CHAPITRE XIX
Jésus-Christ et sa doctrine.
Dans ce déclin de la religion et des affaires des Juifs , à la fin du règne d'Hérode, et dans le temps que les pharisiens introduisoient tant d'abus, Jésus-Christ est envoyé sur la terre pour rétablir le royaume dans la maison de David, d'une manière plus haute que les Juifs charnels ne l'entendoient, et pour prêcher la doctrine que Dieu avoit résolu de faire annoncer à tout l'univers. Cet admirable enfant, appelé par Isaïe le Dieu fort, le Père du siècle futur, et l'Auteur de la paix, naît d'une vierge à Betliléem, et il y vient recomioîlre l'origine de sa race. Conçu du Saint-Esprit, saint par sa naissance , seul digne de réparer le vice de la nôtre, il reçoit le nom de Sauveur, parce qu'il devoit nous sauver de noijjéchés. Aussitôt après sa naissance, une nouvelle étoile, figure
de la lumière qu'il devoit doimer aux GouliU, 8e fait voir en Oriemt, et amène au S»aveur encore enfant les prémices de la genlililé convertie. Un peu après, ce Seigneur tant désiré vient à son saint temple, où Siniéon le regarde, non-seulement comme la gloire d'Israël, mais encore comme la lumière des nations infidèles. Quand le temps de prêcher son évangile approcha, saint Jean- Baptiste, qui lui devoit préparer les voies, appela tous les pécheurs à la pénitence , et fit retentir de ses cris tout le désert où il avoit vécu dès ses premières années avec autant d'austérité que d'innocence. Le peuple, qui depuis cincj cents ans n'avoit point vu de prophètes, reconnut ce nouvel Élie, tout prêt à ie prendre pour le Sauveur, tant sa sainteté parut admirable : mais lui-même il montroit au peuple celui dont */ était indigne de délier tes souliers. Enfin Jésus-Christ commence à prêcher son évangile, et à révéler les secrets qu'il voyoit de toute éternité au sein de son Père. Il pose les fondements de son Église par la vocation de douze pêcheurs, et met saint Pierre à la tête de tout le troupeau , avec une prérogative si manifeste, que les évangélistes, qui, dans le dé* nombrement qu'ils font des apôtres, ne gardent aucun ordre ceiv tain, s'accordent à nommer saint Pierre devant tous les autres, comme le premier. Jésus-Christ parcourt toute la Judée, qu'il remplit de ses bienfaits ; secourable aux malades, miséricordieux envers les pécheurs, dont il se montre le vrai médecin par l'accès qu'il leur donne auprès de lui, faisant ressentir aux hommes une autorité et une douceur qui n'avoit jamais paru qu'en sa personne. Il annonce de hauts mystères ; mais il les confirme par de grands miracles : il commande de grandes vertus ; mais il donne en même temps de grandes lumières, de grands exemples, et de grandes grâces. C'est par-là aussi qu'il paroit « plein de grâce etdeférité, a et nous recevons tout de sa plénitude. »
Tout se soutient en sa personne, sa vie, sa doctrine, ses miracles. La même vérité y reluit partout ; tout concourt à y luire voir le maître du genre humain et le modèle de la perfection.
Lui seul vivant au milieu des hommes, et à la vue de tout le monde, a pu dire sans crainte d'êfre démenti : « Qui de vous me « reprendra de péché ? » Et encore : « Je suis la lumière de a monde ; ma nourriture est de faire la volonté de mon Père : celu a qui m'u envoyé est avec moi, et ne me laisse pas seul, parce qà« a je fais toujours ce qui lui plaît . »
Ses miracles sont d'un ordre particulier, et d'un caractère uîbO-
SDR l'hisiûire universelle. 479
veau. Ce ne sont point des signes dans le ciel, tels qiûje les 4iiifs les demandoient : il les fait presque tous sur les hommes mçp^^, et pour guérir leurs infirmités. Tous ces miracles tiennent plu§ (îe la bonté que de la puissance, et ne surprennent pas tauf les spectateurs, qu'ils les touchent dans le fond du ccEpr. Il les fait avec empire : les démons et les inaladies lui obéissent : à sa parole Ips aveugles-nés reçoivent la vue, les morts sortent du tombeau, et les péchés sont remis. Le principe en est en lui-même ; ils coulent de source : « Je sens , dit-il , qu'une vertu est sortie de moi. » Aussi personne n'en avoit-il fait ni de si g):ands, ni en si grand nombre; et toutefois il promet que ses disciples feront en son nom encore de plus grandes choses : tant est fécQ^de et inépuisable la vertu qu'il porte en lui-même.
Qui n'admireroit la condescendance avec laquelle il tempère la hauteur de sa doctrine ? C'est du lait pour les enfants, et tout ensemble du pain pour les forts. On le voit plein des secrets de Dieu; mais on voit qu'il n'en est pas étonné, comme les autres mortels à qui Dieu se communique : il eu parle naturellement, comme étant né dans ce secret et dans cette gloire ; et ç<' qu'il a sans mesure , il le répand avec mesure, afin que notre foiblosse le puisse porter.
Quoi qu'il soit envoyé pour tout Je monde, il lie f 'adresse d'a= bord qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël auxquelles jl étoit aussi principalement envoyé : mais il prépare la voie à la conversion des Samaritains et des Gentils. Une femme samaritaine le reconnoît pour le Christ, que sa nation altpi^doit aussi bien que celle des Juifs, et apprend de lui le mystère du culte nouveau, qui ne seroit plus attaché à un cer|ain lieu. Une femme chauanéenne et idolâtre lui arrache, pour ainsi dire, quoiqLic rebutée, la guérison de sa fille. Il reconnoît en divers endroits les enfants d'Abraham dans les Gentils , et parle de sa doctrine comme devant être prêchée, contredite, et reçue par toute la terre. Le inonde n'avoit jamais rien vu de semblable, et ses apôtres en sont étonnés, il ne cache point aux siens les tristes épreuves par lesquelles ils dévoient passer. Il leur fait voir les violences et la séducfion employées contre eux, les persécutions, les fausses doctrines , les faux frères, la guerre au-dedau ; et au-dehors, la foi épurée par toutes ces épreuves ; à la fjji des temps, l'airoibhsse" ment de cette foi, et le refroidissement delà chariié parmi ses disciples ; au milieu de tant de périls , son Eglise et la vérité 'oujours invincibles.
