CHAPITRE XXVÎ
Diverses formes de l'idolâtrie : le sens, l'intérôt, l'ignorance, un faux respect de l'antiquité, la politique, la philosopliie et les hérésies viennent à son secours : l'Église triomphe de tout.
L'idolâtrie nous paroît la foiblesse même, et nous avons peine à comprendre qu'il ait fallu tant de force pour la détruire. Mais, au contraire , son extravagance fait voir la difticulté qu'il y avoit à la vaincre; et un si grand renversement du bon sens montre assez combien le principe étoit gâté. Le monde avoit vieilli dans l'idolâtrie, et, enchanté par ses idoles, il étoit devenu sourd à la voix de la nature, qui crioit contre elles. QueUe puissance falloit-il pour rappeler dans la mémoire des hommes le vrai Dieu si profondément oublié, et retirer le genre humain d'un si prodigieux assoupissement?
Tous les sens, toutes les passions, tous les intérêts , combattoient pour l'idoiâtrie. Elle étoit faite pour le plaisir : les divertissements, les spectacles, et enfin la licence même, y faisoient une partie du culte divin. Les fêtes u'étoicnt que des jeux; et il n'y avoit nul endroit de la vie humaine d'où la pudeur fut bannie avec
plus de soin qu'elle l'étoit des mystères de la religion. Comment accoutumer des esprits si corrompus à îa régularité de la religion véritable, chaste, sévère, ennemie des sen?, et uniquempit attachée aux biens invisibles? Saint Paul parloit à Félix, gouverneur de Judée, a de la justice, de la chasteté, et du jugement avenir. Cet (( homme effrayé lui dit : Retirez-vous quant à présent , je vous « manderai quand il faudra. » Ces discours étoient incommodes pour un homme qui vouloit jouir sans scrupule, et à quelque prix que ce fût, des biens de la terre.
Voulez-vous voir remuer l'intérêt, ce puissant ressort qui donne le mouvement aux choses humaines? Dans ce grand décri de l'idolâtrie que commençoient à causer dans toute l'Asie les prédications de saint Paul , les ouvriers qui gagnoient leur vie en faisant de petits temples d'argent de la Diane d'Éphcsc , s'assemble-; rcnt, et le plus accrédité d'entre eux leur représenta que leur gain alloit cesser; a et non seulement, dit-il, nous courons fortune a de tout perdre ; mais le temple de la grande Diane va tomber a dans le mépris; et la majesté de celle qui est adorée dans « toute l'Asie , et même dans tout l'univers , s'anéantira peu à a peu. »
Que l'intérêt est puissant, et qu'il est hardi quand il peut se couvrir du prétexte de la religion ! Il n'en fallut pas davantage pour émouvoir ces ouvriers. Ils sortirent tous ensemble, criant comme des furieux: La grande. Diane des Éphésiensl et traînant les compagnons de saint Paul au théâtre, oii toute la ville s'étoit assemblée. Alors les cris redoublèrent, et durant deux heures la place publique retentissoit de ces mots : La grande Diane des Éphcsiens ! Saiut Paul et ses compagnons furent à peine arrachés des mains du peuple par les magistrats, qui craignirent qu'il n'arrivât de plus grands désordres dans ce tumulte. Joignez à l'intérêt des particuliers l'intérêt des prêtres qui alloient tomber avec leurs dieux; joignez à tout cela l'intérêt des villes que la fausse religion rendoit illustres , comme la ville d'Éphèse , qui devoit à son temple ses privilèges , et l'abord des étrangers dont elle étoit enrichie : quelle tempête dévoient s'élever contre l'Église naissante ! et faut-il s'étonner de voir ies apôtres si souvent battus, lapidés, et laissés pour morts au milieu de la populace? Mais un ])îus grand intcrci va remuer une plus grande machine ; l'intérêl de i'état va faire agir le sénat, le peuple romain et les empereurs.
