‹ Chefs-d'œuvre de BossuetChapitre 66 sur 70 · DE DIVERS SERMONS · texte numérisé non relu

DE DIVERS SERMONS

l'impunité, le Saint-Esprit nous enseigne que leur repos même est une peine. Pécheurs, soyez ici attentifs. Voici une nouvelle manière de se venger, qui n'appartient qu'à Dieu seul : c'est de laisser ses ennemis en repos> et de les punir davantage par leur eudurcissement et par leur sommeil léthargique, que s'il exerçoit sur eux un châtiment exemplaire. Il est donc vrai, chrétiens, qu'il arrive souvent qu'à force d'être irrité, Dieu renferme en lui-même toute sa colère ; en sorte que les pécheurs étant étonnés euxmêmes de leurs longues prospérités et du cours fortuné de leurs affaires, s'imaginent n'avoir rien à craindre, et ne sentent plus aucun trouble dans leur cohscience. Voilà ce pernicieux assoupissement, voilà ce sommeil de mort dont j'ai déjà tant parlé. C'est, mes frères, le dernier fléau que Dieu envoie à ses ennemis; c'est le comble de tous les malheurs, c'est la plus prochaine disposition à l'impénitence finï^le, et à la ruine dernière et irrémédiable. Pour l'entendre, il faut remarquer que c'est une excellente maxime des saints docteurs, « Qu'autant que les pécheurs sont « rigoureux censeurs de leurs vices, autant Dieu se relâche en e leur faveur de la sévérité de ses jugements : » In quantum non pepcrceris tibi, in tantuni libi Deus, crede, parcet. En effet, comme il est écrit que Dieu aime la justice et déleste l'iniquité, tant qu'il y a quelque chose en nous qui crie contre les péchés et s'élève contre les vices, il y a aussi quelque chose qui prend le parti de Dieu ; et c'est une disposition favorable pour le réconcilier avec nous. Mais dès que nous sommes si malheureux que d'être tout-à-fait d'accord avec nos péchés; dès que, par le plus indigne des attentats, nous en sommes venus à ce point que d'abolir en nous-mêmes la sainte vérité de Dieu, l'impression de soa doigt et de ses lumières, la marque de sa justice souveraine, en renversant cet auguste tribunal de la conscience qui condamnoit tous les crimes ; c'est alors que l'empire de Dieu est détruit, que l'audace de la rébellion est consommée, et que nos maux n'ont presque plus de remèdes. C'est pourquoi ce grand Dieu vivant, qui sait que le souverain bonheur est de le servir et de lui plaire, et que ce qui reste de meilleur à ceux qui se sont éloignés de lui par leurs crimes, c'est d'être troublés et inquiétés du malheur de lui avoir déplu ; après qu'on a méprisé longtemps ses grâces, ses inspirations, ses miséricordieux uvertissemepts, et les coups par desquels il nous a frappés de temps en temps, non encore pour nous punir à toute rigueur, mais seulement pour nous réveiller ;

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