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Voici doncnne nouvelle conduite, et un nouvel ordre de choses : on ne parle plus aux enfants de Dieu de récompenses temporelles ; Jésus-Christ leur montre une vie future ; et. les tenant suspendus dans cette attente, il leur apprend à se détacher de toutes les choses sensibles. La croix et la patience deviennent leur partage sur U terre, et le ciel leur est proposé comme devant être emporté de force. Jésus-Christ , qui montre aux hommes cette nouvelle voie, y entre le premier : il prêche des vérités pures qui étourdissent fes hommes grossiers, et néanmoins superbes ; il découvre l'orgueil caché et l'hypocrisie des pharisiens et des docteurs de la loi, qui la corrompoient par leurs interprétations. Au milieu de ces reproches, il honore leur ministère, et la chaire dt Moïse oit ils sont assis. Il fréquente le temple , dont il fait respecter la sainteté, et renvoie aux prêtres les lépreux qu'il a guéris. Par-là il apprend aux hommes comment ils doivent reprendre et réprimer les abus, sans préjudice du ministère établi de Dieu, et montre que le corps de la Synagogue subsistoit malgré la corruption des particuliers. Mais elle penchoit visiblement à sa ruine. Les pontifes et les pharisiens animoient contre Jésus-Christ le peuple juif, dont la religion se tournoit en superstition. Ce peuple ne peut souffrir le Sauveur du monde, qui l'appelle à des pratiques solides, mais difficiles. Le plus saint et le meilleur de tous les hommes, la sainteté et la bonté même, devient le plus envié et le plus haï. Il ne se rebute pas, et ne cesse de faire du bien à ses citoyens ; mais il voit leur ingratitude ; il en prédit le châtiment avec larmes , et dénonce à Jérusalem sa chute prochaine. Il prédit aussi que les Juifs, ennemis de la vérité qu'il leur annonçoit, seroient livrés à l'erreur, et deviendroient le jouet des faux prophètes. Cependant la jalousie des pharisiens et des prêtres le mène à un supplice infâme : ses disciples l'abandonnent ; un d'eux le traliit ; le premier et le plus zélé de tous le renie trois fois. Accusé devant le conseil, il honore jusqu'à la fin le ministère des prêtres, et répond en termes précis au pontife qui l'interrogeait juridiquement. Mais le moment étoit arrivé où la Synagogue devoit être réprouvée. Le pontife et tout le conseil condamne Jésus-Christ, parce qu'il se disoit le Christ fils de Dieu. Il est livré à Ponce Pilate, président romain : son iimocence est reconnue par son juge, que la politique et l'intérêt font agir contre sa conscience : le juste est coi>damné à mort : le plus grand de tous les crimes donne lieu à la plus parfaite obéi&bânce qui tut jamais : Jésus, maître de sa vie
SUR l'histoire universelle. 481
et de toutes choses, s'abandonne volontairement à la fureur des méchants, et offre le sacrifice qui devoit être l'expiation du genre humain. A la croix, il regarde dans les prophéties ce qui lui restoit à faire : il l'achève, et dit enfin : Tout est consomme^ A ce mot, tout change dans le monde : la loi cesse, ses figures passent, ses sacrifices sont abolis par une oblation plus parfaite. Gela fait, Jésus-Christ expire avec un grand cri • toute la nature s'émeut : le centurion qui le gardoit, étonné d'une telle mort, s'écrie qu'il est vraiment le fils de Dieu ; et les spectateurs s'en retournent frappant leur poitrine. Au troisième jour il ressuscite; il paroît aux siens qui l'avoient abandonné, et qui s'obstinoient à ne pas croire sa résurrection. Ils le voient, ils lui parlent, ils le touchent, ils sont convaincus. Pour confirmer la foi de sa résurrection, il se montre à diverses fois et en diverses circonstances. Ses disciples le voient en particulier, et le voient aussi tous ensemble : il paroît une fois à plus de cinq cents hommes assemblés. Un apôtre, qui l'a écrit, assure que la plupart d'eux vivoient encore dans le temps qu'il l'écrivoit. Jésus-Christ ressuscité donne à ses apôtres tout le temps qu'ils veulent pour le bien considérer ; et après s'être mis entre leurs mains en toutes les manières qu'ils le souhaitent, en sorte qu'il ne puisse plus leur rester le moindre doute, il leur ordonne de porter témoignage de ce qu'ils ont vu, de ce qu'ils ont ouï, et de ce qu'ils ont touché. Afin qu'on ne puisse douter de leur bonne foi, non plus que de leur persuasion, il les oblige à sceller leur témoignage de leur sang. Ainsi leur prédicafion est inébranlable ; le fondement en est un fait positif, attesté unanimement par ceux qui l'ont vu. Leur sincérité est justifiée par la plus forte épreuve qu'on puisse imaginer, qui est celle des tourments, et de la mort même. Telles sont les instructions que reçurent les apôtres. Sur ce fondement, douze pêcheurs entreprennent de convertir le monde entier, qu'ils voyoient si opposé aux lois qu'ils avoient à leur prescrire, et aux vérités qu'ils avoient à leur annoncer. Ils ont ordre de commencer par Jérusalem, et de là de se répandre par toute la terre pour « instruire toutes les naa tions, ei les baptiser au nom du Père, du Fils, et du Saintce Esprit. » Jésus-Christ leur promet « d'être avec eux tous les B jours jusqu'à la consommation des siècles, » et assure par cette pjirole la perpétuelle durée du ministère ecclésiastique. Gela di^ il monte aux cieux en leur présence.