11 y avait déjà long-temps que les ordonnances du sénat défen-
SiO biscouM
doienl les religions étrangères. Les Empereurs étoienl entrés dans la même politique ; et dans cette belle délibération, où il s'agissoit de réformer les abus du gouvernement , un des principaux règlements que Mécénas. proposa à Auguste fut d'empêcher les nouveautés dans la religion, qui ne manquoient pas de causer de dangereux mouvements dans les états. La maxime étoit variable : car qu'y a-t-il qui émeuve plus violemment les esprits et les porte à des excès plus étranges? Mais Dieu vouloil faire voir que l'établissement de la religion véritable n'exciloit pas de tels troubles ; et c'est une des merveilles qui montre qu'il agissoit dans cet ou- \Tage. Car qui ne s'étonneroit de voir que, durant trois cents ans entiers que l'Église a eu à souffrir tout ce que la rage des persécuteurs pouvoit inventer de plus cruel , parmi tant de séditions et tant de guerres civiles, parmi tant de conjurations contre la personne des empereurs, il ne soit jamais trouvé un seul chrétien, ni bon ni mauvais? Les chrétiens défient leurs plus grands ennemis d'en nommer un seul ; il n'y en eut jamais aucun : tant la doctrine chrétienne inspiroit de vénération pour la puissance publique, et tant fut profonde l'impression que fit dans tous les esprits cette parole du fils de Dieu : «Rendez à César ce qui est à César, « et à Dieu ce qui est à Dieu. »
Cette belle distinction porta dans les esprits une lumière si claire, que jamais les chrétiens ne cessèrent de respecter l'image de Dieu dans les princes persécuteurs de la vérité. Ce caractère de soumission reluit tellement dans toutes leurs apologies, qu'elles inspirent encore aujourd'hui à ceux qui les lisent l'amour de l'ordre public, et fait voir qu'ils n'attendoient que de Dieu l'établissement du christianisme. Des hommes si déterminés à la mort, qui remplissoient tout l'empire et toutes les armées, ne se sont pas échappés une seule fois durant tant de siècles de souffrance ; ils se défeudoient à eux-mêmes, non seulement les actions séditieuses , mais encore les murmures. Le doigt de Dieu étoit dans cette œuvre ; et nulle autre main que la sienne n'eût pu retenir des esprits poussé? à bout par tant d'injustices.
A la vérité , il leur étoit dur d'être traités d'ennemis publics et d'ennemis des empereurs, eux qui ne respîroient que l'obéissance, et dont les vœux les plus ardents avoient pour objet le salut des princes et le bonheur de l'état. Mais la politique romaine se croyoit attaquée dans ses fondements, quand on méprisoit ses dieux. Home se vantoit d'être une ville sainte par sa fondation^ consacrée dès
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fon oridne par des auspices divins , et dédiée par son auteur au dieu de la guerre. Peu s'en faut qu'elle ne crût Jupiter plus présent dans le Capitoie que dans le ciel. Elle croyoit devoir ses victoires à sa religion. C'est par-là qu'elle avoit dompté et les nations et leurs dieux ; car on résormoit ainsi en ce temps : de sorte que les dieux romains dévoient être les maîtres des autres dieux, comme les Romains étoient les maîtres des autres hommes. Rome, en subjuguant la Judée, avoit compté le Dieu des Juifs parmi les dieux qu'elle avoit vaincus : le vouloir faire régner, c'étoit renverser les fondements de l'empire; c'étoit haïr les victoires et la puissance du peuple romain. Ainsi les chrétiens, ennemis des dieux , étoient regardés en même temps comme ennemis delà république. Les empereurs prenoient plus de soin de les exterminer que d'exterminer lesParthes, les Marcomans et les Daces : le christianisme abattu paroissoit dans leurs inscriptions avec autant de pompe que les Sarmates défaits. Mais ils se vantoient à tort d'avoir détruit une religion qui s accroissoit sous le fer et dans le feu. Les calomnies se joignoient en vain à la cruauté. Des hommes qui pratiquoient des vertus audessus de l'homme étoient accusés de vices qui font horreur à la nature. On accusoit d'inceste ceux dont la chasteté faisoit les délices. On accusoit de manger leurs propres enfants ceux qui étoient bienfaisants envers leurs persécuteurs. Mais, malgré la haine publique , la force de la vérité tiroit de la bouche de leurs ennemis des témoignages favorables. Chacun sait ce qu'écrivit Pline le jeune à Trajan sur les bonnes mœurs des chrétiens. Ils furent justifiés, mais ils ne furent pas exemptés du dernier supplice ; car il leur falloit encore ce dernier trait pour achever en eux l'image de Jésus-Christ crucifié ; et ils dévoient comme lui aller à la croix avec une déclaration publique de leur innocence.
L'idolâtrie ne mettoit pas toute sa force dans la violence. Encore que son fond fût une ignorance brutale, et une entière dépravation du sens humain , elle vouloit se parer de quelques raisons. Combien de fois a-t-elle tâché de se déguiser, et en combien de manières s'est-elle transformée pour couvrir sa honte ! Elle faisoit quelquefois la respectueuse envers la Divinité. Tout ce qui est divin, disoit-eiie , est inconnu : il n'y a que la Divinité qui se connoisse elle-même ; ce n'est pas \ nous à discourir de choses si hautes : c'est pourquoi il en faut croire les anciens, ot chacun doit suivre la religion qu'il trouva établie dans son pays. Par ces maximes, les erreurs grossières autant qu'impies , qui rempli^s-
soient toute la terre , cloioat saus remède, et iu voix de la nature qui auuoDçoit le vrai Dieu étoit élouffée.
