien entendre, de les détacher quelquefois l'une de l'autre , et de considérer tout ce qui convient à chacune d'elle.

lOÔ DISCOURS

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