‹ Chefs-d'œuvre de BossuetChapitre 9 sur 70 · SEPTIÈME ÉPOQUE · texte numérisé non relu

SEPTIÈME ÉPOQUE

nOMULUS, ou ROME FONDEE.

Celle ville, quidevoit être la maîtresse de l'univers et daui

VVk'"

«m L'HISTOiRE UNIVERSELLE» 21

la suite le siège principal de la religion, fut fondée sur la fin de ans ans la troisième année de la sixième Olympiade, 430 ans environ monde, i.-c. après la prise de Troie, de laquelle les Romains croyaient que 3250 750 leurs ancêtres étoient sortis, et 753 ans devant Jésus-Christ, ans ans Romulus, nourri durement avec les bergers, et toujours dans Rome. J.-c' les exercices de la guerre, consacra cette ville au Dieu de la 1 guerre qu'on croyoit son père. Vers les temps de la naissance 6 748 de Rome, arriva, par la mollesse de Sardanapale, la chute du premier empire des Assyriens. Les Mèdes , peuple belliqueux, animés par les discours d'Arbace, leur gouverneur, donnèrent à tous les sujets de ce prince efféminé l'exemple de le mépriser. Tout se révolta contre lui, et il périt enfin dans sa ville capitale , où il se vit contraint à se brûler lui-même avec ses femmes, ses eunuques et ses richesses. Des ruines de cet empire on voit sortir trois grands royaumes. Arbace ou Orbace, que quelques-uns appellent Pharnace, affranchit les Mèdes, qui, après une assez longue anarchie, eurent des rois très puissants. Outre cela, incontinent après Sardanapale, on 7 747 voit paraître un second royaume des Assyriens, dont Ninive demeura la capitale, et un royaume de Babylone. Ces deux derniers royaumes ne sont pas inconnus aux auteurs profanes, et sont célèbres dans l'histoire sainte. Le second royaume de Ninive est fondé par Thilgath ou Theglath, fils de Phalasar, appelé pour cette raison Theglathphalasar, à qui on dorme aussi le nom de Ninus le jeune. Baladan, que les Grecs nomment Bélésis, établit le royaume de Babylone, où il est connu sous le nom de Nabonassar. De là l'ère de Nabonassar, célèbre chez Ptolémée et les anciens astronomes qui comptoient leurs années par le règne de ce prince. Il est bon d'avertir ici que ce mot d'ère signifie un dénombrement d'années commencé à u 1 certain point que quelque grand événement fait remarquer. Achaz, roi de Juda, impie et méchant, pressé i& 7 40 parRazia, roi de Syrie,et parPhacée, fils de Romélias, roi d'Israël, au lieu de recourir à Dieu, qui lui suscitoit ces ennemis pour le punir, appela Theglathphalasar, premier roi d'Assyrie ou de Ninive, qui réduisit à l'extrémité le royaume d'Israël, et détruisit tout à fait celui de Syrie; mais en même temps il ravagea celui de Juda qui avoit imploré son assi»-

Bna uns fancG. Ainsi les rois d'Assyrie apprirent le chemin de îa

Ro:iic. J.-c! Terre-Sainte , et en résolurent la conquête. Us commencc- 33 721 par le royaume d'Istaël, que Salmanasar, fils et successeur de Theglatliphalasar, détruisit entièrement. Osée, roi d'Israël, s'étoil fié au secours de Sabacon, autrement nommé Sua ou Sous, roi d'Ethiopie, qui avoit envahi l'Egypte. Mais ce puissant conquérant ne put le tirer des mains de Salmanasar. Les dix tribus, où le culte de Dieu s'étoit éteint, furent transportées à Ninive, et, dispersées parmi les Gentils, s'y perdirent tellement, qu'on ne peut plus en découvrir aucune trace. Il en resta quelques-uns qui furent mêlés parmi les Juifs, et firent une petite partie du royaume de Juda. En

83 713 ce temps arriva la mort de Romulus. Il fut toujours en guerre, et toujours victorieux; mais, au milieu des guerres, il jeta les fondements de la religion et des lois. Une longue paix donna moyenàNuma, son successeur, d'achever l'ouvrage. Il forma

40 714 la religion, et adoucit les mœurs farouches du peuple romain. De son temps, les colonies venues de Corinthe, et de quelques autres villes de Grèce, fondèrent Syracuse en Sicile , Crotone, Tarente, et peut-être quelques autres villes dans cette partie de l'Italie à qui de plus anciennes colonies grecques, répandues dans tout le pays, avoient déjà donné le nom de Grande-Grèce. Cependant Ézéchias, le plus pieux et le plus juste de touslesrois après David, régnoit en Judée. Sennachérib, fils et successeur de Salmanasar, l'assiégea dans

«4 710 Jérusalem avec une armée immense : elle périt en une nuit parla main d'un ange. Ézéchias, délivré d'une manière si admirable, servit Dieu, avec tout son peuple, plus fidèlement que jamais. Mais, après la mort de ce prince, et sous son fils

53 698 Manassès, le peuple ingrat oublia Dieu, et les désordres s'y multiplièrent. L'étart populaire se formoit alors parmi les

07 687 Athéniens, et ils commencèrent à choisir les archontes annuels, dont le premier fut Créon. Pendant que l'impiété s'augmentoit dans le royaume de Juda, la puissance des rôts d'Assyrie, qui dévoient en être les vengeurs, s'accrut sous Asaraddon, fils de Sennachérib. Il réunit le royaumt de Ba-

73 &81 bylone à celui de Ninive, et égala dans la grande Asie la puissance des premiers Assyriens. Les Mèdes comraençoient

Stm ^HÏSTOIMB ONIVEftseLl;&. S3

aussi à se rendre considérables. Déjocès , leur premier roi, ans ans que quelques-uns prennent pour l'Arphaxad nommé dans le Rome. J.-(£ livre de Judith, fonda la superbe ville d'Ecbatanes, et jelaîes fondements d'un grand empire. Ils i'avoient mis sur le trône pour couronner îses vertus, et mettre fin aux désordres que l'anarchie causoit parmi eux '. Conduits par un si grand roi, ils se soutenoientcontre leurs voisins, mais'ilsne s'étendoient pas. Rome s'accroissoit, mais foiblement. Sous TuUus Hosti- 33 671 lius, son troisième roi, et parle fameux combat des Horaces et des Curiaces, Albe fut vaincue et ruinée : ses citoyens, incorporés à la ville victorieuse, l 'agrandirent et la fortifièrent. Romulusavoit pratiqué le premier ce moyen d'augmenter la ville, où il reçut les Sabins et les autres peuples vaincus. Us oublioient leur défaite, et devenoient des sujets affectionnés. Rome, en étendant ses conquêtes, régloit sa milice ; et ce fut sous Tullus Hostilius qu'elle commença à apprendre cette belle discipline, qui la rendit dans la suite maîtresse de l'univers. Le royaume d'Egypte, affoibli par ses longues divi- 84 €70 sions, se rétablissoit sousPsammitique. Ce prince, quidevoit son salut aux Ioniens et aux Gariens, les établit dans l'Egypte, fermée jusqu'alors aux étrangers. A cette occasion, les Égyptiens entrèrent en commerce avec les Grecs; et depuis ce temps aussi, l'histoire d'Egypte , jusque là mêlée de fables pompeuses par l'artifice des prêtres, commence, selon Hérodote % à avoir de la certitude. Cependant les rois d'Assyiie devenoient de plus en plus redoutables à tout l'Orient. Saos- 07 6K7 duchin, fils d'Asaraddon, qu'on croit être le Nabuchodonosor 98 6 SG du livre de Judith, défit en bataille rangée Arphaxad, roi des Mèdes, quel qu'il soit. Si ce n'est pas Déjocès lui-même, premier fondateur d'Ecbatanes, ce peut être Phraorte ou Aphraarte, son fils, qui en éleva les murailles. Enflé de sa victoire, le superbe roi d'Assyrie entreprit de conquérir toute la terre. Dans ce dessein, il passa l'Euphrate, et ravagea tout jusqu'en Judée. Les Juifs avoient irrité Dieu, et s'étoient abandonnés à l'idolâtrie, à l'exemple de Manassès ; mais ils avoient fait pénitence avec ce prince : Dieu les prit aussi en sa protection. Les conquêtes de Nabuchodonosor et d'Ho-