On avoit sujet de penser que la Liblesse de notre raison égarée a besoin d'une autorité qui la ramène au principe, et que c'est de i'antiquite qu'il faut apprendre la religion véritable. Aussi en avezvous vu la suite immuable dès l'origine du monde. Mais de quelle antiquité se pouvoit vanter le paganisme, qui ne pouvoit lire ses propres histoires sans y trouver l'origine non seulement de sa religion , mais encore de ses dieux? Varron et Cicéron , sans compter les autres auteurs, l'ont bien fait voir. Ou bien aurionsnous recours à ces milliers infinis d'années que les Égyptiens remplissoient de fables confuses et impertinentes, pour établir l'anliquité dont ils se vantoient? Mais toujours y voit-on naître et mourir les divinités de l'Ég-yptc ; et ce peuple ne pouvoit se faire ancien sans marquer le commencement de ses dieux.
Voici une autre forme de l'idolâtrie. Elle vouloit qu'on servît tout ce qui passoit pour divin La politique romaine, qui défendoit si sévèrement les religions étrangères, permettoit qu'on adorât les dieux des Barbares, pourvu qu'elle les eût adoptés. Ainsi elle vouloit paroître équitable envers tous les dieux, aussi bien qu'envers tous les hommes. Elle encensoit quelquefois le Dieu des Juifs avec tous les autres. Noua trouvons une lettre de Julien l'Apostat, par laquelle il promet aux Juifs de rétablir la sainte cité , et de sacrifier ;ivec eux au Dieu créateur de l'univers. Nous avons vu que les païcus vouloient bien adorer le vrai Dieu, mais non pas le vrai Dieu tout seul; et il ne tint pas aux empereum que Jésus-Christ même, dont ils persécutoient les disciples, n'eût des autels parmi les Romains.
Quoi donc! les Romains on f-ils pu penser à honorer comme Dieu cehii que leurs magislrats avoient condamné au dernier supplice, et que plusieurs de leurs auteurs ont chargé d'opprobres? Il ne faut pas s'en étonner, et la chose est incontestable.
Distinguons premièrement ce que fait dire en général une haine aveugle, d'avec les faits positifs dont on croit avoir la preuve. 11 est certain que les Romains , quoiqu'ils aient condamné Jésus- Christ, ne lui ont jamais reprOihé aucun crime particulier. Aussi Pilate le condamna-t-il avec répugnance , violenté par les cris et par les menaces des Juifs. Mais» ce qui est bien plus merveilleux , les Juifs eux-mêmes, à la poursuite desquels il a été cruciiié, n'ont cttUJiotvé diias leurs aucious ii^vea ia luémoirc d'aucune action
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qui notât sa vie, loin d'en avoir remarqué aucune qui lui au pu mériter le dernier supplice -i par où se confirme maiiifestement ce que nous lisons dans 1 Évangile, que tout le crime de notre Seigneur a été de s'être dit le Christ fils de Dieu,
En effelj Tacite nous rapporte bien le supplice de Jésus-Chris/ sous Ponce-Pilate, et durant l'empire de Tibère ; mais il ne rapporte aucun crime qui lui ait fait mériter la mort, que celui d'être l'auteur d'une secte convaincue de haïr le genre humain, ou de lui être odieuse. Tel est le crime de Jésus-Christ et des chrétiens ; et leurs plus grands ennemis n'ont jamais pu les accuser qu'en termes vagues, sans jamais alléguer im fait positif qu'on leur ait pu imputer.
Il est vrai que dans la dernière persécution, et trois cents ans après Jésus-Christ, les païens, qui ne savoient plus que reprocher ni à lui ni à ses disciples, publièrent de faux actes de Pilale, où ils prétendoient qu'on verroit les crimes pour lesquels il avoit été crucifié. Mais comme on n'entend point parler de ces actes dans tous les siècles précédents, et que ni sous Néron, ni sous Domitien, qui régnoient dans l'origine du christianisme, quelque ennemis qu'ils en fussent, on n'en trouve rien du tout, il paroît qu'ils ont été faits à plaisir; et il y a parmi les Romains si peu de preuves constantes contre Jésus-Christ, que ses ennemis ont été réduits à en inventer.