Les promesses vont être accomplies; les prophéties vont avrfï
182 bîscbtjhè' '''''' "'-^
leur dernier ^claîrcissement. Les GenHlfe iom appelés à la connoissance de Dieu par les ordres de JésuS-Christ ressuscité ; uni nouvelle cérémonie est instituée pour là régénération du nouveai peuple, et les fidèles appreniiènt que le vWii Dieu, le Dieu d'Israël ce Dieu un et indivisible auquel ils Sont consacrés par le baptême, est tout ensemble Père, Fils, et Saint-Esprit.
Là donc nous sont proposées les profondeurs incompréhensibles de l'être divin, la grandeur ineffable de son unité, et les richesses infinies de cette nature, plus féconde encore au-dedans qu'au-dehors, capable de se communiquer sans division à trois personnes égales. Là sont expliqués les mystères qui étoient enveloppés et comme scellés dans les anciennes Écritures. Nous entendons le secret de cette parole : « Faisons l'homme à notre imag'ë ; » et la Trinité, marquée dans la création de l'homme, est expressément déclarée dans sa régénération.
Nous apprenons ce que c'est que cette Sagesse conçue, selon Salomon, devant tous les temps dans le sein de Dieu ; Sagesse qui fait toutes ses délices , et par qui sont ordonnés tous ses ouvrages. Nous savons qui est celui que David a vu engendré devant V aurore ; et le nouveau Testament nous enseigne que c'est le verbe, la parole intérieure de Dieu, et sa pensée éternelle, qui est toujours dans son sein, et par qui toutes choses ont été faites.
Par-là nous répondons à la mystérieuse question qui est proposée dans les Proverbes : « Dites-moi le nom de Dieu, et le nom « de son fils, si vous le savez. » Car nous savons que ce nom de Dieu, si mystérieux et si caché, est le nom de Père, entendu en ce sens profond qui le fait concevoir dans l'éternité père d'un fils égal à lui, et que le nom de son fils est le nom de Verbe ; Yerbe qu'il engendre éternellement en se contemplant lui-même, qui est l'expression parfaite de sa vérité, son image , son fils unique , l'éclat de sa clarté, et V empreinte de sa substance.
Avec le Père et le Fils nous corinoissôns aussi le Saint-Esprit, l'amour de Tun et de l'autre, et leur éternelle union. C'est ce Esprit qui fait les prophètes , et qui est en eux pour leur décou« vrir les conseils de Dieu et les secrets de l'avenir ; Esprit dont v est écrit: « Le Seigiieur m'a envoyé, et son Esprit, » qui est distingué du Seigneur, e!: qui est aussi le Seigneur même, puisqu'il envoie les prophètes, et qu'il leur découvre les choses futures. Cet Esprit qui parle aux prophètes, et qui parle par les prophètes, esf
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anî au Père et au Fils , et intervient avec eux dans ia consécration du nouvel homme.
Ainsi le Père, le Fils et le Saint-Espfit, un seul Dieu en trois personnes, montré plus obscurément à rios pères, est clairement révélé dans la nouvelle alliance. Instruits d'un si haut mystère, et étonnés de sa profondeur incompréhensible , nous couvrons notre face devant Dieu avec les séraphins que vit Isaïe , et nous adorons avec eux celui qui est trois fois saint.
G'étoit au Fils unique qui étoit dans le sein du Père , et qui sans en sortir venoit à nous, c'étoit à lui à nous découvrir pleinement ces admirables secrets de la nature divine, que Moïse et les prophètes n'avoieut qu'effleurés.
C'étoit à lui à nous faire entendre d'où vient que le Messie, promis comme un homme qui devoit sauver les autres hommes, étoit en même temps montré comme Dieu en nombre singulier, et absolument à la manière dont le Créateur nous est désigné : et c'est aussi ce qu'il a fait, en nous enseignant que, quoique fils d'Abraham, il étoit devant qu'Abraham fût fait; qu'il est est descendu du ciel, et toutefois qu'il est au ciel; qu'il est Dieu, fils de Dieu, et tout ensemble homme, fils de l'homme , le vrai Emmanuel, Dieu avec nous ; en un mot, le Verbe fait chair, unissant en sa personne la nature humaine avec la divine, afin de réconcilier toutes choses en lui-même.
Ainsi nous sont révélés les deux principaux mystères, celui de la Trinité, et celui de l'Incarnation. Mais celui qui nous les a révélés nous en fait trouver l'image en nous-mêmes, afin qu'ils nous soient toujours présents, et que nous reconnaissions la dignité de noire nature;
En effet, si nous inlposbtis silence à nos sens, et que nous nous renfermions pour lih peu de temps au fond de notre ame, c'està-dire dans cette partie où la téritc se fait entendre , nous y verrons quelque image de la Trinité que nous adorons. La pensée, que nous sentori^ naître comme le germe de notre esprit, comme le fil de notre intelligence , nous donne quelque idée du Fils de Uieu conçu éternellement dans l'intelligence du Père céleste. C'est pourquoi ce Fils de Dieu prend le nom de Verbe, afin que nous entendions qu'il naît dans le sein du Père, non comme naissent les corps, mais comme naît dans nou*e âme cette parole intérieure que nous y sentons quand nous contemplons la vérité.