' llEaoD. lil). • c. 96. — 2 Herod. lib. 11, c. 154,

ans ans lopheme son général furent tout-à-coup arrêtées par la main nome. 'J.-C. J'une femme. Déjocès, quoique battu par les Assyriens, laissa son royaume en état de s'accroître sous ses successeurs. Pendant que Phraorte son lils et Gyaxare, lils de Phraorte, subjuguoient la Perse, et poussoient leurs ^onquâtes dans l'Asie-Mineure jusqu'aux bords de l'Halis , la Judée vit passer le règne détestable d'Amon fils de Man::3sès , et Josias, 111 643 lils d'Amon, sage dès l'enfance, travailloità réparer les délia G41 sordres causéspar l'impiété des rois ses prédécesseurs. Rome, qui avoit pour roi Ancus Marcius, domptoit quelques Latins sous sa conduite, et continuant à se faire des citoyens de ses ennemis, elle les renfermoit dans ses murailles. Ceux de Veies, déjà aCFoiblis par Romulus, firent de nouvelles pertes. 128 620 Ancus poussa ses conquêtes jusqu'à la mer voisine , et bâtit la ville d'Ostie à l'embouchure du Tibre. Eu ce temps, le royaume de Babylone fut envahi par Nabopolassar. Ce traître, que Chinaladan, autrement Sarac, avoit feit général de ses armées contre Cyaxare, roi des Mèdes, se joignit avec Astyage , fils de Cyaxare, prit Chinaladan dans Ninive , détruisit cette grande ville si longtemps maîtresse de l'Orient , et se mit sur le trône de son maître. Sous un prince si ambitieux, Babylone s'enorgueillit. La Judée, dont [l'impiété croissoit sans mesure , avoit tout à craindre. Le saint roi ISO C24 Josias suspendit pour un peu de temps, (par son humilité profonde , le châtiment que son peuple avoit mérité ; mais 144 610 le mal s'augmenta sous ses enfants. Nabuchodonosor II, 147 G07 plus terrible que son père Nabopolassar, lui succéda. Ce prince nourri dans l'orgueil, et toujours exercé à la guerre, fit des conquêtes prodigieuses en Orient et en Occideni ; et Labylone menaçoit toute la terre de la mettre en servitude. Ses menaces eurent bientôt leur effet à l'égard du peuple de Dieu. Jérusalem fut abandonnée à ce superbe vainqueur, qui la prit par trois fois : la première, au commencement de son règne , et à la quatrième année du règne de Joakim , d'où commencent les soixante-dix ans de la captivité de Wj B99 Babylone , marqués par le prophète Jérémie ' ; la seconde , cous Jéchonias, ou Joachiiii , lils de Joakim; et la dernière,

• Jereu. XXV. 11, 12; xm 10.

SOUS Sédécias, où la ville fut renversée de foncl en comble , °^^ |^» le temple réduit en cendre, et le roi mené captif à Baby- Rome ^--Clone, avec Saraïa, souverain pontife, et la meilleure partie ijje 598 du peuple. Les plus illustres de ces captifs furent les prophètes Ézéchiel et Daniel. On compte aussi parmi eux les trois jeunes hommes que Nabucliodonosor ne put forcer à adorer sa statue, ni les consumer par les flammes. La Grèce étoit florissante, et ses sept sages se rendoient fllustres. Quelque temps devant la dernière désolation de Jérusalem, leo 594 Selon, l'un des sept sages, donnoit des lois aux Athéniens, et établissoit la liberté sur la justice ; les Phocéens d'Ionie i76 578 menoient à Marseille leur première colonie. Tarquin l'Ancien, roi de Rome, après avoir subjugué une partie de la Toscane , et orrc la ville de Rome par des ouvrages magnifiques, acheva son règne. De son temps, les Gaulois, conduits par Bellovèse , occupèrent dans l'Italie tous les environs du Pô, pendant que Ségovèse, son frère, mena bien 188 566 avant dans la Germanie un autre essaim de la nation. Servius TuUius, successeur de Tarquin, établit le cens , ou le dénombrement des citoyens distribués en certaines classes, par où cette grande ville se trouva réglée comme une famille particulière. Nabuchodonosor embellissoit Babylone, qui s'étoit enrichie des dépouilles de Jérusalem et de l'Orient. Elle n'en jouit pas longtemps. Ce roi, qui l'avoit ornée avec tant de magnificence , vit en mourant la perte prochaine de cette superbe ville •• Son fils Emilverodac, 192 562 que ses débauches rendoient odieux, ne dura guère, et 194 560 fut tué par NérigUssor, son beau-frère, qui usurpa le royaume. Pisistrate usurpa aussi dans Athènes l'autorité souveraine , qu'il sut conserver trente ans durant , parmi beaucoup de vicissitudes, et qu'il laissa même à ses enfants. Nériglissor ne put souffrir la puissance des Mèdes, qui s'agrandissoient en Orient, et leur déclara la guerre. Pendant qu'Asljagc, fils de Cyaxare I, se préparoit à la résistance, il mourut et laissa cetto guerre à soutenir à Cyaxare II, son ûls, appelé par Daniel, Darius le Mède. Celui-ci nomma pour général de son armée , Cyrus , fils de Mandate sa sœur 195 65d ' Abtd. apud Euseb. Praep. Ev. Hb. ix, cap. 41,

se Dïsrocfts

■"9 uni et de Cambyse, roi de Perse, sujet à l'empire des Mèdcs. Rouio J.-C La réputation de Cyrus, qui s'étoil signalé en diverses guerres sous Aslyage , son c,rand-père . réunit la plupart des rois d'Orient sous les étendards de Cyaxare. I! prit, dans sa ville capitale, Crésus, roi de Lydie, et jouit de ses richessoc 1348 ses immenses : il dompta les autres alliés des rois de Baby- 211 543 lone , et é'endit sa domination non seulement sur la Syrie, mais encore bien avant dans l'Asie mineure- Enfin, il mar- 81C 538 cha contre Babylone i il la prit, et la soumit à Cyaxare, sou oncle, qui, n'étant pas moins touché de sa fidélité que de ses exploits , lui donna sa fille unique et son héritière en 21: 537 mariage. Dans le règne de Cyaxare, Daniel, déjà honoré, sous les règnes précédents , de plusieurs célestes visions où il vit passer devant lui en figures si manifestes tant de rois et tant d'empires, apprit, par une nouvelle révélation, ces septantes fameuses semaines , où les temps du Christ et la destinée du peuple juif sont expliqués. C'étoit des semaines d'années , si bien qu'elles contenoient quatre cent quatrevingt-dix ans , et cette manière de compter étoit ordinaire aux Juifs, qui observoient la septième année aussi bien que 918 536 le septième jour , avec un repos religieux. Quelque temps après cette vision, Cyaxare mourut, aussi bien que Cambyse , père de Cyrus ; et ce grand homme , qui leur succéda, joignit le royaume de Perse, obscur jusqu'alors , au royaume des Mèdes si fort augmenté par ses conquêtes. Ainsi, il fut maître paisible de tout l'Orient, et fonda le plus grand empire qui eût été dans le monde. Mais ce qu'il faut le plus remarquer, pour la suite de nos époques, c'est que ce grand conquérant, dès la première année de son règne, donna son décret pour rétablir le temple de Dieu en Jérusalem et les Juifs dans la Judée.

Il faut un peu s'arrêter en cet endroit, qui estïe plus embrouillé de toute la chronologie ancienne , par la difficulé de concilier rhisloîre profane avec l'histoire sainte. Vous aurez sans doute, Monseigneur, déjà remarqué que ce que je raconte de Cyrus est fort différent de ce (lue vous en avez lu dans Justin ; qu'il ne parle point du second royaume des Assyriens , ni de ces fameux rois d'Ass^ie et de Babylone , si

ÊUR L'mSTOlRE UNIVERSELUB. 27

célèbres dans l'histoire sainte ; et qu'enfin mon récit ne s'ac- ans ans

, . de dey.

corde guère avec ce que nous raconte cet auteur des trois Rome. J.-c, premières raonarcliies, de celle des Assyriens finie en la personne de Sardanaple , de celle des Mèdes , finie en la personne d'Asiyage, grand père de Cyrus , et de celle des Perses commencée par Cyrus et détruite par Alexandre.

Vous pouvez joindre à Justin Diodore avec la plupart des auteurs grecs et lafins dont les écrits nous sont restés , qui racontent ces histoires d'une autre manière que celle que j'ai suivie, comme plus conforme à l'Écriture.

Mais ceux qui s'étonnent de trouver l'histoire profane en quelques endroits peu conforme à l'histoire sainte dévoient remarquer en même temps qu'elle s'accorde encore moins avec elle-même. Les Grecs rous ont raconté les actions de Cyi'us en plusieurs manières différentes. Hérodote en remarque trois , outre celle qu'il a suivie " , et il ne dit pas qu'elle soit écrite par des auteurs plus anciens ni plus recevables que les autres. Il remarque encore lui-même ^ que la mort de Cyrus est racontée diversement, et qu'il a choisi la manière qui lui a paru la plus vraisemblable, sans l'autoriser davantage. Xénophon, quia été en Perse au service du jeune Cyrus, frère d'Artaxerxès, nommé Mnémon, a pu s'instruire de plus près de la vie et de la mort de l'ancien Cyrus, dans les annales des Perses et dans la tradition de ce pays ; et pour peu qu'on soit instruit de l'antiquité, on n'hésitera pas à préférer, avec saint Jérôme ^ , Xénophon, un si sage philosophe, aussi bien qu'un si hahile capitaine, à Ctésias, auteur fabuleux, que la plupart des Grecs ont copié, comme Tustin et les Latins ont fait les Grecs ; et plutôt même qu'Hé» rodote, quoiqu'il soit très judicieux. Ce qui me détermine à :e choix, c'est que l'histoire de Xénophon, plus suivie et plus vraisemblable en elle-même , a encore cet avantage qu'elle est plus conforme à l'Écriture , qui , par son antiquité et par le rapport des affaires du peuple juif avec celles de l'Orient, mériterait d'être préférée à toutes les histoires grecques,

» Hetiod. lib. r, c. 95. — làtd. c. 21*. —9 HiER. in Dan. cap. v : tom. m col. 1091,

d" "e * ^"^^^ d'ailleurs on ne sauroit pas qu'elle a été dictée par le Rouie, i-i. Sailli-Esprit.