Voilà donc un premier faU, l'innocence de Jésus-Christ sans reproche. Ajoutons-en un second, la sainteté de sa vie et de sa doctrine reconnue. Un des plus grands empereurs romains (c'est Alexandre Sévère) admiroit notre Seigneur, et faisoit écrire dans les ouvrages publics, aussi bien que dans son palais, quelques sentences de son Evangile. Le même empereur louoii et proposoit pour exemple les saintes précautions avec lesquelles les chrétien'; ordonnoienl les ministres des choses sacrées. Ce n'est pas tout * on voyoit dans son palais une espèce de chapelle, où il sacrifioit dès le matin. Il avoit consacré les images des âmes saintes, parmi lesquelles il rangeoil, avec Orphée, Jésus-Christ et Abraham, îl avoit une autre chapelle, où, comme on voudra traduire le mot latin lararium, de moindre dignité que la première, où . on voyoitl'image d'Achille et de quelques autres grands hommes; nais Jésus-Christ étoit placé dans le premier rang. C'est un païen qui l'écrit, et il cite pour témoin un auteur du temps d'Alexandre. Voilà donc deux témoins de ce même fait; et voici un autre fait qui n'est pas moins surprenant.
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Quoique Porphyre, en abjurant le christianîsrae, s'en fût déclaré l'ennemi, il ne laisse pas, dans le livre intitulé la Philosophie par les oracles, d'avouer qu'il y en a eu de très favorables à la sainteté de Jésus-Christ.
A Dieu ne plaise que nous apprenions par les oracles trompeurs la gloire du Fils de Dieu, qui les a fait taire en naissant ! Ces ora» c-les, cités par Porphyre, sont de pures inventions : mais il est boa de savoir ce que les païens faisoient dire à leurs dieux sur notre Seigneur. Porphyre donc nous assure qu'il y a eu des oracles « où « Jésus-Christ est appelé un homme pieux et digne de Timmorta- « lité, et les chrétiens, au contraire, des hommes impurs et sé- « duils » Il récite ensuite l'oracle de la déesse Hécate, où elle parle de Jésus-Christ comme « d'un homme illustre par sa piété, « dont le corps a cédé aux tourments, mais dont l'ame est dans a le ciel avec les âmes bienheureuses. Cette ame. disoit la déesse « de Porphyre, par une espèce de fatalité, a inspiré l'erreur aux a âmes à qui ie destin n'a pas assuré les dons des dieux et la cou- « noissance du grand Jupiter ; c'est pourquoi ils sont ennemis des « dieux. Mais gardez-vous bien de le blâmer, poursuit-elle en « parlant de Jésus-Christ, et plaignez seulement l'erreur de ceux a dont je vous ai raconté la malheureuse destinée.» Paroles pompeuses et entièrement vides de sens, mais qui montrent que la gloire de notre Seigneur a forcé ses ennemis à lui donner des louanges. Outre l'innocence et la sainteté de Jésus-Christ, il y a encore un troisième point qui n'est pas moins important : c'est ses miracles. Il est certain que les Juifs ne les ont jamais niés ; et nous trouvons dans leur Talmud quelques-uns de ceux que ses disciples ont faits en son nom. Seulement, pour les obscurcir, ils ont dit qu'il les avoit faits par les enchantements qu'ils avoient appris» en Egypte ; ou même par le nom de Dieu, ce nom inconnu et ineffable dont la vertu peut tout selon les Juifs, et que Jésus-Christ avoit découvert, on ne sait comment, dans le sanctuaire, ou entin parce qu'il éloit un de ces prophètes marqués par Moïse, dont les miracles trompeurs dévoient porter ie peuple à l'idolâtrie. Jésus-Christ, vainqueur des idoles, dont l'Évangile a fait reconnoître un seul Dieu par toute la terre, n'a pas besoin d'être justilié de ce reproche : les vrais prophètes n'ont pus iiioius prêché sa divinité qu'il a fait lui-même ; et ce qui doit résulter du témoignage des Juifs, c'est que Jésus-Gbriàt a fait des miracles pour juiitifîer sa mission.
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Au reste, quand ils lui reprochent qu'il les a faits par magie, lia flevroieni songer que Moïse a été accL.sé du même crime. C'étoit l'ancienne opinion des Égyptiens, qui, étonnés des merveilles que Dieu avoit opérées en leur pays par ce grand homme, l'avoienl mis au nombre des principaux magidens. On peut voir encore cette opinion dans Pline et dans Apulée, où Moïse se trouve nommé avec Jennès et Mambré, ces célèbres enchanteurs d'Egypte dont parle saint Paul, et que Moïse avoit confondus par ses miracles. Mais la réponse des Juifs étoit aisée. Les illusions des magiciens n'ont jamais un effet durable, ni ne tendent à établir, comme a fait Moïse, ïe culte du Dieu véritable et la sainteté de vie : joint que Dieu sait bien se rendre le maître, et faire des œuvres que la puissance ennemie ne puisse imiter. Les mêmes raisons mettent Jésus-Christ au-dessus d'une si vaine accusation, qui dèslors, comme nous l'avons remarqué, ne sert plus qu'à justifier que ses miracles sont incontestables.
