CHAPITRE XXII
Deux mémorables prédictions do Notre Seigneur sont expliquées, et leur accoBii>Ussement est justliJé par l'histoire.
Telles sont les prédictions qu'il a faites à tout le peuple. Celles qu'il fît en particulier à ses disciples mériEent encore plus d'attention. Elles sont comprises dans ce long et admirable discours oij il joint ensemble la ruine de Jérusalem avec celle de l'univerS/ Cette liaison n'est pas sans mystère, et en voici le dessein.
Jérusalem, cité bienheureuse que le Seigneur avait choisie, tanj qu'elle demeura dans l'alliance et dans la foi des promesses, fut la figure de l'Église, et la figure du ciel où Dieu se fait voir à ses en fants. C'est pourquoi nous voyons souvent les prophètes joindre , dans la suite du même discours^ ce qui regarde Jérusalem à ce qui regarde l'Église et à ce qui regarde la gloire céleste : c'est un des secrets des prophéties , et une des clefs qui en ouvrent l'intelligence. Mais Jérusalem réprouvée, et ingrate envers son Sauveur, devoit être l'image de l'enfer : ses perfides citoyens dévoient représenter les damnés ; et le jugement terrible que Jésus-Christ devoit exercer sur eux étoit la figure de celui qu'il exercera sur tout l'univers, lorsqu'il viendra à la fin des siècles, en sa majesté, juger les vivants et les morts. C'est une coutume de l'Écriture, et un des moyens dont elle se sert pour imprimer les mystères dans les esprits, de mêler pour notre instruction la figure à la vérité. Ainsi notre Seigneur a mêlé l'histoire de Jérusalem désolée avec celle de la fin des siècles; et c'est ce qui paroît dans le discours don nous parlons.
Ne croyons pas toutefois que ces c^ioses soient tellement confon- " dues, que nous ne puissions discerner ce qui appartient à l'une e| à l'autre. Jésus-Christ les a distinguées par des caractères certains, que je pourrais aisément marquer , s'il en était question. Mais il me suffit de vous faire entendre ce qui regarde la désolafion ds Jérusalem et des Juifs.
Les apôtres (c'éloit encore au temps de la Passion), assemblés autour de leur maître, lui monlroient le temple et les bâfiments d'alentour : ils en admiroient les pierres, l'ordonnance, la beauté, la solidité; et il leur dit : a Voyez-vous ces grands bâtiments? il n'y « restera pas pierre sur pierre.» Étonnés de cette parole, ils lui demandent le temps d'un événement si terrible ; et lui qui ne vouloit