Qaant aux trois premières monarchies, ce qu'en ont écrit la plupart des Grecs a paru douteux aux plus sages de la Grèce. Platon fait voir en général , sous le nom des prêtres d'Egypte , que les Grecs ignoroient profondément les antiquités ■ ; et Aristote a rangé parmi les conteurs de fables » ceux qui ont écrit les Assyriaques.

" C'est que les Grecs ont écrit tard; et que, voulant diver-

tir par les histoires anciennes la Grèce toujours curieuse, ils les ont composées sur des mémoires confus , qu'ils se sont contentés de mettre dans un ordre agréable , sans se trop soucier de la vérité.

Et certainement la manière dont on arrange ordinairement les trois premières monarchies est visiblement fabuleuse. Car après qu'on a fait périr sous Sardanapale l'empire des Assyriens, on fait paroitre sur le théâtre les Mèdes, et puis les Perses ; comme si les Mèdes avoient succédé à toute la puissance des Assyriens, et que les Perses se fussent établis en ruinant les Mèdes.

Mais, au contraire, il paroît certain que lorsque Arbace révolta les Mèdes contre Sardanaple , il ne fit que les affranchir, sans leur soumettre l'empire d'Assyrie. Hérodote distingue le temps de leur affranchissement d'avec celui de leur premier roi Déjocès ' , et selon la supputation des plus habiles chronologistes , l'intervalle entre ces deux temps doit avoir été environ de quarante ans. Il est d'ailleurs constant, par le témoignage uniforme de ce grand historien et de Xénophon ^ , pour ne point ici parler des autres , que durant les temps qu'on attribue à l'empire des Mèdes , il y avoit en Assyrie des rois très puissants que tout l'Orient rcdoutoit, et dont Cyrus abattit l'empire par la prise de Babylone.

Si donc la plupart des Grecs , et les Latins qui les ont suivis , ne parlent point de ces rois babyloniens ; s'ils ne donnent aucun rang à ce grand royaume parmi les premières monarchies dont ils racontent la suite ; enfin si nous ne voyons

« Plat, in Tim.— » Aeistot. Polit, lib. v, cap. 10. — 3 Herod. lib. i, t. 96.— 4 Herod, lib. i. Xenoph. Cyrop. lib. v, vi, etc.

t»m l'histoire universelle, 29^'

presque rien, dans leurs ouvrages, de ces fameux rois Te^ ans ans glathphalasar, Salmanasar, Sennachérib, Nabuchonodosor. Rome J -ci et de tant d'autres si renommés dans l'Écriture et dans les histoires orientales , il le faut attribuer ou à l'ignorance des Grecs, plus éloquents dans leurs narrations que curieux dans leurs recherches, ou à la perte que nous avons faite de ce qu'il yavoitde plus recherché et de plus exact dans leurs histoires. En effet, Hérodote avoit promis une liistoire particulière des Assyriens ' , que nous n'avons pas, soit qu'elle ait été perdue , ou qu'il n'ait pas eu le temps de la faire ; et on peut croire d'un historien si judicieux qu'il n'y auroit pas oublié les rois du second empire des Assyriens, puisque même Sennachérib, qui en étoit l'un, se trouve encore nommé, dans les livres que nous avons de ce grand auteur * , comme roi des Assyriens et des Arabes.

Strabon , qui vivoit du temps d'Auguste , rapporte ^ ce que Mégaslhène , auteur ancien et voisin des temps d'Alexandre , avoit laissé par écrit sur les fameuses conquêtes de Nabuchodonosor , roi des Chaldéens, à qui il fait traverser l'Europe, pénétrer l'Espagne, et porter ses armes jusqu'aux Colonnes d'Hercule. Elien nomme Tilgamus roi d'Assyrie 4, c'est-à-dire sans difficulté le Tilgath ou le Tcglath de l'histoire sainte ; et nous avons dans Ptolomée un dénombrement des princes qui ont tenu les grands empires parmi lesquels se voit une longue suite de rois d'Assyrie inconnus aux Grecs, et qu'il est aisé d'accorder avec l'histoire sacrée. Si je voulois rapporter ce que nous raconte les annales des Syriens , un Bérose , un Abydénus , un Nicolas de Damas, je ferois un trop long discours. Joseph et Eusèbe de Césarée nous ont conservé les précieux fragments de tous ces auteurs ^ , et d'une infinité d'autres qu'on avoit entiers de leurs temps , dont le témoignage confirme ce que nous dit l'Écriture sainte touchant les anfiquités orientales , et en particulier touchant les histoires assyriennes.

' IIerod. lib. I, c. lOG, 1S4. — uerod. ub. ii, c. 141.— 3 Strab, lib. XV, init. — ■* jElian, Hist. Auiin. lib. xii, c 21. — s JosepHo Ant. lib. IX, c. ult. et lib. x, e. 11 •. Ub 1 cont. Apion. Euseb. Vvsç, Evaog. lib. iz.

30 idscûURS

û°* dé? ^^^^ ^^ ^^ ®^' ^® ^* monarchie des Mèdes , que la plu- Boiue. J.-c. part des historiens profanes mettent la seconde dans le dénombrement des grands empires , comme séparée de celle des Perses, il est certain que l'Écriture les unit toujours ensemble; et vous voyez, Monseigneur, qu'outre l'autorité des livres saints , le seul ordre des faits montre que c'est à cela qu'il faut s'en tenir.

Les Mèdes avant Gyrus , quoique puissants et considérarables , étaient effacés par la grandeur des rois à^ Babylone. Mais Gyrus ayant conquis leur royaume par les force réunies des Mèdes et des Perses , dont il est ensuite devenu le maître par une succession légitime , comme nous l'avons remarqué après Xénophon , il paroît que le grand empire dont il a été le fondateur a du prendre son nom des deux nations : de sorte que celui des Mèdes et celui des Perses ne sont que la même chose , quoique la gloire de Gyrus y ait fait prévaùiv le nom des Perses.

On peut encore penser qu'avant la guerre de Babylone , les rois des Mèdes , ayant étendu leurs conquêtes du côté des colonies grecques de l'Asie mineure , ont été par ce moyen célèbres parmi les Grecs , qui leur ont attribué l'empire de la grande Asie , parce qu'ils ne connoissoient qu'eux de tous les rois d'Orient. Gependant les rois de Ninive et de Babylone , plus puissants , mais plus inconnus à la Grèce , ont été presque oubliés dans ce qui nous reste d'histoires grecques ; et tout le temps qui s'est écoulé depuis Sardanapale jusqu'à Gyrus a été donné aux Mèdes seuls.

Ainsi , il ne faut plus tant se donner de peine à concilier en ce point l'histoire profane avec l'histoire sacrée. Car, quant à ce qui regarde le premier royaume des Assyriens, l'Écriture n'en dit qu'un mot en passant, et ne nomme ni Ninus fondateur de cet empire, ni, à la réserve de Phul, aucun de ses successeurs, parce que leur histoire n'a rien de commun avec celle du peuple de Dieu. Pour les seconds Assyriens , la plupart des Grecs ou les ont entièrement ignorés , ou , pour ne les avoir pas assez connus, ils les ont confondus avec les premiers.

Quand donc on objectera ceux des auteurs grecs qui ar-

sou L" HISTOIRE UNiVERSELLi; âf

rangent à leur fantaisie les trois premières monarchies , et ans ans qui font succéder les Mèdes à l'ancien empire d'Assyrie , Romg. y^ sans parler du nouveau , que l'Écriture fait voir si puissant, il n'y a qu'à répondre qu'ils n'ont point connu cette partie de l'histoire ; et qu'ils ne Sont pas moins contraires aux plus :urieux et aux mieux instruits des auteurs de leur nation , qu'à l'Écriture.

Et , ce qui tranche en un mot toute la difficulté , les auteurs sacrés , plus voisins par les temps et par les lieux des royaumes d'Orient, écrivant d'ailleurs l'histoire d'un peuple dont les affaires sont si mêlées avec celles de ces grands empires , quand ils n'auroient que cet avantage , pourroient foire taire les Grecs, et les Latins, qui les ont suivis.

Si toutefois on s'obstine à soutenir cet ordre célèbre des trois premières monarchies , et que pour garder aux Mèdes seuls le second rang qui leur est donné , on veuille leur assujettir les rois de Babylone , en avouant toutefois qu'après environ cent ans de sujétion , ceux-ci se sont affranchis par une révolte , on sauve en quelque façon la suite de l'histoire sainte , mais on ne s'accorde guère avec les meilleurs historiens profanes , auxquels l'histoire sainte est plus favorable en ce qu'elle unit toujours l'empire des Mèdes à celui des Perses.