Ils le sont en effet si fort, que les Gentils n'ont pu en disconvenir non plus que les Juifs. Celse, le grand ennemi des chrétiens, et qui les attaque dès les premiers temps avec toute l'habileté imaginable, recherchant avec un soin infini tout ce qui pouvoit leur nuire, n'a pas nié tous les miracles de notre Seigneur : il s'en défend, en disant avec les Juifs que Jésus-Christ avoit appris les secrets des Égyptiens, c'est-à-dire la magie, et qu'il voulut s'attribuer la divinité par les merveilles qu'il en fit en vertu de cet art damnable. C'est pour la même raison que les chrétiens passoient pour magiciens ; et nous avons un passage de Julien-l' Apostat qui méprise les miracles de notre Seigneur, mais qui ne les révoque pas en doute. Volusien, dans son épître à saint Augustin, en fait de même ; et ce discours étoit commun parmi les païens.
Il ne faut donc plus s'étonner si, accoutumés à faire des dieux de tous les hommes où il éclatoit quelque chose d'extraordinaire, ils voulurent ranger Jésus-Christ parmi leurs divinités. Tibère, sur les relations qui lui venaient de Judée, proposa au sénat d'accorder à Jésus-Christ les honneurs divins. Ce n'est point un fait qu'on avance en l'air, et TertuUien le rapporte comme public et notoire, dans son apologétique, qu'il présente au sénat au nom de l'Église^ qui n'eût pas voulu affoiblir une aussi bonne cause que la sienne par des choses où ou auroit pu si aisément la confondre. Que si on veut le témoignage d'un auteur païen, Lampridiiis nous
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dira or qu'Adrien avolt élevé à Jésus-Christ des temples qu'or a voyoit encore du temps qu'il écrivoit ; « et qu'Alexandre S» vère, après l'avoir révéré en particulier, lui vouloit publiquemenj dresser des autels, et le mettre au nombre des dieux.
n y a certainement beaucoup d'injustice à ne vouloir croire, touchant Jésus-Christ, que ce qu'en écrivenï ceux qui ne se sont pas rangés r)armi ses disciples : car c'est chercher la toi dans les incrédules, ou le soin et l'exactitude dans ceux qui, occupés de toute autre chose, tenoient la religion pour indifférente. Mais il est vrûi néanmoins que la gloire de Jésus-Christ a eu un si grand éclat, que le monde ne s'est pu détendre de lui rendre quelque témoignage, et je ne puis vous en rapporter de plus authentique que celui de tant d'empereurs.
Je reconnois toutefois qu'ils avoîent encore un autre dessein. Il se mêloit de la politique dans les honneurs qu'ils rendoient à Jésus-Christ. Ils prétendoient qu'à la fin les religions s'uniroient, et que les dieux de toutes les sectes deviendroient communs. Les chrétiens ne connoissoient point ce culte mêlé, et ne méprisèrent pas moins les condescendances que les rigueurs de la politique romaine. Mais Dieu voulut qu'un autre principe fit rejeter par le? païens les temples que les empereurs destinoient à Jésus-Christ. Les prêtres des idoles, au rapport de l'auteur païen déjà cité tant de fois, déclarèrent à l'empereur Adrien que « s'il consacroit ces « temples bâtis à l'usage des chrétiens, tous les autres temples « seroient abandonnés, et que tout le monde embrasseroit la re- « ligion chrétienne. » L'idolâtrie même sentoit dans notre religion une force victorieuse contre laquelle les faux dieux ne pouvoient tenir, et justifioit elle-même la vérité de cette sentence de l'apôtre : « Quelle convention peut-il y avoir entre Jésus-Christ « et Bélial, et comment peut-on accorder lo temple de Dieu avec 0 les idoles? »
Ainsi, par la vertu de la croix, la religion païenne, confondue par elle-même, tomboit eu ruine; et l'unité de Dieu s'établissoit tellement, qu'à Ja fin l'idolâtrie n'en parut pas éloignée. Elle disoit que la nature divine, si grande et si étendue, ne pouvoit être exprimée ni par un seul nom, ni sous une seule forme ; mais que Jupiter, et Mars, et Junon, et les autres dieux, n'étoient au fond que le même dieu, dont les vertus infinies étoient expliquées et représentées par tant de mots différents. Quand ensuite il falloiî venir aux histoires impures des dieux, à leurs infâmes généalogies j,
SDR t'msToiR'K r??rvF,rPTC!XB. 9A'Î
à ^ciirs impudiques amours, à leurs fêles et à leurs mystères, qui n'avoient point d'autre fondement que ces fables prodigieuses, toute la religion se tournoit en allégories : c'étoit le monde ou le soleil qui se trouvoient être ce dieu unique ; c'étoient les étoiles, c'étoit l'air, «t le feu, et l'eau, et la terre, et leurs divers assemblages qui étoient cachés sous les noms des dieux et dans leurs amours. Foibie et misérable refuge ; car outre que les fables étoient scandaleuses, et toutes les allégories froides et forcées, que trouvoit-on à la fin, sinon que ce Dieu unique étoit l'univers avec toutes ses parties ; de sorte que îe fond de la religion étoit la nature, et toujours la créature adorée à la place du Créateur?