Mais la fécondité de notre esprit ne se termine pas à cette pa»
iU DISCOURS
role intérieure, à cette pensée intellectuelle, à cette image de la vérité qui se forme en nous. Nous aimons et cette parole intérieure, et l'esprit où elle naît ; et en l'aimant nous sentons en nous quelque chose qui ne nous est pas moins précieux que notre esprit et notre pensée, qui est le fruit de l'un et de l'autre, qui les umt, qui s'unit à eux, et ne fait avec eux qu'une même vie.
Ainsi, autant qu'il se peut trouver de rapport entre Dieu ef l'homme, ainsi, dis-je, se produit ou Dieu l'amour éternel quisor*. du Père qui pense, et du Fils qui est sa pensée, pour faire avec lui et sa pensée une môme nature également heureuse et parfaite
En un mot, Dieu est parfait ; et son Verbe, image vivante d'une vérité infinie, n'est pas moins parfait que lui ; et son amour , qui sortant de la source inépuisable du bien, en a toute la plénitude, ne peut manquer d'avoir une perfection infinie ; et puisque nous n'avons point d'autre idée de Dieu que celle de la perfection, chacune de ces trois choses considérée en elle-même mérite d'être appelée Dieu : mais parce que ces trois choses conviennent nécessairement à une même nature, ces trois choses ne sont qu'un seul Dieu.
Il ne faut donc rien concevoir d'inégal ni de séparé dans cette Trinité adorable ; et , quelque incompréhensible que soit cette égalité, notre ame, si nous l'écoutons, nous en dira quelque chose.
Elle est ; et quand elle sait parfaitement ce qu'elle est, son intelligence répond à la vérité de son être ; et quand elle aime son être avec son intelligence autant qu'ils méritent d'être aimés, son amour égale la perfection de l'un et de l'autre. Ces trois choses ne se séparent jamais, et s'enferment l'une l'autre : nous entendons que nous sommes, et que nous aimons ; et nous aimons à être et à entendre. Qui le peut nier, s'il s'entend lui-même ? Et non-seulement une de ces choses n'est pas meilleure que l'autre ; mais les trois ensemble ne sont pas meilleures qu'une d'elles en particulier, puisque chacune renferme le tout, et que dans les trois consistent la félicité et la dignité de la nature raisonnable. Ainsi, et infiniment au-dessus, est parfaite, inséparable, une eu son essence, et enfin égale en tous sens, la Trinité que nous servons, et à laquelle nous sommes consacrés par notre baptême.
Mais nous-mêmes, qui sommes l'image de la Trinité, nousmêmes, à un autre égard, nous sommes encore l'image de i'In» carnation.
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Notre ame, d'une nature spirituelle et incorruptible, a un corps corruptible qui lui est uni ; et de l'union de l'un et de l'autre résulte un tout, qui est l'homme, esprit et corps tout ensemble, incorruptible et corruptible, intelligent et puremeut brute. Ces attributs conviennent au tout, par rapport à chacune de ses deux parties : ainsi le Verbe divin, dont la vertu soutient tout, s'unit d'une façon particulière , ou plutôt il devient lui-même , par une parfaite unàon, ce Jésus-Christ fils de Marie ; ce qui fait qu'il est Dieu et homme tout ensemble, engendré dans l'éternité, et engendré dans le temps ; toujours vivant dans le sein du Père , et mort sur la croix pour nous sauver.
Mais où Dieu se trouve mêlé, jamais les comparaisons tirées des choses humaines ne sont qu'imparfaites. Notre ame n'est pas devant notre corps, et quelque chose lui manque lorsqu'elle en est séparée. Le Verbe, parfait en lui-même dès l'éternité, ne s'unit à notre nature que pour l'honorer. Cette ame qui préside au corps, et y fait divers changements, elle-même en souffre à son tour. Si le corps est mu au commandement et selon la volonté de l'ame , l'ame est troublée, l'ame est affligée et agitée en mille manières, ou fâcheuses ou agréables, suivant les dispositions du corps ; en sorte que comme l'ame élève le corps à elle en le gouvernant , elle est abaissée au-dessous de lui par les choses qu'elle en souffre. Mais, en Jésus-Christ, le Verbe préside à tout, le Verbe tient tout sous sa main. Ainsi l'homme est élevé , et le Verbe ne se rabaisse par aucun endroit : immuable et inaltérable , il domine en tout et partout la nature qui lui est unie.
De là vient qu'en Jésus-Christ l'homme , absolument soumis à la direction intime du Verbe qui l'élève à soi, n'a que des pensées et des mouvements divins. Tout ce qu'il pense, tout ce qu'il veut, tout ce qu'il dit, tout ce qu'il cache au-dedans, tout ce qu'il montre au-dehors est animé par le Verbe, conduit par le Verbe, digne du Verbe , c'est-à-dire digne de la raison même , de \& sagesse même , et de la vérité même. C'est pourquoi tout est lumière en Jésus-Christ ; sa conduite est une règle ; ses miracles sont des in- •structions ; ses paroles sont esprit et vie.
n n'^* pas donné à tous de bien entendre ces sublimes vérités, ni de voir parfaitement en lui-même cette merveilleuse image des choses divines que saint Augustin et les autres Pères ont cru si certaine. Les sens nous gouvernent trop ; et notre imagination , «Uii 6*1 veut mêler dans toutes nos pensées, ne nous permet pas ton-
iW DlSCdtJRS
oUt^ (}h nbui àrt-gtéf étir uhë lùmièfé ?i 'ptitc. Nous hë hdtîs tonlîoissbhs pas nous-mêmes ; tlous ignorons les rlthesaes que nous portotlfe dans le fond dé ildtt-e halure ; et il n'y a que Idé yeux leâ plus épurés qui lés puissent apercetoir. l^taife si peu ique tibtis entrions dans ^e secret, et qlie noiis sachions remarquer en noiis l'image des deux mystères qui tout le fondement de notre foi, c'en est asseï pblir nous élever au-dessus de tout, et rien de tnûrtël né nous pourra plus toucher. " ^
^ussi Jésus-Christ nous appelle-t-il à une gloire immortelle ^ è\ c'est Ib friiit de la foi que nous avons pour les mystères.