Il reste encore à vous découvrir une des causes de l'obscurité de ces anciennes histoires ; c'est que comme les rois d'Orient prenoient plusieurs noms , ou si vous voulez plusieurs titres , qui ensuite leur tenoient lieu de nom propre , et que les peuples les traduisoient ou les prononçoient différemment , selon les divers idiomes de chaque langue , des histoires si anciennes , dont il reste si peu de bons mémoires , ont dû être par là fort obscurcies La confusion des noms en aura sans doute beaucoup mis dans les choses mêmes et dans les personnes ; et de là vient la peine qu'on a de situer dans l'histoire grecque les rois qui ont eu le nom d'Assuérus, autant inconnu aux Grecs que connu aux Orientaux.

Qui croiroit , en effet , que Cyaxare fut le même nom qu'Assuérus, composé du mot Ky, c'est-à-dire seiimenr . <>♦

32 hiscouRS

uns uns du mot Axare , qui revient manifestement à Axuérus, ou ItoDic- J-ci Assuérus? Trois ou quatre princes ont porté ce nom , quoiqu'ils en eussent encore d'autres. Ainsi il n'y a nul doute que Darius le Mède ne puisse avoir été 'un Assuérus ou Cyaxarc : et tout cadre à lui donner un de ces deux noms. Si on n'était averti que Nabuchodonosor , Nabucodrosor , et Nabùcolassar , ne sont que le même nom ou que le nom du même homme , on auroit peine à le croire ; et cependant la chose est certaine. C'est un nom tiré de Nabo, un des dieux que Babylone adoroit , et qu'on inséroit dans les noms des rois en différentes manières. Sargon est Sennachérib ; Ozias est Azarias , Sédécias est Mathanias , Joachas s'appeloit aussi Sellum ; on croit que Soiis ou Sua est le même que Sabacon roi d'Ethiopie ; : Asaraddon, qu'on prononce indifféremment Esar-Haddon ou Asorhaddam est nommé Asénaphar par les Cuthéens » : on croit que Sardanapale est le même que quelques historiens ont nommé Sarac ; et par une bizarrerie dont on ne sait point l'origine , ce V . même roi se trouve nommé par les Grecs Tonos-Concolé-

ros. Nous avons déjà remarqué que Sardanapale étoit vraisemblablement Sardan, fils de Phul ou Pul. Mais qui sait si ce Pul ou Phul , dont il est parlé dans l'histoire sainte ' , n'est pas le même que Phalasar? Car une des manières de varier ces noms étoit de les abréger, de les alonger , de les terminer en diverses inflexions , selon le génie des langues. Ainsi Teglath-Phalasar , c'est-à-dire Teylalh fils de Phalusar, pourroit être un des fils de Phul, qui, plus vigoureux que son frère Sardanapale , auroit conservé une partie de l'empire qu'on auroit ôté à sa maison. On pourroit faire une longue liste des Orientaux dont chacun a eu , dans les histoires , plusieurs noms différents ; mais il suffit d'être instruit en général de cette coutume. Elle n'est pas inconnue aux Latins , parmi lesquels les titres et les adoptions ont multiplié les noms en tant de sortes. Ainsi , le titre d'Auguste et celui d'Africain sont devenus les noms propres de César Octavien et des Scipions : ainsi les Nérons ont été

» !. EsM. IV. 2. 10.— « IV. Rec. TV. 19 1. Paualip. v. 86.

SOB !• HISTOIRE UMVERSELI^. 33

Césars. La chose n'est pas douteuse , et une plus longue ans ans discusion d'un fait si constant est inutile. ïiHiio. J."-G

Pour ceux qui s'étonneront de ce nombre infini d'années que les Ég^^tiens se donnent eux-mêmes, je les renvoie à Hérodote , qui nous assure précisément , comme on vient de voir , que leur histoire n'a de certitude que depuis le temps de Psammitique' , c'est-à-dire six à sept cents ans avant Jésus-Christ. Que si l'on se trouve embarrassé de la durée que le commun donne au premier empire des Assyriens , il n'y a qu'à se souvenir qu'Hérodote l'a réduite à cinq cent vingt ans» , et qu'il est suivi par Denys d'Halicarnasse , le plus docte des historiens , et par Appien. Et ceux qui , après tout cela , se trouvent trop resserrés dans la supputation ordinaire des années, pour y ranger à leur gré tous les événements et toutes les dates qu'ils croiront certaines , peuvent se mettre au large tant qu'il leur plaira dans la supputation des Septante , que l'Église leur laisse libre , pour y placer à leur aise tous les rois qu'on veut donner à Ninive , avec toutes les années qu'on attribue à leur règne , toutes les dynasties des Égyptiens , en quelque sorte qu'ils les veulent arranger, et encore toute l'histoire de la Chine, sans même attendre, s'ils veulent, qu'elle soit plus éclaircie. . Je ne prétends plus. Monseigneur , vous embarrasser , dans la suite , des difficultés de chronologie , qui vous sont très peu nécessaires. Celle-ci étoit trop importante pour ne la pas éclaircir en cet endroit ; et après vous en avoir dit ce qui suffit à notre dessein, je reorends la suite de nos époques..

ÏTUITIÉME ÉPOQUE.

eiRDS, ou LES roiFS RÉTABLB.

Sixième âge du monde.

Ce fut donc 518 ans après la iondation de Rome , 536 ans 218 âsg avant Jésus-Christ , après les soixan»e-dix ans de la captivité de Babylone , et la même année que Cyrus fonda l'empire des Perses , que ce prince choisi de Dieu pour être le libérateur de bon (jeupic-, eL le lo-auialeur de son lempie , mit la

• Hmop. lib. u, e. 154.— î Lib. I, c, 93,

^ne uns main à ce grand ouvrage. ïnconlinent après la publication

Rome. J.-'" de son ordonnance, Zorobabel , accompagné de Jésus , fils de Josédec, souverain pontife, ramena les captifs qui rebâ-

219 B33 tirent l'autel , et posèrent les fondements du second temple. Les Samaritains, jaloux de leur gloire, voulurent prendre part à ce grand ouvrage ; et, sous prétexte qu'ils adoroient le dieu d'Israël , quoiqu'ils en joignissent le culte à celui de leurs faux dieux, ils prièrent Zorobabel de leur permettre de rebâtir avec lui le temple de Dieu '. Mais les enfants de Juda , qui détestoient leur culte mêlé , rejetèrent leur proposition. Les Samaritains irrités traversèrent leur dessein par toute sorte d'artifices et de violences. Environ ce temps, Servius Tullius, après avoir agrandi la ville de Rome, conçut le dessein de la mettre en république. Il

«21 S33 périt au milieu de ces pensées , par les conseils de sa fille , et par le commandement de Tarquin - le - Superbe , son gendre. Ce tyran envahit le royaume , où il exerça durant un long temps toute sorte de violences. Cependant l'empire des Perses alloit croissant : outre ces provinces immenses de la grande Asie], tout ce vaste continent de l'Asie inférieure leur obéit; les Syriens et les Arabes furent assujeti

Î29 525 tis ; l'Egypte, si jalouse de ses lois, reçut les leurs. La conquête s'en fit par Cambyse, fils de Cyrus. Ce brutal ne sur-

232 522 vécut guèrc à Smerdis son frère , qu'un songe ambigu lui fît tuer en secret. Le mage Smerdis régna quelque temps sous le nom de Smerdis, frère de Cambyse : mais sa fourbe fut bientôt découverte. Les sept principaux seigneurs conjurèrent contre lui, et l'un d'eux fut mis sur le trône. Ce fut

23.^ 821 Darius, fils d'Hystape, qui s'appeloit dans ses inscriptions le meilleur et le mi^ux fait de tous les hommes *. Plusieurs marques le font yeçqunoître pour l'Assuérus du livre d'Esllier , quoiqu'on n'en convienne pas. Au commencement de sou règne, le temple fut achevé après divers interruptions causées par les Samaritains^. Une haine irréconciliable se mit entre les deux peuples, et il n'y eut rien de plus opposé que Jérusalem et Sarnarie. C'est du temps de Darius que