Ces foibles excuses de l'idolâtrie, quoique tirées de la philosophie des stoïciens, ne contentoient guère les philosophes. Celse et Porphyre cherchèrent de nouveaux secours dans la doctrine de Platon et de Pythagore ; et voici comment ils concilioient l'unité de Dieu avec la multiplicité des dieux vulgaires. Il n'y avoit, disoient-ils, qu'un Dieu souverain : mais il étoit si grand, qu'il ne se mêloit pas des petites choses. Content d'avoir fait le ciel et les astres, il n'avoit daigné mettre la main à ce bas monde, qu'il avoit laissé former à ses subalternes; et l'homme, quoique né pour le connoître, parce qu'il étoit mortel, n'étoit pas une œuvre digne de SCS mains. Aussi étoit-il inaccessible à notre nature : il étoit logé trop haut pour nous ; les esprits célestes qui nous avoient faits nous servoieni de médiateurs auprès de lui, et c'est -pourquoi il les falloit adorer.
Il ne s'agit pas de réfuter ces rêveries des platoniciens, qui aussi bien tombent d'elles-mêmes. Le mystère de Jésus-Christ les détruisoit par le fondement. Ce mystère apprenoit aux hommes que Dieu, qui les avoit faits à son image, n'avoit garde de les mépriser ; que s'ils avoient besoin de raéd'iateur, ce n'étoit pas à cause de leur nature, que Dieu avait faite comme il avoit fait toutes les autres ; mais à cause de leur péché, dont ils étoient les seuls auteurs : au reste, que leur nature les éloignoit si peu de Dieu, que Dieu ne dédaignoit pas de s'unir à eux en se faisant homme, et leur donnoit pour médiateur, non point ces esprits célestes que les philosophes appeloient démons, et que l'Écriture appeloit anges, mais un homme, qui , joignant la force d'un Dieu à notre nature infirme, nous fit uarcm^^dede notre foiblesse.
Que si rorcroei] des platoniciens ne pouvoit pas se rabaisser jn«;ju'aux humiliations du Verbe fait chair, ne devoieat-jis pas
du moins comprenne que l'homme, pour être un peu au-dessou» des anges, ne laissoit pas d'être comme eux, capable de posséder Dieu ; de sorte qu'il étoit plutôt leur frère que leur sujet, et ne devoit pas les adorer, mais a(^orer avec eux, en esprit de société, celui qui les avoit faits les uns et les autres à sa ressemblance? C'étoit donc non seulement trop de bassesse, mais encore trop d'ingratitude au genre humain, de sacrifier à d'autre qu'à Dieu ; et rien n'étoit plus aveugle que le paganisme, qui, au lieu de lui reserver ce culte suprême, te rendoit à tant de démons.
C'est ici que l'idolâtrie, qui sembloit être aux abois, découvrit tout-à-ldit son foible. Sur la fin des persécutions, Porphyre, pressé par les chrétiens, fut contraint de dire que le sacrifice n'étoit pa* le culte suprême ; et voyez jusqu'où il poussa l'extravagance. Ce Dieu très haut, disoit-il, ne recevoit point de sacrifice : tout ce qui est matériel est impur p-^ur lui, et ne peut lui être offert. La parole même ne doit pas être employée à son culte, parce que la voix est une chose corporelle : il faut l'adorer en silencC) et par de simples pensées ; tout autre culte est indigne d'une majesté si haute.
Ainsi, Dieu étoit trop grand pour être loué. C'étoit un crime d'exprimer comme nous pouvons ce que nous pensons de sa grandeur. Le sacrifice, quoiqu'il ne soit qu'une manière de déclarer notre dépendance profonde, et une reconnoissance de sa souveraineté, n'étoit pas pour lui. Porphyre le disoit ainsi expressément ; et cela, qu'étoit-ce autre chose qu'abolir la religion, et laisser tout-à-fait sans culte celui qu'on reconnoissoit pour le Dieu des dieux ?