Ce Dieu homme, cette vérité et cette sagesse incai-hée, qui nbUè fait croire de si grandes choses sur sa seule autorité, noUs en promet dans l'éternité la claire et bienheureuse vision, comme la récompense certainb de hotre foi.
De cette sorte, la mission de Jésiis-Christ est relevée infiniméht au-dessus de celle de Moïse.
Moïse étoit envoyé pour réveiller par des récompenses temporelles les hommes sensuels et abrutis. Puisqu'ils étoient devenus tout corpis et tout chair, il les falloit d'abord prendre par les sens, leur inculquer pât* ce moyen la cOnnoissance de Dieu et l'horreur de l'idolâtine, à laquelle le genre humain avoit une inclination si prodigieuse.
Tel étoit le ministère de Moïse ; il étoit réservé à Jésus-Christ d'inspirer à l'homme des pensées plus hautes, et de lui faire connoîtré dans une pleine évidence la dignité, l'immortalité et la félicité éternelle de son ame.
Durant ies téiiaps d'ignorance, c'est-à-dire durant les ternps qui ont précédé Jésus-Ckrist, ce que l'ame connoissoit de sa dignité et de son immortalité l'induisoit le plus souvent à erreur. Le culte des hommes niorts fàisoit presque tout le fond de l'idolâtrie : presque tbus les homihes sacrifioient aux Mâiies, c'est-à-dire aux âmes des morts. De si anciennes erreurs nous font voir à la vérité combien étoit ancienne la croyance de l'imniôrtalité de i'ame, et nous montrent qu'elle doit être rangée parmi les premières traditions du genre humain. Mais l'homme, qui gâtoii tout, en aVoIli étrangement abusé, puisqu'elle le portoit à sacHrici aux morts. On alloit même jusqu'à cet excès, de leur sacrifier des hommeë vivants : on tuoit leurs esclaves, et même leurs femmes, pour les aller servir dans l'autre monde. Les Gaulois le pratiqubient avec beaucoup d'autres peuples ; et les Indiens, marqués par les au-
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leurs païens parmi les premiers défenseurs de l'immortalité de l'ame, ont aussi été les premiers à introduire sur la terre, sous prétexte de religion, ces meurtres abominables. Les mêmes Indieiis se tuoient eux-mêmes, pour avancer la félicité de la vie future ; et ce déplorable aveuglement dure enc'oire aujourd'hui parmi ces peuples : tant il est dangereux d'enseigner la vérité dans un autre ordre que celui que Dieu a suivi, et d'expliquer clairement à l'homme tout ce qu'il est, avant qu'il ait coiinu Dieu parfaitement.
G'étoit faute de connoître Dieu que la plupart des philosophes n'ont pu croire l'ame immortelle sans la croire une portion de là Divinité, une divinité elle-même, un être éternel, incréé aussi bien qu'incorruptible, et qui n'avoit non plus de commencement que de fiii. Que dirai-je de ceux qui croyoient la transmigration des âmes ; qui les faisoient rouler des cieux à la terre, et puis de la terre aux cieux ; des animaux dans les hommes, et des homines dans les animaux ; de la félicité à la misère, et de la misère à là félicité, sans que ces révolutions eussent jamais ni de terme ni d'ordre certain? Combien étoit obscurcie la justice, la providence, la bonté divine parmi tant d'erreurs ! Et qu'il étoit nécessaire de connoître Dieu, et les règles de sa sagesse, avant de connoître l'ame et sa nature immortelle !
C'est pourquoi la loi de Moïse ne donnoit à l'homme qu'une première notion de la nature de l'ame et de sa félicité. Nous avons vu l'ame au commencement faite par la puissance de Dieu, aussi bien que les autres créatures ; mais avec ce caractère particulier, qu'elle étoit faite à sou image et par son souffle, afin qu'elle entendît à qui elle tient par son fond , et qu'elle ne se crût jamais de même nature que les corps, ni formée de leurs concours. Mais les suites de cette doctrine, et les merveilles de la yië future, ne furent pas alors universellement développées; et c*étûit au jour du Messie que cette grande lumière devoit paroître à découvert.
Dieu en avoit répandu quelques étincelles dans les anciennes Écritures. Salomon avoit dit que « comme le corps retourne à la a terre d'où il est sorti, l'esprit retourne à Dieu qui l'a donné. » Les patriarches et les prophètes ont vécu dans cette espérance ; et Daniel avoit prédit qu'il viendroit un temps « où ceux qui a dorment dans la poussière s'éveUleroient, les uns pour la vie a éternelle, et les autres pour une éternelle confusion, afin de
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a voir toujours. » Mais, en même temps que ces choses lui sont
révélées, il lui est ordonné de « sceller le livre, et de le tenir 0 fermé jusqu'au temps ordonné de Dieu , afin de nous faire entendre que la pleine découverte de ces vérités étoit d'une autre saison et d'un autre siècle.
Encore donc que les Juifs eussent dans leurs Écritures quelques promesses des félicités éternelles, et que vers les temps du Messie, où elles dévoient être déclarées, ils en parlassent beaucoup davantage, comme il paroit par les livres de la Sagesse et des Machabées, toutefois cette vérité faisoit si peu un dogme formel et universel de l'ancien peuple, que les Sadducéens, saus la reconnoître, non seulement étoient admis dans la Synagogue, mais encore élevés au sacerdoce. C'est un des caractères du peuple nouveau, de poser pour fondement de la religion la foi de la vie future ; et ce devoit être le fruit de la venue du Messie.