M:i s< 3 commence la liberté de Rome et d'Athènes , et la gyandc

« I. EsB. IV. 2, 3.— a Uerod. lib. IV c. 91.— 3 I. EsrR. v,

SUR t HlStOlRS tJNiVEUSELLC, ^

gloire de la Grèce. Harmodius et Aristogiton , Athéuiens , ^"^ ^ans déli-sTent leur pays d'Hypparque fils de Pisistrate , et sont Rome, j -C tués par ses gardes. Hippias, frère d'Hypparque , tâche en vain de se soutenir. Il est chassé : la tyrannie des Pisistrati- 24i 5ie des est entièrement éteinte. Les Athéniens affranchis drest sent des statues à leurs libérateurs, et rétablissent l'état populaire. Hippias se jette entre les bras de Darius , qu'il trouva déjà disposé à entreprendre la conquête de la Grèce, et n'a plus d'espérance qu'en sa protection. Dans le temps qu'il fut chassé , Rome se défit aussi de ses tyrans. Tarquin le Superbe avoit rendu par ses violences la royauté odieuse : 9.4& soa l'impudicité de Sexte, son fils, acheva de la détruire. Lucrèce déshonorée se tua elle-même : son sang et les harangues de Brutus animèrent les Romains. Les rois furent bannis, et l'empire consulaire fut établi suivant les projets de Servius TuUius ; mais il fut bientôt affoibfi par la Jalousie du peuple. Dès le premier consulat , P. Valérius consul, célèbre par ses victoires , devint suspect à ses citoyens ; et ii fallut , pour les contenter , établir la loi qui permit d'appeler au peuple, du sénat et des consuls, dans toutes les cau- §es où il s'agissoit de châtier un citoyen. Les Tarquins chasçés trouvèrent des défenseurs : les rois voisins regardèrent îeur bannissement comme une injure faite à tous les rois ; et Porsena, roi des Clusiens , peuples d'Etrurie , prit les armes 247 507 contre Rome. Réduite à l'extrémité, et presque prise, elle fut sauvée par la valeur d'Horatius Codés. Les Romains firent des prodiges pour leur liberté : Scévola, jeune citoyen , se brûla main qui avoit manqué Porsena; Clélie , une jeune fille , étonna ce prince par sa hardiesse ; Porsena laissa Rome en paix , et les Tarquins demeurèrent sans ressource. Hip- 254 500 pias , pour qui Darius se déclara , avoit de meilleures espérances. Toute la Perse se remuoit en sa faveur , et Athènes çtoit menacée d'une grande guerre. Durant que Darius en g^t 493 faisoit les préparatifs , Rome , qui s'étoit si bien défendue contre les étrangers , pensa pénr par elle-même : la jalousie s'étoit réveiUée entre les pati-iciens et le peuple ; la puissance consulaire , quoique déjà modérée par la loi de P. Valérius , parut encore excessive à ce peuple trop jalon:^ dç sa liberté.

y^ blBCOVIU

d"' (■«"? ^^ ^® retira au mont Avenlin : les conseils violents llirent noui«. j.-<:. inutiles ; le peuple ne put être ramené que par les paisibles remontrances de Ménénius Agrippa ; mais il fallut trouver des tempéraments , et donner au peuple des tribuns pour le défendre contre les consuls. La loi qui établit cette nouvelle magistrature fut appelée la loi sacrée ; et ce fut là que commencèrent les tribuns du peuple. Darius avoit entin éclaté contre la Grèce. Son gendre Mardonius, après avoir traversé l'Asie , croyoit accabler les Grecs par le nombre de 26* A90 ses soldats : mais Miltiade défit cette armée immense dans la plaine de Marathon, avec dix mille Athéniens. Rome battoit tousses ennemis aux environs et sembloit n'avoir à craindre que d'elle-même. Coriolan , zélé patricien , et le plus grand de ses capitaines , chassé , malgré ses services , par la faction

265 489 populaire, médita la ruine de sa patrie , mena les Volsques

266 488 contre elle , la réduisit à l'extrémité , et ne put être apaisé

que par sa mère. La Grèce ne jouit pas longtemps du repos

274 480 que la bataille de Marathon lui avoit donné. Pour venger

l'affront de la Perse et de Darius, Xerxès son fils et sou successeur, et petit-fils de Gyrus par sa mère Atosse , attaqua iês Grecs avec onze cent mille combattants (d'autres disent dix-sept cent mille) , sans compter son armée navale de douze cents vaisseaux. Léonidas , roi de Sparte , qui n'avoit que trois cents hommes , lui en tua vingt mille au passage des Thermopyles, et périt avec les siens. Par les conseils de Thémistocle , Athénien , l'armée navale de Xerxès est débite la même année , près de Salamine. Ce prince repasse

275 479 î'Hellespont avec frayeur ; et un an après , son armée de

terre , que Mardonius commandoit , est taillée en pièces , auprès de Platée , par Pausanias , roi de Lacédémone, et par Aristide, Athénien, appelé le Juste. La bataille se donna le matin ; et le soir de cette fameuse journée . les Grecs Ioniens , ^]ui avoient secoué le joug des Perses, leur tuèrent trente mille hommes dans la bataifie de Mycale, sous la conduite de Léotychides. Ce général , pour encourager ses soldats , leur dit que Rferdonius venoit d'être défait dans la Grèce, La nouvelle se trouva véritable , ou par un effet prodigieux de la renommée ou nlutôt par une heureuse rencontre ; et

SUR L'HiaTOIRK UNIVFRSKI.tF. K

tou!! !pç Grecs de l'Asie mineure se mirent en liberté. Cette ans an»

• ..Il de dev.

nation remportoit partout da grands avantages; et un peu Bcmc. J.-c. auparavant les Carthaginois , puissants alors , furent battus dans la Sicile où ils vouloient étendre leur domination, à la sollicitation des Perses. Malgré ce mauvais succès, ils ne cessèrent depuis de faire de nouveaux dessems sur une île si commode à leur assurer l'empire de la mer , que leur république affectoit. La Grèce le tenoit alors; mais elle ne regardoit que l'Orient et les Perses. Pausanias venoit d'af- 277 477 franchir l'île de Chypre de leur joug , quand il conçut le 278 476 dessein d'asservir son pays, Tous ses projets furent vains , quoique Xerxès lui promît tout : le traître fut trahi par celui qu'il aimoit le plus , et son infâme amour lui coûta la vicj La même année Xerxès fut tué par Artaban , son capitaine 28P 474 des gardes • , soit que ce perfide voulût occuper le trône de son maître , ou qu'il craignît les rigueurs d'un prince dont il n'avait pas exécuté assez promptement les ordres cruels. ' Artaxerxe à la Longue-Main, son fils, commença son règne et reçut peu de temps après une lettre de Thémistocle, qui, gg^ 473 proscrit par ses citoyens, lui offroit ses services contre les Grecs, fl sut estimer, autant qu'il devoit, un capitaine si renommé, et lui fit un grand établissement malgré la jalousie des Satrapes. Ce roi magnanime protégea le peuple juif % et dans sa vingtième année, que ses suites rendent mémorable, 287 467 il permit à Néhémias de rétablir Jérusalem avec ses murail- 300 454 les ^ Ce décret d' Artaxerxe diffère de celui de Cyrus, en ce que celui de Cyrus regardoit le temple , et celui-ci est fait pour la ville. A ce décret prévu par Daniel, et marqué dans sa prophétie '*. les quatre cent quatre-vingt-dix ans de ses semaines commencent. Cette importante date a de solides fondements. Le bannissement de Thémistocle est placé, dans la Chronique d'Eusèbe, à la dernière année de la 76e Olympiade, qui revient à l'an 280 de Rome. Les autres chronologistes le mettent un peu au-dessous. La différence est petite, et les circonstances du temps ojssurent la date d'Eusèbe. Elles se tirent de Thucydide, historien très exact ; et ce grave

' AnisT. Polit, lib. v, cap 10.— 2 I. Esd, vu, vin. — 'I. Esdr. •. VI. 3. 11. Esdr. ii. j, 2. — à Dan. ix, 26,

'^e de\ '*'^**cur ) contemporain presque , aussi bien que concitoyen Rome J.-c. de Thémistocle , lui t'ait écriro sa lettre au commencement du rogne d'Artaxerxe '- Cornélius Nepos, auteur ancien, et judicieux auiaht qu'élégam, ae veut pas qu'on doute de cette date après l'autorité de Thucydide ' ; raisonnement d'autant plus solide, qu'un autre auteur plus ancien encore que Thucydide s'accorde avec lui. C'est Gharon de Lampsaque cité par Plutarque ^ ; et Plularque ajoute lui-même que les Annales, c'est-à-dire celles de Perse, sont conformes à ces deux auteurs. Il ne les suit pourtant pas, mais il n'en dit aucune raison j et les historiens qui commencent huit ou neuf ans plus tiard le règne d'Artaxerxe ne sont ni du temps,

;. ni d'une si grande autorité. Il paroît donc indubitable qu'il

en faut placer le commencement vers la fin de la 76* Olyntpiade, et approchant de l'année 280 de Rome, par où la vingtième année de ce prince doit arriver vers la fin de la 81 « Olympiade, et environ l'an 300 de Rome. Au reste,

y. cetiX qui rejettent plu» bas le commencement d'Artaxerxe^

pour concilier les auteurs, sont réduits à conjecturer que son père l'avoit du moins associé au royaume quand jThémistocle écrivit sa lettre ; et en quelque façon que ce soit, notre date est assurée. Ce fondement étant posé, le reste du compte

'"''■^ est aisé à faire, et la suite le rendra sensible. Après le décret

d'Artaxerxe, les Juifs travaillèrent à rétablir leur ville et ses murailles, comme Daniel l'avoit prédit 'i. Nchémias conduisit l'ouvrage avec beaucoup de prudence et de fermeté, au milieu de la résistance des Samaritains, des Arabes et des Ammonites. Le peuplé fit un effort, et Eliasib, souverain pontif, l'anima par son exemple. Cependant les nouveaux magistrats qu'on aVoit donnés au peuple romain augmentoient les divisions de la ville ; et Rome, formée sous des tois, manquoit de* lois nécessaires à la bonne constitution d'Une république. La réputafion de la Grèce, plus célèbre encore par son gouvernement que par ses victoires, excita les Romains à se régler sur son exemple. Ainsi ils envoyè-

B02 463 rent des députés pour rechercher les lois des villes de • TnucYD. lib. I. — 2 CoBN. Nep. in Themist c. 9.-3 Plutauq. in Tiieiiiist— -IDan. ix. 25.

