‹ Chefs-d'œuvre de BossuetChapitre 59 sur 70 · DKcotins · texte numérisé non relu

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sorte tout concourt à la même fin; et c'est faute d'entendre le tout, que nous trouvons du hasard ou de l irrégularité dans les reuc'on- Ires particulières.

Par-là se xùnVic ce que dit l'Apôtre, que «Dieu est beiircux, et a le seul puissant, Roi des roi:^, et Seigneur des seigneurs.» Heureux, dont le repos est inaltérable , qui voit tout changer sans changer lui-même, et qui fait tous les changements par un conseil immuable ; qui donne, et qui Ole la puissance ; qui la transporte d'un homme à un autre , d'une maison à une autre , d'un peuple à un autre, pour montrer qu'ils ne l'ont tous que par emprunt, et qu'il est le seul en qui elle réside naturellement.

C'est pourquoi tous ceux qui gouvernent se sentent assujettis à une force majeure. Ils font plus ou moins qu'ils ne pensent, et leurs conseils n'ont jamais manqué d'avoir des effets imprévus. Ni ils ne sont maîtres des dispositions que les siècles passés ont mises dans les affaires, ni ils ne peuvent prévoir le cours que prendra l'avenir, loin qu'ils le puissent forcer. Celui-là seul tient tout en sa main , qui sait le nom de ce qui est et de ce qui n'est pas encore , qui préside à tous les temps et prévient tous les conseils.

Alexandre ne croyoit pas travailler pour ses capitaines , ni ruiner sa maison par ses conquêtes. Quand Brutus inspiroit au peuple romain un amour immense de la liberté , il ne songeoit pas qu'il jetoit dans les esprits le principe de cette licence effrénée, par laquelle la tyrannie qu'il vouloit détruire devoit être un jour rétablie plus dure que sous les Tarquins. Quand les Césars llattoicnt les soldats , ils n'avoient pas dessein de donner des maîtres à leurs successeurs et à l'empire. En un mot, il n'y a point de puissance humaine qui ne serve malgré elle à d'autres desseins que les siens. Dieu seul sait tout réduire à sa volonté. C'est pourquoi tout est surprenant, à ne regarder que les causes particulières, et néanmoins tout s'avance avec une suite réglée. Ce Discours vous le fait entendre ; et pour ne plus parler des autres empires, vous voyez par combien de conseils imprévus , mais toutefois suivis eu eux-mêmes, la fortune de Rome a été menée depuis Romulus jusqu'à Charlemagne.

Vous croirez peut-être, Monseigneur, qu'il auroit fallu voi!:* ilire quelque '^hose de plus de vos François, et de Charlemagne, (?ui a fondé le nouvel empire. Mais outre que sou iiistoire fait partie de celle de France que vous écrivez vous-même, et quo vous avez déjà si fort avancée, je me réserve à vous faire un se-

SUR LHISÏOIRE tlNlvERSELLË.

cond Discours, où j'aurai une raison nécessaire de vouS parler de la France et de ce grand conquérant, qui, étant égal en valeur à ccu» que l'antiquité a le plus vantés, les surpasse en piété, en sagesse et en justice.

Ce même Discours vous découvrira les causes des prodigieux succès de Mahomet et de ses successeurs. Cet empire, qui a commencé deux cents ans avant Charlemagne, pouvoit trouver sa place dans ce Discours : mais j'ai cru qu'il valoit mieux vous faire voir dans une même suite ses commencements et sa décadence.

Ainsi, je n'ai plus rien à vous dire sur la première partie de l'histoire universelle. Vous en découvrez tous les secrets, et il ne tiendra plus qu'à vous d'y remarquer toute la suite de la religicif et celle des grands empires jusqu'à Charlemagne.

Pendant que vous les verrez tomber presque tous d'eux-mêmes.-, et que vous verrez la religion se soutenir par sa propre force, vous connoîtrez aisément quelle est la solide grandeur, et où uc homme sensé doit mettre son espérance.

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356 FRAGMENT DE SEKMON

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