C'est pourquoi non content de nous avoir dit qu'une vie éternellement bienheureuse étoit réservée aux enfants de Dieu, il nous a dit en quoi elle consistoit. La vie bienheureuse est d'être avec lui dans la gloire de Dieu son père : la vie bienheureuse est de voir la gloire qu'il a dans le sein du Père dès l'origine du monde : la vie bienheureuse est que Jésus-Christ soit en nous comme dans ses membres, et que l'amour éternel que le Père a pour son fils s'étendant sur nous, il nous comble des mêmes dons : la vie bienheureuse, en un mot, est de connoître le seul vrai Dieu, et Jésus-Christ qu'il a envoyé ; mais le connoître de cette manière qui s'appelle la claire vue , la vue face à face et à découvert, la vue qui réforme en nous «»♦ y achève l'image de Dieu, selon ce que dit saint Jean, « que « nous lui serons semblables, parce que nous le verrons tel qu'il « est. »
Cette vue sera suivie d'un amour immense, d'une joie inexplicable, et d'un triomphe sans fin. Un JLleluia éternel et un Amen éternel, dont on entend retentir la céleste Jérusalem, font voir toutes les misères bannies et tous les désirs satisfaits ; il n'y a plus qu'à louer la bonté divine.
Avec de si nouvelles récompenses, il falloit que Jésus-Christ proposât aussi de nouvelles idées de vertu, des pratiques plus parfaites et plus épurées. La fin de la religion, l'àme des vertus et l'abrégé de la loi, c'est la charité. Mais, jusqu'à Jésus-Christ, an peut dire que la perfection et les etlets de cette vertu n'é-
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toîent pas entièrement connus. C'est Jésus-Christ proprement qui nous apprend à nous contenter de Dieu seul. Pour établir le règne de la charité, et nous en découvrir tous les devoirs, il nous propose l'amour de Dieu , jusqu'à nous haïr nous-mêmes, et persécuter sans relâche le principe de corruption que nous avons dans le cœur. Il nous propose l'amour du prochain, jusqu'à étendre sur tous les hommes cette inclination bienfaisante, sans en excepter nos persécuteurs : il nous propose 1^ modération des désirs sensuels, jusqu'à retrancher tout-à-fait nos propres membres, c'est-à-dire ce qui tient le plus vivement et le plus intimement à notre cœur : il nous propose la soumission aux ordres de Dieu, jusqu'à nous réjouir des souffrances qu'il nous envoie : il nous propose l'humilité jusqu'à aimer les opprobres pour la gloire de Dieu, et à croire que nulle injure! ne nous peut mettre si bas devant les hommes, que nous ne soyons encore plus bas devant Dieu par nos péchés. Sur ce fondement de la charité, il perfectionne tous les états de la vie humaine. C'est par là que le mariage est réduit à sa forme primitive : l'amour conjugal n'est plus partagé : une si sainte société n'a plus de fin que celle de la vie ; et les en-' fants ne voient plus chasser leur mère pour mettre à sa place une marâtre. Le célibat est montré comme une imitation de la vie des anges, uniquement occupée de Dieu et des chastes délices de son amour. Les supérieurs apprennent qu'ils sont serviteurs des autres, et dévoués à leur bien ; les inférieurs reconnoissent l'ordre de Dieu dans les puissances légitimes, lors même qu'elles abusent de leur autorité : cette pensée adoucit les peines de la sujétion, et, sous des maîtres fâcheux, l'obéissance n'est plus fâcheuse au vrai chrétien.
A ces préceptes, il joint des conseils de perfection émînente : renoncer à tout plaisir; vivre dans le corps comme si on étoit sans corps; quitter tout; donner tout aux pauvres pour ne posséder que Dieu seul ; vivre de peu et presque de rien, et attendre ce peu de la Providence divine.
Mais la loi la plus propre à l'Évangile est celle de porter sa croix. La croix est la vraie épreuve de la foi, le vrai fondement de l'espérance, le partait épurement de la charité, en un mot le chemin du ciel. Jésus-Christ est mort à la croix ; il a porté sa croix toute sa vie ; c'est à la croix qu'il veut qu'on le suive, et il met la vie éternelle à ce f)rix. Le premier à qui il promet en particulier 1»
repos du siècle futur, B^t un compagnon cle sa croj^ : « Tu §eç^5, a lui dit-il, aujourd'lmi avec moi en paradis. »
Aussitôt qu'il fut à la croix, le voile qui couvroit le çanctuairc fut déchiré de haut eu bas, et le ciel fut ouvert aux a^ips sain|e5. C'pst au sortir de la croix , et des horreurs de son supplice , qii'il parut à ses apôtres , glorieux et vainqueur de la mort ; aftii qvi'ils comprissent que c'est par par la croix qu'il devoit entrer dt^ns sa gloire, et qu'il ne montroit point d'autre voie à ses enfants.
Ainsi fut donnée au monde , en la personne dp Jésus-Chrisf, l'image d'une vertu accomplie, qui n'a rien et n'attend rien sur la terre ; que les hommes ne récompensent que par de continuelles persécutions ; qui ne cesse de leur faire du bien, et à qui ses propres bienfaits attirent le dernier supplice. Jésus-Christ meurt sans trouver ni reconnoissance dans ceux qu'il oblige , i^i fidélité ^ans ses amis, ni équité dans ses juges. Son innocence, qupiqup reconnue, ne le sauve pas ; son Père même, en qui seul il avoitmis son espérance, retire toutes les marques de sa protection : le juste est livré à ses ennemis , et il meurt abandonné de Dieu et des hommes.