3i!B l'histoire universelle, 30

Grèce, et surtout celles d'Athènes, plus conformes à l'état ans M^ de leur république. Sur ce modèle, dix magistrats absolus, Rome, j.-g' qu'on créa l'année d'après sous le nom de décemvirs, rédi^ 303 451 gèrent les lois des Douze-Tables qui sont le fondement du 304 450 Droit romain. Le peuple, ravi de l'équité avec laquelle ils les composèrent, leur laissa empiéter le pouvoir suprême dont ils usèrent tyranniquement. H se fit alors de grands mouvements par l'intempérance d'Appius Glodius, un des 305 *49 décemvirs, et par le meurtre de Virginie , que son père aima mieux tuer de sa propre main que de la laisser abandonnée à la passion d'Appius. Le sang de cette seconde Lucrèce réveilla le peuple romain, et les décemvirs furent chassés. Pendant que les lois romaines se formoient sous les décemvirs, Esdras, docteur de la loi et Néhémias, gouverneur du peuple de Dieu nouvellement rétabli dans la Judée, réformoient les abus, et faisoient observer la loi de Moïse, qu'ils observoient les premiers \ Un des principaux articles de leur réformation fat d'obliger tout le peuple, et principalement les prêtres, à quitter les femmes étrangères qu'ils avoient épousées contre la défense de la loi. Esdras mit en ordre les livres saints dont il fit une exacte révision, et ramassa les anciens mémoires du peuple de Dieu pcnir en composer les deux livres des Paralipomènes ou Chroniques, auxquelles il ajouta l'histoire de son temps qui fut achevée par Néhémias. C'est par leurs livres que se termine cette longue histoire que Muise avait commencée, et que les auteurs suivants continuèrent sans interruption jusqu'au rétabhssement de Jérusalem. Le reste de l'histoire sainte n'est pas écrit dans la même suite. Pendant qu'Esdras et Néhémias faisoient la dernière partie de ce grand ouvrage, Hérodote, que les auteurs profanes appellent le père de l'histoire, commençait à écrire. Ainsi les derniers auteurs de l'histoire sainte se rencontrent avec le premier auteur de l'histoire grecque; et quand elle commence, celle du peuple de Dieu, à la prendre seulement depuis Abraham, enfermoit déjà quinze siècles. Hérodote n'avoit garde de parler des Juifs dans l'histoire qu'il nous a laissée ; et les Grecs n' avoient bc- » I. EsDR. IX, X- II. EsDu. xiii- Deut. xxui. 3.

40 DIMOUM

ans ans soin d'irc informés que des j)euplcs que la guerre, le com- Bome. i.'O. mcrce ou un grand éclat leur l'aisoit connaître. La Judée, qui commençoit à peine à se relever de sa ruine, n'attiroit pas les regards. Ce fut dans des temps si malheureux que la langue hébraïque commença à se mêle" de langage chaldaïque, qui étoit celui de Babylone durant le temps que le peuple y fut captif ; mais elle étoit encore entendue, du temps d'Esdras, de la plus grande partie du peuple, comme il paroît par la lecture qu'il fit faire des livres de la loi « hautement « et intelligiblement en présence de tout le peuple, hommes « et femmes en grand nombre, et de tous ceux qui pou- « voient entendre, et tout le monde entendoit pendant la « lecture » '. Depuis ce temps, peu à peu elle cessa d'être vulgaire. Durant la captivité, et ensuite par le commerce qu'il fallut avoir avec les Ghaldéens, les Juifs apprirent la langue chaldaïque, assez approchante de la leur, et qui avoit presque le même génie. Celte raison leur fit changer l'ancienne figure des lettres hébraïques, et ils écrivirent l'hébreu avec les lettres des Chaldéens, plus usitées parmi eux, et plus aisées à former. Ce changement fut aisé entre deux angues voisines dr :t les lettres étoientdemêrae valeur, et ne différoient que dans la figure. Depuis ce temps, on ne trouve l'Écriture sainte parmi les Juifs qu'en caractères chaldaïques. J'ai dit que l'Écriture se trouve parmi les Juifs qu'en ces caractères. Mais on a trouvé de nos jours, entre les mains des Samaritains, un Pentateuque en anciens caractères hébraïques, tels qu'on les voit dans les médailles et dans tous les monuments des siècles passés. Ce Pentateuque ne diffère en rien de celui des Juifs, si ce n'est qu'il y a un endroit falsifié en faveur du culte public , que les Samaritains soutenoient que Dieu avoit établi sur la montagne de Garizim, près deSamarie, comme les Juifs soutenoient que c'étoit dans Jérusalem. Il y a encore quelques différences, mais légères. Il est constant que les anciens Pères, et entre autres Eusèbe et saint Jérôme, ont vu cet ancien Pentateuque samaritain; et qu'on trouve, dans celui que nous avons, tous les caractères de celui dont ils ont parlé-

*l\. KftDR- vitr. 5, 6, B^

SUR l'histoire tmiTIRSELLE. 4i

Pour entendre parfaitement les anliquitce du peuple de '^"^ ^"^ Dieu, il faut ici en peu de mots faire l'histoire des Samari- Monde, i-c. tains et de leur Pentateuque. Il faut pour cela se souvenir 3029 975 qu'après Salomon, et en punition de ses excès, sous Roboam, son fils Jéroboam sépara dix tribus du royaume de Juda, et forma le royaume d'Israël, dont la capitale fut Samarie. 3030 fl64

Ce royaume, ainsi séparé, ne sacrifia plus dans le temple de Jérusalem, et rejeta toutes les Écritures faites depuis David et Salomon, sans se soucier non plus des ordonnances de ces deux rois, dont l'un avoit préparé le temple, et l'autre l'avoit construit et dédié.

Rome fut fondée l'an du monde 3250 ; et trente-trois ans après, c'est-à-dire l'an du monde 3283, les dix tribus schis-, matiques furent transportées à Ninive, et dispersées parmi les Gentils.

Sous Asaraddon, roi d'Assyrie, les Cuthéens furent en- ang voyés pour habiter Samarie'. G'étoient des peuples d'Assy- ro^^q. rie, qui furent depuis appelés Samaritains. Ceux-ci joigni- 77 577 rent le culte de Dieu avec celui des idoles, et obtinrent d* Asaraddon un prêtre Israélite qui leur apprit le service du dieu du pays, c'est-à-dire les observances de la loi de Moïse. Mais leur prêtre ne leur donna que les livres de Moïse dont les dix tribus révoltées avoient conservé la vénération, sans y joindre d'autres livres saints, pour les raisons que l'on vient de voir.

Ces peuples ainsi instruits ont toujours persisté dans la haine que les dix tribus avoient contre les Juifs ; et lorsque Cyrus permit aux Juifs de rétablir le temple de Jérusalem, 219 B35 les Samaritains traversèrent autant qu'ils purent leur dessein-, en faisant semblant néanmoins d'y vouloir prendre part, sous prétexte qu'ils adoroient le Dieu d'Israël, quoiqu'ils en joignissent le culte avec celui de leurs fausses divinités.

Ils persistèrent toujours à traverser les desseins des Juifs lorsqu'ils rcbâtissoient leur ville sous la conduite de Néhémias ; et les deux nations furent toujours ennemies.

On voit ici la raison pourquoi ils ne changèrent pas avec

'lY. Rkg. xnu «4. T. Espn. iv, ?.— ' I îîsnn. iv, 3, 8.

4§ oiscouns

dDt ans les Jnîfs les caractères hébreux en caractères chalcfaïques. ftome. J.-c* Ik n'avoient garde d'imiter les Juifs , non plus qu'Esdras leur grand docteur, puisqu'ils les avoient en exécration : c'est pourquoi leur Pcnlateuquc se trouve écrit en anciens caractères hébraïques, ainsi qu'il a été dit. *21 833 Alexandre leur permit de bâtir le temple de Garizim. Manassès, frère de Jaddus, souverain pontife des Juifs, qui embrassa le schisme des Samaritains, obtint la permission de bâtir ce temple ; et c'est apparemment sous lui qu'ils commencèrent à quitter le culte des faux dieux, ne différant d'avec les Juifs qu'en ce qu'ils le vouloient servir, non point dans Jérusalem , comme Dieu l'avait ordonné , mais sur le mont Garizim.

On voit ici la raison pourquoi ils ont falsifié, dans leur Pentateuque, l'endroit où il est parlé de la montagne de Garizim , dans le dessein de montrer que cette montagne étoit bénite de Pieu et consacrée à son culte, et non pas Jérusa- ' •'* lem.