Mais qu'étoit-ce donc que ces sacrifices que les Gentils offroient dans tous les temples? Porphyre en avoit trouvé le secret. Il y avoit, disoit-il, des esprits impurs, trompeurs, malfaisants, qui, par un orgueil insensé, vouloient passer pour des dieux et se faire servir par les hommes. Il falloit les apaiser, de peur qu'ils ne nous nuisissent. Les uns, plus gais et plus enjoués, se laissoient gagner par des spectacles et des jeux ; l'humeur plus sombre des autres vouloit l'odeur de la graisse, et se repaissoit de sacrifices sanglants. Que sert de réfuter ces absurdités? Enfin les chréfiens gagnoient leur cause. Il demcuroit pour constant que tous les dieux auxquels on sacrifioit parmi les Gentils étoient des esprits malins, dont l'orgueil s'attribuoit la divinité : de sorte que l'idolâtrie, à la regarder eu elle-même, oaroissoil seulement l'eflet
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d'une ignorance brutale ; mais, à remonter à la soturce, c'étoit une œuvre menée de loin, poussée aux derniers excès par des esprits malicieux. C'est ce que les chrétiens avoient toujours prétendu ; c'est ce qu'enseignoit l'Évangile • c'est ce que chantoit le Psalmiste : « Tous les dieux des Gentils sont des démons ; mais le Sei- 0 gneur a fait les cieux. »
Et toutefois, Monseigneur, (étrange aveuglement du genre humain ! ) l'idolâtrie, réduite à l'extrémité et confondue par ellemême, ne laissoit pas de se soutenir. Il ne falloit que la revêtir de quelque apparence, et l'expliquer en paroles dont le son fût agréable à l'oreille, pour la faire entrer dans les esprits. Porphyre étoit admiré. Janiblique, son sectateur, passoit pour un homme divin, parce qu'il savoit envelopper les sentiments de son maitre de termes qui paroissoient mystérieux, quoiqu'on effet ils ne signifiassent rien. Julien l'Apostat, tout fin qu'il étoit, fut pris par ces apparences ; les païens mêmes le racontent. Des enchantements vrais ou faux, que ces philosophes vantoient, leur austérité mal entendue, leur abstinence ridicule qui alloit jusqu'à faire un crime de manger les animaux, leurs purifications superstitieuses, enfin leur contemplation qui s'évaporoit en vaines pensées, et leurs paroles aussi peu solides qu'elles sembloient magnifiques, imposoient au monde. Mais je ne dis pas le fond. La sainteté des mœurs chrétiennes, le mépris des plaisirs qu'elle commandoit, et plus que tout cela l'humilité qui faisoit le fond du christianisme, offeusoit les hommes ; et si nous savons le comprendre, l'orgueil, la sensualité et le libertinage étoient les seules défenses de l'idolâtrie.
L'Église la déracinoit tous les jom's par sa doctrine, et plus encore par sa patience. Mais ces esprits malfaisants, qui n'avoient jamais cessé de tromper les hommes, et qui les avoient plongés dans l'idolâtrie, n'ouolièrent pas leur malice. Ils suscitèrent dans l'Église ces hérésies que vous avez vues. Des hommes curieux, et par là vains et remuants, voulurent se faire un nom parmi les fidèles, et ne purent se contenter de cette sagesse sobre et tempérée que l'Apôtre avoit tant recommandée aux chrétiens. Ils enlroient trop avant dans les mystères, qu'ils prétendoient mesurer à nos foibles conceptions : nouveaux philosophes qui mêloient les raisonnements humains avec la foi, et entreprenoient de diminuer les difficultés du christianisme, "ne pouvant digérer toute la foUe que le monde trouvoit dans l'Évangik. Ainsi suc-
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cessivement, et nvrr, «ne rspèce de méthode, ions les artlclps (\e notre foi furent attaqués . la création, la loi de Moïse, fondement nécessaire de la nôtre, la divinité de Jésus-Christ, son incarnation, sa grâce, ses sacrements, tout enfin donna matière à des divisions scandaleuses. Celse et les autres nous les reprochoient. L'itiolAtrie sembloit triompher. Elle regardoit le christianisme comme une nouvelle secte de philosophie qui avoit le sort de toutes lesautres, etcomme elles, se partageoient en plusieurs autres sectes. L'Église ne leur paroissoit qu'un ouvrage humain prêt à tomber de lui-même. On conckioit qu'il ne falloit pas, en matière de religion, raffiner plus que nos ancêtres, ni entreprendre de changer le monde.