Mais il fallpit faife voir à l'homme de bien que, dans les plus grandes extrémités, il n'a besoin ni d'aucune consolation humaine, ni même d'aucune marque sensible du secours divin ; qu'il aime seulement, et qu'il se confie, assuré que Dieu pense à lui sans lui en donner aucune marque, et qu'une éternelle félicité lui est réservée.
Le plus sage des philosophes, en cherchant l'idée de la yertu, a trouvé que comme de tous les méchants celui-là seroit le plus méchant qui sauroit si bien couvrir sa malice, qu'il passât pour homme de bien , et jouît par ce moyen de tout le crédit que peqt donner la vertu : ainsi le plus vertueux devoit être sans difficulté celui à qui sa vertu attire par sa perfection la jalousie de tous les hommes, en sorte qu'il n'ait pour lui que sa conscience, et qu'il se voie exposé à toute sorte d'injures, jusqu'à être mis sur la croix, sans que sa verlu lui puisse donner ce foible secours de l'exempter d'un tel suppUce. Ne semble-t-il pas que Dieu n'ait mis celle merveilleuse idée de vertu dans l'esprit d'un philosophe que pour Ifi rendre effective en la personne de son iils , et faire voir que Ip juste a une autre gloire, un autre repos, enfin u» autre bquheur, que celui qu'on peut avoir sur la teyre ?
Etablir celle véril^ , ^l la. mpfltrer accompUe si visiblement en
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soi-même aux dépens de sa propre vie, c'étoit le plus grand ouvrage que pût faire un homme ; et Dieu l'a trouvé si grand, qu'il l'a réservé à ce Messie tant promis, à cet homme qu'il çi fait \^ flaêine personne avec son fils unique.
En effet, que pouvoit-on réserver de plus grand à un Dieu venant s* la terre? et qu'y pouvoit-il faire de plus digne de lui, que d'y montrer la vertu dans toute sa pureté , et le bonheur éternel où la conduisent les maux les plus extrêmes?
Mais si nous venons à considérer ce qu'il y a de plus haut et de plus intime dans le mystère de la croix , quel esprit humain Ip pourra comprendre? Là nous sont montrées des vertus que le seul homme-Dieu pouvoit pratiquer. Quel autre pouvoit comme lui se mettre à la place de toutes les victimes anciennes , les abolir en leur substituant une victime d'une dignité et d'un mérite infini, et faire que désormais il n'y eut plus que lui seul à offrir à Dieu? Tel est l'acte de religion que Jésus-Christ exerce à la croix. Le Père éternel pouvoit-il trouver, ou parmi les anges, ou parmi les hommes, une obéissance égale à celle que lui rend son fils bien ^imé, lorsque rien ne lui pouvant arracher la vie, il la donna volontairement pour lui complaire ? Que dirai-je de k parfaite union de tous ses désirs avec la divine volonté, et de 1 amour par lequel il se tient uni à Dieu qui ètoit en lui, se réconciliant le moncWi Dans cette union incompréhensible, il embrasse tout le genre humain, il pacifie le ciel et la terre, il se plonge avep une ardeur inamense dans ce déluge de sang où il devait être liaptisé avec toijs les siens, et fait sortir de ses plaies le feu de l'amour divin qui devait embraser laute ta terre. Mais voici ce qui passe toute intelligence : la justice pratiquée par ce Dieu-homme, qui se laisse condamner par le monde, afin que le monde demeure éternellement condamné par l'énorme iniquité de ce jugement, a Maintenant le a monde est jugé , et le prince de ce monde va être chassé , » comme le prononce Jésus-Christ lui-même. L'enfer, qui avoit subjugué le monde, le va perdre : en attaquant l'innocent, il sera contraint de lâcher les coupables qu'il tenoit captifs : la malheureuse obligadan par laquelle nous étions livrés aux anges rebelles çit anéantie : Jésus-Christ l'a aiiuchée à sa craix , pour y être cifacée de son sang : l'enfer dépouillé gémit : la croix est un lieu de trioriijfhe à notre Sauveur, elles puissances ennemies suivent eii tremblant le char du vainqueur. Mais un plus grand ti'iomphe paroi l à uo:» ^eux : la juslic(î div)Uf est elle-mêt^ie vaincue ; le pé*
cheur, quîhilétoitdûcomme sa victime, est arraché (îe ses mains. Il a trouvé une caution capable de payer pour lui un prix iiilini. Jésus-Christ s'unit éternellement les élus pour qui il se donne : ils sont ses membres et son corps : le Père éternel ne les peut plus regarder qu'en leur chef : ainsi il étend sur eux l'ara 3ur infini qu''l a pour son fils. C'est son tils lui-même qui le lui demande : il ne veut pas être séparé des hommes qu'il a rachetés ; « 0 mon a Père, je veux, dit-il, qu'ils soient avec moi : » ils seront remplis de mon esprit ; ils jouiront de ma gloire ; ils partageront avec moi jusqu'à mon trône.
Après un si grand bienfait, il n'y a plus que des cris de joie qui puissent exprimer nos reconnoissances. « 0 merveille, s'écrie un 0 grand philosophe et un grand martyr ! 6 échange incompréhenct sible, et surprenant artifice de la sagesse divine! » Un seul est frappé, et tous sont délivrés. Dieu frappe son fils innocent pour l'amour des hommes coupables, et pardonne aux hommes coupa» blés pour l'amour de son fils innocent. « Le juste paie ce qu'il ne a doit pas, et acquitte les pécheurs de ce qu'ils doivent ; car qu'est- « ce quipouvoit mieux couvrir nos péchés que sa justice? Gom- « ment pouvoit être mieux expiée la rébellion des serviteurs, que a par l'obéissance du fils? L'iniquité de plusieurs est cachée dans « un seul juste, et la justice d'un seul fait que plusieurs sont jus- « tifiés. » A quoi donc ne devons-nous pas prétendre ? « Celui « qui nous a aimés, étant pécheurs, jusqu'à donner sa vie pour « nous, que nous refusera-t-il après qu'il nous a réconciliés et jusa tifiés par son sang? » Tout est à nous par Jésus-Christ: la grâce, la sainteté, la vie, la gloire, la béafitude : le royaume du Fils de Dieu est notre héritage ; il n'y a rien au-dessus de nous^ pourvu seulement que nous ne nous ravilissions pas nous-mêmes.