La haine entre les deux peuples subsista toujours : les Samaritains soutenoient que leur temple de Garizim devoit être préféré à celui de Jérusalem, La contestation fut émue devant Ptolomée Pliilométor, roi d'Egypte. Les Juifs qui avoient pour eux la succession et la tradition manifeste, gagnèrent leur cause par un jugement solenner. 5S7 167 ^'^^ Samaritain^, qui durant la persécution d'Antiochus et des rois de Syrie se joignirent toujours à eux contre les G24 130 Juifs, furent subjugués par Jean Hircan, fils de Simon, quj renversa leur temple de Garizim, mais qui ne les put empêcher de continuer leur service sur la montagne où il étoit bâti, ni réduire ce peuple opiniâtre à venir adorer dans le temple de Jérusalem.

De là vient que, du temps de Jésus-Christ, on voit encore les Samaritains attachés au même culte, et condamnés par Jésus-Christ^.

Ce peuple a toujours subsisté depuis ce temps-là, en deux ou trois endroits de l'Orient. Un de nos voyageurs l'a connu, et nous en a rapporte le texte du Pentateuque qu'on appelle ' Ins., Ant. lib. îiii, cap. 6, al. 3.— » Joan. iv. 23.

«JR t*raSTOIRE UNIVERSELLE, 4']

Samaritain, dont on voit à présent 1 antiquité ; et on entend ans dns parfaitement toutes les raisons pour lesquelles il est de- Roiuo. j.-& meure en l'état où nous le voyons.

Les Juifs vivoient avec douceur sous l'autorité d'Artaxerxe.' Ce prince, réduit par Cimon, fils de Miltiade, général des Athéniens, à faire une paix honteuse, désespéra de vaincre lee Grecs par la force, et ne songea plus qu'à profiter de leurs divisions. Il en arriva de grandes entre les Athéniens et les Lacédémoniens. Ces deux peuples, jaloux l'un de l'autre, partagèrent toute la Grèce. Périclès, Athénien, com- 32a 43t mença la guerre du Péloponnèse, durant laquelle Thèramène, Thrasybule et Alcibiade, Athéniens , se rendent célèbres. Brasidas et Myndare, Lacédémoniens, y meurent en combattant pour leur pays. Cette guerre dura vingt-sept ans, et finit à l'avantage de Lacédémone, qui avoit mis dans son parti Darius, nommé le Bâtard, fils at successeur d'Artaxerxe. Lysandre, général de l'armée navale des Lacédémoniens, ggQ, ^^^ prit Athènes, et en changea le gouvernement. Mais la Perse s'aperçut bientôt qu'elle avoit rendu les Lacédémoniens trop puissants. Ils soutinrent le jeune Cyrus dans sa révolte 353 4oi contre Arlaxerxe son aîné, appelé Mnémon à cause de son excellente mémoire, fils et successeur de Darius. Ce jeune prince, sauvé de la prison et de la mort par sa mère Parysatis, songe à la vengeance, gagne les satrapes par ses agréments infinis, traverse l'Asie mineure, va présenter la bataille au roi son frère dans le cœur de son empire, le blesse de sa propre main, et, se croyant trop tôt vainqueur, périt par sa témérité. Les dix mille Grecs qui le servoient font cette retraite étonnante, où commandoit à la fin Xénophon, grand philosophe et grand capitaine, qui en a écrit l'histoire 4 Les Lacédémoniens continuoient à attaquer l'empire des Perses, qu'Agésilas, roi de Sparte, fit trembler 358 896 dans l'Asie mineure : mais les divis/ons de la Grèce le rappelèrent en son pays. En ce temps la ville de Véies, qui égaloit presque la gloire de Rome, après un siège de dix ans et beaucoup de divers succès, fut prise par les Romains sous la conduite de Camille. Sa générosité lui fit encore une autre conquête. Les Falisques qu'il assiégeoit se don- 360 394

-li uscoum;

ans ans nèreut à lui, touchés de ce q\i'il leur avoit renvo\é leurs

de dev.

Rouia j-c. enfants, qu'un maître d'école lui avoit livrés. Rome ne vonloit pas vaincre par des trahisons, ni profiter de la perfidie d'un lâche, qui abusoit de l'obéissance d'un âge innocent. Un peu après, les Gaulois Sénonois entrèreni en Italie, et assiégèrent Clusium. Les Romains perdirent contre eux la 363 391 fameuse bataille d'Allia. Leur ville fut prise et brûlée. Pensai 390 dant qu'ils se défendoient dans le Gapitole, leurs affaires furent rétablies par Camille, qu'ils avoient banni. Les Gaulois demeurèrent sept mois maîtres de Rome ; et appelés ailleurs par d'autres affaires, ils se retirprent chargés de butin'. Durant les brouilleries de la Grèce, Épaminondas, Thébain, se signala par son équité et par sa modération, S83 271 autant que par ses victoires. On remarque qa'il avoit pour règle de ne mentir jamais, même en riant. Ses grandes actions éclatent dans les dernières années de Mnémon et dans les premières d'Ochus. Sous un si grand capitaine, les Thébains sont victorieux, et la puissance de Lacédémone est abattue. Celle des rois de Macédoine commence avec Phi- Hçt^ 359 lippe , père d'Alexandre-le-Gran"â. Malgré les oppositions d'Ochus et d'Arsès son fils, rois de Perse, et malgré les difficultés plus grandes encore que lui suscitoit dans Athènes l'éloquence de Démosthène, puissant défenseur de la liberté, ce prince, victorieux durant vingt ans, assujettit toute la 416 338 Grèce, où la bataille de Chéronée, qu'il gagna sur les Athéniens et sur les alUés, lui donna une puissance absolue. Dans cette fameuse bataille, pendant qu'il rompoit les Athéniens, il eut la joie de voir Alexandre, à l'âge de dix-huit ans, enfoncer les troupes thébaines de la discipline d'Épaminondas, et entre autres la troupe Sacrée, qu'on appeloit des Amis , qui se croyoit invincible. Ainsi maître de la Grèce, et soutenu par un fils d'une si grande espérance, il conçut de plus hauts desseins, et ne médita rien moins que 41' 33*7 la ruine des Perses, contre lesquels il fut déclaré capitaine AÏS 336 général. Mais leur perte éloit réservée à Alexandre. Au mi-

lieu des solennités d'un nouveau mariage , Philippe fiit assassiné par Pausanias , jeune homme de bonne maison, à

> POLTB. lib. I. c. 6. )ib. II, C; 18, 22.

COR 1 UISTOIRB UNIVERâBLLK. -iS

qui il n'avoit pas rendu justice. L'eunuque Bagoas tua dans ans ans la même année Arsès, roi de Perse, et fit régner à sa place Rome. i-Q- Darius, fils d'Arsame, surnommé Codomanus. Il mérite, par sa valeur, qu'on se range à l'opinioû, d'ailleurs la plus vraisemblable, qui le fait sortir de la famille royale. Ainsi deux ro/s courageux commencèrent ensemble leur règne, Darius, fils d'Arsame, et Alexandre, fils de Philippe. Ils se regardoient d'un œil jaloux, et sembloient nés pour se disputer l'empire du monde. Mais Alexandre voulut s'affermir avant que d'entreprendre son rival. Il vengea la mort de son père ; il dompta les peuples rebelles qui méprisoient sa jeunesse ; il battit les Grecs, qui tentèrent vainement de secouer le joug, et ruina Thèbes, où il n'épargna que la mai- 43 a ass son et les descendants de Pindare, dont la Grèce admiroit les odes. Puissant et victorieux, il marche après tant d'ex- 420 834 ploits à la tête des Grecs contre Darius, qu'il défait en trois ^^^ ^^^

batailles rangées, entre triomphant dans Babylone et dans ^^^ ^^^ Suse, détruit Persépolis, ancien siège des rois de Perse, 427 327 pousse ses conquêtes jusqu'aux Indes, et vient mourir à Ba- 430 324 bylone, âgé de trente-trois ans.

De son temps Manassès, frère de Jaddus, souverain pontife, 42'! 323 excita des brouilleries parmi les Juifs. D avoit épousé la fille de Sanaballat Samaritain, que Darius avoit fait satrape de ce pays. Plutôt que de répudier cette étrangère, à quoi le conseil de Jérusalem et son frère Jaddus vouloient l'obliger, il embrassa le schisme des Samaritains. Plusieurs Juifs, pour éviter de pareilles censures, se joignirent à lui. Dès lors il résolut de bâtir un temple près de Samarie, sur la montagne de Garizim, q«e les Samaritains croyoient bénie, et de s'en faire le pontife. Son beau-père, très accrédité auprès de Darius, l'assura de la protection de ce prince , et les suites lui furent encore plus favorables. Alexandre s'éleva : Sanaballat 422 38â quitta son maître, et mena des troupes aux victorieux durant le siège de Tyr. Ainsi il obfint tout ce qu'il voulut ; le temple de Gazirim fut bâti, et l'ambifion de Manassès fut satisfaite. Les Juifs cependant, toujours fidèles aux Perses, refusèrent a Alexandre le secours qu'il leur demandoit. Il alloit à Jéruh;ïlc'ni , résùlii <ie «e venger ; mais il fut changé à la vue du

4^ UISCODRS

nus ans souverain pontife, qui vint au-devant de lui avec les sacrifi- Rouie. j.-c- cOiteurs revêtus de leurs habits de cérémonie, et précédés de tout le peuple habillé de blanc. On lui montra des prophéties qui prédisoient ses victoires : c'étoit celles de Daniel. Il accorda aux Juifs toutes leurs demandes, et ils lui gardèrent la même fidélité qu'ils avoient toujours gardée aux rois de Perse.

