‹ Chefs-d'œuvre de BossuetChapitre 4 sur 70 · KOÉ, OU LE DÉLUGE · texte numérisé non relu

KOÉ, OU LE DÉLUGE

Deuxième âge da monde*

Près du déluge se rangent le décroissement de la vîe bu- isso 2348 maine, le changement dans le vivre , et une nouvelle nour- iG57 2646 rilure substituée aux fruits de la terre ; quelques préceptes donnés à Noé de vive voix seulement ; la confusion des lan- 1757 2247 gués arrivée à la tour de Babel, premier monument de l'orgueil et de la faiblesse des hommes ; le partage des trois enfants de Noé, et la première distribution des terres.

La mémoire de ces trois premiers auteurs des nations et desçeuples s'est conservée parmi les hommes. Japhet, qui a peuplé la plus grande partie de l'Occident, y est demeuré célèbre sous le nom fameux d'Iapet. Cham et son fils Chanaan n'ont pas été moins connus parmi les Égyptiens et les Phéniciens : et la mémoi're de Sem a toujours duré dans le peuple hébreux qui en est sorti.

Un peu après ce premier partage du genre humain, Nemrod, homme farouche, devient par son humeur violente le premier des conquérants ; et telle est l'origine des conquêtes. Il établit son royaume à Babylonc-, au même lieu où la tour avoitété commencée, et déjà élevée fort haut, mais non pas autant que le souhaitoit la vanité humaine. Environ dans le même temps Ninive fut bâtie, et quelques anciens royaumes établis. Ils étoient petits dans ces premiers temps ; et on trouve dans la seule Egypte quatre dynasties ou principautés : celle de Thèbes, celle de Thin, celle de Memphis, et celle de Tanis : c'étoit la capitale de la Basse-Egypte. On peut aussi rapportei h. ce temps le commencement des lois et de la police des

» Bebos. Ch^. HisS.Chald. Hieron. ^gypt. PhîfiD. Hisi. Mnas Kic. Damaso. iJb. xcvi. Aeyd. de Med. et Assyr. Âpud Jos. Antiq Jr.d .1. 1 , c. 4, al. 5. etl. 1 cont. Apion : ci; Euseb. Prœp. Ev. lib. ix, c. 11,12. Pluta?.c. opusc. « Plusne solert. terr. en aqiîat, anin]?.;. » Lugiai, d« Dca Syr.— 2 Gen. x, 8, 9, 10, M.

ans ans Étryptiens : celui de leurs iivramides qui durent encore, et

(la dcf. ,•' . , j . . , , ,

cioiiJe J.-c. celui des observations astronomiques, tant de ces peuples que

1771 S233 des Chaîdéens. Aussi voit-on remonter jusqu'à ce temps, et pas plus haut, les observations que les ChaldéenS;, c'est-à-dire, sans contestation, les premiers observateurs des astres, don* nèrentdansBabyloneà Callisthène pour Aristote ».

Tout commence ; il n'y a point d'histoire ancienne où il ne paroisse, non seulement dansées premiers temps, mais encore longtemps après, des vestiges manifestes de la nouveauté du monde. On voit les lois s'établir, les mœurs se polir, et les en* pires se former. Le genre humain sort peu à peu de l'igno* rance ; l'expérience l'instruit, et les arts sont inventés ou per» fectionnés. A mesure que les hommes se multiplient, la terre se peuple de proche en proche : on passe les montagnes et les précipices ; on traverse les fleuves, et enfin les mers ; et on établit de nouvelles habitations. La terre, qui n'étoit au commencement qu'une forêt immense, prend une autre forme ; les bois abattus font place aux champs, aux pâturages, aux hameaux, aux bourgades et enfin aux villes. On s'instruit à prendre certains animaux, à apprivoiser les autres, et à les accoutumer au service. On eut d'abord à combattue les bêtes farouches. Les premiers héros se signalèrent dans ces guei> rcs. Elles firent inventer les armes, que les hommes tourné rent après contre leurs semblables : Nemrod, le premier guerrier et le premier conquérant, est appelée dans l'Écriture un fort chasseur '. Avec les animaux, l'homme sut encore adoucir les fruits et les plantes ; il plia jusqu'aux métaux à son usage, et peu à peu il y ût servir toute la nature. Comme il éloit naturel que le temps fit inventer beaucoup de choses, il (ievoit aussi en faire oublier d'autres, du moins à la plupart des hommes. Ces premiers arts que Noé avoit conservés, et qu'on voit aussi toujours en vigueur dans les contrées où se fitlepreuiier établissement du genre humain, se perdù-entà mesure qu'on s'éloigna de ce pays. Il fallut, ou les rapprendre avec le temps, ou que ceux qui les avoient conservés les reportassent aux autres. C'est pourquoi on voit tout venir Je ceî terres toujours habitées, où les fondements des arts demeuré > Ponrr.YR, apud Simpl. in libr. ii. Awstot. de CobIo.— » Gb». x« 9.

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ïenf en leur entier; et là même on apprenoït tons les jours an„ , beaucoup de choses importantes. La connoissance de Dieu et m%^.. s la mémoire de la création s'y conservera ; mais elle allait a'affoiblissant peu à peu. Les anciennes traditions s'oublioient ei s'obscurcissoient; les fables, qui leur succédèrent, n'en retenoient plus que de grossières idées ; les fausses divinités se multipliaient : et c'est ce qui donna lieu à la vocation d'Abraham.

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