Pendant que Jésus-Christ comble nos désirs et surpasse nos espérances, il consomme l'œuvre de Dieu commencée sous les patriarches et dans la loi de Moïse.
Alors Dieu vouloitse faire connoître par des expériences sensibles : il se montroit magnifique en promesses temporelles, bon en comblant ses enfants des biens qui flattent les sens, puissant en les délivrant des mains de leurs ennemis, fidèle en les amenant dans ja terre promise à leurs pères, juste par les récompenses et les châtiments qu'il leur envoyoit manifestement selon leurs œuvres.
Toutes ces merveilles préparoient les voies aux vérités que Jé- Mis-Christ vonoit enseigner. Si Dieu est bon jusqu'à nous donner
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ce qne demandent nos sens, combien plutôt nous donnera-t-il ce que demande notre esprit, fait à son image? S'il est si tendre et si bienfaisant envers ses enfants, renfermera-t-il son amour et ses libéralités dans ce peu d'années qui composent notre vie? Ne donnera-t-il à ceux qu'il aime qu'une ombre de félicité, et qu'une terre fertile en grains et en huile? N'y aura-1-ii point un pays oh il répande avec abondance les biens véritables?
fl y en aura un sans doute, et Jésus- Christ nous le vient montrer. Car enfin le Tout-Puissant n'auroitfait que des ouvrages peu dignes de lui, si toute sa magnificence ne se terminoit qu'à des grandeurs exposées à nos sens infirmes. Tout ce qui n'est pas éternel ne répond ni à la majesté d'un Dieu éternel, ni aux espérances de l'homme à qui il a fait connoître son éternité ; et cette immuable fidélité, qu'il garde à ses serviteurs, n'aura jamais un objet qui lui soit proportionné, jusqu'à ce qu'elle s'étende à quelque chose d'immortel et de permanent.
Il falloit donc qu'à la fin Jésus-Christ nous ouvrît les cieux pour y découvrir à notre foi celle ciié permanente où nous devons être recueillis après cette vie. Il nous fait voir que si Dieu prend pour son titre éternel le nom de Dieu d'Abraham, d'Isaac cl de Jacob, c'est à cause que ces saints hommes sont toujours vivants devant lui. Dieu n'est pas le Dieu des morts : il n'est pas digne de lui de ne faire, comme les hommes, qu'accompagner ses amis jusqu'au tombeau , sans leur laisser au-delà aucune espérance ; et ce luî seroit une honte de se dire avec tant de force le Dieu d'Abraham, s'il n'avoit fondé dans le ciel une cité éternells oh Abraham et ses enfants pussent v>vre heureux.
C'est ainsi que les vérités de la vie future nous sonC^ développées par Jésus-Christ. Il nous les montre, même dans la loi. La vraie terre promise, c'est le royaume céleste C'est après cette bienheureuse patrie que soupiroient Abraham, Isaac et Jacob : la Palestine ne méritoit pas de terminer tous leurs vœux, ni d'être le seul objet d'une si longue attente de nos pères.
L'Egypte d'oii il faut sortir, le désert oii il faut passer, laBabylone dont il faut rompre les prisons pour entrer ou pour retourner à notre patrie, c'est le monde avec ses plaisirs et ses vanités : c'est là que nous sommes vraiment captifs et errants, séduits par le péché et ses convoitises ; il nous faut secouer ce joug, pour trouver dans Jérusalem et dans la cité de notre Dieu la liberté véritable, ot un sanctuaire non fait de main d'homme, où la gloire du Dieu d'IsraiU nous apparoisse.
iW Discounë
Par cette doctrme de Jésus-Christ, !e secret de Dieu nous est découvert; h loi est toute spirituelle; ses promesses nons introduisent à u<les de l'Évangile, et y servent de fondement. Une même Iup jère nousparoît partout : elle se lève sous les patriarches : sous Moïse et sous les prophètes elle s'accroît; Jésus-Christ, plus grand que les patriarches, plus autorisé que Moïse, plus éclairé que îous les prophètes, nous la montre dans sa plénitude.
A ce Christ, à cet Homme-Dieu, à cet homme qui tient sur la terre, comme parle saint Augustin, la place de la vérité, et la fait voir personnellement résidente au milieu de nous; à lui, dis je, étoit réservé de nous montrer toute vérité, c'est-à-dire celle des mystères, celle des vertus et celle des récompenses que Dieu a destinées à ceux qu'il aime.
C'étoit de telles grandeurs que les Juifs dévoient chercher en leur Messie, Il n'y a rien de si grand que de porter en soi-même et de découvrir aux hommes la vérité tout entière qui les nourrit, qui les dirige, et qui épure k-urs yeux jusqu'à les rendre capables de voir Dieu.
Dans le tejnps que la vérité devoit être montrée aux hommes avec cette plénitude, il étoit aussi ordonné qu'elle seroit annoncée par toute la terre et dans tous les temps. Dieu n'a donné à Moïse qu'un seul peuple, et un temps déterminé ; tous les siècles et tous les peuples du monde sont donnés à Jésus-Christ ; il a ses élus partout, et son Église, répandue dans tout l'univers ne cessera jamais de les enfanter, a Allez, dit-il, enseignez toutes les nations, « les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, et « leur apprenant à garder tout ce que je vous ai commandé. a Et voilà, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin des sièa clés. 0