Dans cette confusion de sectes qui se vantoieni d'être chrétiennes, Dieu ne manqua pas à son Église. Il sut lui conserver un caractère d'autorité que les hérésies ne pouvoient prendre. Elle étoit catholique et universelle; elle embrassoit tous les temps; elle s'étendoit de tous côtés. Elle étoit apostolique ; la suite, la succession, la chair de l'unité, l'autorité primitive lui apparteuoit. Tous ceux qui la quittoie-nt l avoient premièrement reconnue, et ne pouvoient effacer le caractère de leur nouveauté, ni celui de leur rébellion. Les païens eux-mêmes la regardoie"nt comme celle qui étoit la tige, le toutd'oîj les parcelles s'étoient détachées, le tronc toujours vii que les branches retranchées laissoient en son entier. Celse, qui reprochoit aux chrétiens leurs divisions, parmi tant d'églises schismatiques qu'il voyoit s'élever, remarquoit une Église distinguée de toutes les autres, et toujours plus forte, qu'il appoloit aussi, pour cette rtiison, h/ grande Eglise. « Il y en a, « disoit-il, parmi les chrétiens, qui ne reconnoissent pas le Gréa- « leur, ni les traditions des Jwifs ; » il vouloit parler des marcionites : « mais, poursuivoit-il, la grande Église les reçoit. » Dans le trouble qu'excita Paul de Samosate, l'empereur Aurélien n'eut pas de peme a co/moître la vraie Église chrétienne à laquelle apparteuoit la maison de l'Églist-, soit que ce fût le lieu d'oraison, ou la maison de l'évêque. Il l'adjugea à ceux « qui étoient en « communion avec les évêques d'Italie et celui de Rome, >'> parce qu'il voyoit de tous temps le gros des chrétiens dans cette communion. Lorsque l'empereur Constance brouilloit tout dans l'Église, la confusion qu'il y meltoit en protégeant les ariens ne put empêcher qu'Ammien Marcellin, tout païen qu'il étoit, ne reconnût que cet empereur s'égaroit de la droite voie « de la religion
SOR L HISTOIKB UNITERSEIXE, ^5j[
ti chrétienne, sîraple et précise par elle-même, » dans ses dogmes el dans sa conduite. O'est que l'Église véritable avoit une majesté et une droiture que les hérésies ne pouvoient ni imiter ni obscurcir ; au contraire, sans y penser, elles rendoienl témoignage h l'Église catholique. Constance, qui persécutoit saint Athanase,dé' fenseur de l'ancienne foi, a souhaitoit avec ardeur, dit Ammien a Marcellin, de le faire condamner par l'autorité qu'avoit l'évêque de Rome au-dessus des autres. » En recherchant de s'appuyer de cette autorité, il faisoit sentir aux païens mêmes ce qui manquoit à sa secte, et honoroit l'Église dont les ariens s'étoient séparés : ainsi les Gentils mêmes connoissoient l'Église catholique. Si quelqu'un leur demandoit oùelletenoit ses assemblées et et quels éloient ses évêques, jamais ils ne s'y trompoient. Pour les hérésies, quoi qu'elles fissent, elles ne pouvoient se défaire du nom de leurs auteurs. Les sabelliens, les paulianistes, les ariens, les pélagiens et les autres, s'oflénsoient en vain du titre de parti cju'on leur donnoit. Le monde, malgré qu'ils en eussent, vouloil parler naturellement et désignoit chaque secte par celui dont elle tjroit sa naissance. Pour ce qui est de la grande Eglise, de l'Église catholique et apostolique, il n'a jamais été possible de lui nommer un autre auteur que Jésus-Christ même, ni de lui marquer les premiers de ses pasteurs sans remonter jusqu'aux apôtres, ni de lui donner un autre nom que celui qu'elle prenoit. Ainsi, quoi que fissent les hérétiques, ils ne la pouvoient cacher aux païens. Elle leur ouvroit son sein par toute la terre : ils y accouroient en foule. Quelques-uns d'eux se perdoient peut-être dans les sentiers détournés ; mais l'Église catholique étoit la grande voie où entroient toujours la plupart de ceux qui cherchoient Jésus-Christ; et l'expérience a fait voir que c'étoit à elle qu'il étoit donné de rassembler les Gentils. C'étoit elle aussi que les empereurs infidèles attaquoient de toute leur force. Origène nous apprend que peu d'hérétiques ont eu à souffrir pour la foi. Saint Justin, plus ancien que lui, a remarqué que la persécution épargnoit les marfionites ctles aulres hérétiques. Les païens ne persécutoient que i'Éghse qu'ils voyoient s'étendre par toute la terre, et ne connoissoient qu'elle seule pour l'Église de Jésus-Christ. Qu'importe qu'on lui arrachât quelques branches? Sa bonne sève ne se perdoit pas pour cela . elle poussoil par d'autres endroits, et le retranchement du bois superflu ne faisoit que rendre sesfruiis meilleurs. En etfet, si on considère l'histoire de l'Église, on verr;»
que toutes les fois qu'une hérésie l'a diminuée, elle a réparé ses pertes, et eu s'étendant au dehors, et en augmentant au dedans la lumière et la piété, pendant qu'on a vu sécher en des coins écartés les branches coupées. Les œuvres des hommes ont péri malgré l'enfer qui les soutenoit : l'œuvre de Dieu a subsisté; l'Église a triomphé de l'idolâtrie et de toutes les erreurs.