*28, 429, 430 Durant ces conquêtes, Rome étoit aux mains avec les Samnites ses voisins, et avoit une peine extrêjjjie à ks réduire, ipalgré la valeur et la conduite de Papirius Cursor, le plus illustre de ses généraux. Après la mort d'Alexandre, son empij^-e fut partagé. Perdiccas, Ptolomée, fils de Lagus, Antigo- ^<Q 324 nus, Séleucus, Lysimaque, Anlipater et son fils Cassander, en un mot tous ses capitaines, nourris dans la guerre sous W«, 436, 438 un si grand conquérant, songèrent à s'en rendre maîtres par 443, 445 les armes : ils immolèrent à leur ambition toute la famille d'Alexandre, son frère, sa mère, ses femmes, ses enfants, et jusqu'à ses sœurs : on ne vit que des batailles sanglantes et d'effroyables révolutions. Au milieu de tant de désordres, plusieurs peuples de l'Asie mineure et du voisinage s'affran-cliirent et formèrent les royaumes de Pont, de Bitl^yn^ç et de Pergame, La bonté du pays les rendirent ensuite riches et puissants. L'Arménie secoua aussi dans le même temps le joug des Macédoniens, et devint un grand royaume. Lçs deux Mithridate père et fils fondèrent celui de Cappadoce, ]\Iais les deux plus puissantes monarchies qui se soient élevées 323 alors furent celle d'Egypte fondée par Ptolomée, fils de Lagus, il 2 d'où viennent les Lagidcs ; et celle d'Asie ou de Syrie fondée par Séleucus, d'où viennent les Séleucides. Celle-ci comprenoit, outre la Syrie, ces vastes et riches provinces de la haute Asie qui composoient l'empire des Perses : ainsi tout l'Orient reconnut la Grèce, et en apprit le langage. La Grèce ellemême étoit opprimée par les capitaines d'Alexandre. La Macédoine, son ancien royaume, qui dounoit des miiîlrcs à l'Orient, était en proie au premier venu. Les enfants de Cassander se chassèrent les uns les autres de co royaume. Pyr- 458 9-S6 rhus, roi des Épirotes, qui en avoit occupé une pai-tie, fut 460 i89/. t iias.é [wr Uéwcllias Poliorcète, fils d'Antigonus, qu'il

SUR L HISTOIRE UMVERSrXLB. 4 i

cha.ssa aussi à sou tour : ii est iui-mêmc chassé encore iiuc ans ans fois par Lysimaque, et Lysiraaque par Séleucus, que Ptolo- p.ome. j.-o*. mée Céraunus, chassé d'Egypte par son père Ptolomée I, 465 289 tua en traître malgré ses bienfaits. Ce perfide n'eut pas plus 468 28G tôt envahi la Macédoine, qu'il fut attaqué par les Gaulois, et 473 ggi périt dans un combat qu'il leur donna. Durant les troubles 474 28O de l'Orient, ils vinrent dans l'Asie mineure, conduits par 475 279 leur roi Brennus, et s'établirent dans la Gallo-Grèce ou Galatie, nommée ainsi de leur nom, d'où ils se jetèrent dans la Macédoine qu'ils ravagèrent, et firent trembler toute la Grèce. Mais leur armée périt dans l'entreprise sacrilège du temple de Delphes. Cette nation remuoit partout, et partout 470 375 'elle étoit malheureuse. Quelques années devant l'aflaire de Delphes, les Gaulois d'Italie, que leurs guerres continuelles 471 ggg et leurs victoires fréquentes rendoient la terreur des Romains, furent excités contre eux par les Samnites, les Brutiens, et les Étruriens '. Ils remportèrent d'abord une nouvelle victpire;, mais ils en souillèrent la gloire en tuant des ambassadeurs. Les Romains indignés marchent contre eux , les défont, entrent dans leurs terres, où ils fondent une colonie, 472 ggg les battent encore deux fois, en assujettissent une partie, et réduisent l'autre à demander la paix. Après que les Gaulois (J'Orient eiu-ent été chassés de la Grèce, Antigonus Gonatas, 477 «77 fils de Démétrius Poliorcète , qui régnoit depuis douze ans dans la Grèce, mais fort peu paisible , envahit sans peine la Macédoine. Pyrrhus était occupé ailleurs. Chassé de ce royaume, ii espéra de contenter son ambition par la conquête de l'Italie, où il fut appelé par les Tarentins. La ba- 474 5?8û taille que les Romains venoient de gagner sur eux et sur les SkE^i^n^tes ne leur laissoit que cette ressource. Il remporta contre les Romains des victoires qui le ruinoient. Les élé- 475 270 pt^ants de Pyrrhus les étonnèrent ; mais le consul Fabrice fit JjjeiitQt voir aux Romains que Pyrrhus pouvoit être vaincu, l-e roi et le consul sembloient se disputer la gloire de la gé- J^érpsité, plus encore que celle des armes : Pyrrhus rendit {^U consul tous les prisonuiers sans rançon, disant qu'il fal- J,5>it faj^e la guerre avec le fer. et non point avec l'argent ; et 475 278 ' PoLTB. lib. Il, cap âO«

i9, oiscouns

Fabrice renvova au roi son perfide médecin, qui étoit venu

ans ans , . ,

de dey. lui otlrir d'empoisonner son maître. En ces temps, la reli- Bouio. j.-c. , . . , .. , , , . ,

gion et la nation judaïque commencent à éclater parmi les

Grecs. Ce peuple, bien traité par les rois de Syrie, vivoi* tranquillement selon ses lois. Antioclius, surnommé le Dieu, petit-lils de Séleucus, les répandit dans l'Asie mineure, d'où ils s'étendirent dans la Grèce, et jouirent partout des mêmes droits et de la même liberté que les autres citoyens • . Ptolomée, iîls de Lagus, les avoit déjà établis en Egypte. Sous 477 277 son fUs Ptolomée Philadelphe, leurs Écritures furent tournées en grec, et on vit paroître cette célèbre version appelée la version des Septante. C'étoient de savants vieillards qu'Éléazar, souverain pontife, envoya au roi qui les demaûdoit. Quelques uns veulent qu'ils n'aient traduit que les cinq livres de la loi. Le reste des livres sacrés pourroit, dans la suite, avoir été mis en grec pour l'usage des Juifs répandus dans l'Egypte et dans la Grèce *, où ils oublièrent non seulement leur ancienne langue, qui était l'hébreu, mais encore ^e chaldéen, que la captivité leur avoit appris. Ils se tirent un grec mêlé d'hébraïsmes, qu'on appelle le langage hellénistique : les Septante et tout le nouveau Testament est écrit en ce langage. Durant cette dispersion des Juifs , leur temple fut célèbre par toute la terre, et tous les rois d'Orient y présentoient leurs offrandes. L'Occident étoit attentif à la guerre 479 275 des Romains et de Pyrrhus. Enfin ce roi fut défait par le consul Curius, et repassa en Épire. Il n'y demeura pas longtemps en repos, et voulut se récompenser sur la Macédoine <8o a74 des mauvais succès d'Italie. Antigonus Gonatas fut renfermé dans Thessalonique, et contraint d'abandonner à Pyrrhus tout le reste du royaume. Il reprit cœur pendant que Pypi82 272 l'hus, inquiet et ambitieux, faisoit la guerre aux Lacédémoniens et aux Argiens. Les deux rois ennemis furent introduits dans Argos en même temps par deux cabales contraires et par deux portes différentes. 11 se donna dans la ville ua grand combat : une mère, qui vit son fils poursuivi par Pyrrhus qu'il avait blessé, écrasa ce prince d'un coup de pierre.

« Joseph Aii(. iit>. su, u. a. — > Jui»£i>a. AuUq. lib. i, Procem. «I Itb. jiu, c. ié

ecB i'histoirb universelle; 49

>\alîgonus, défait d'un tel ennemi, rentra dans la Macédoine, "^°» ^| qui, après quelques changements, demeura paisible à sa fa- Row» J-C mille. La ligue des Achéens l'empêcha de s'accroître. C'étoit je dernier rempart de la liberté de la Grèce, et ce fut elle qui en produisit les derniers héros avec Aratus et Philopœmen. Les Tarentins, que Pyrrhus entretenoit d'espérance, appelèrent les Carthaginois après sa mort. Ce secours leur fut inutile : ils furent battus avec les Brutiens et les Samnites leurs alliés. Ceux-ci, après soixante-douze ans de guerre continuelle, furent forcés à subir le joug des Romains. Tarente les suivit de près ; les peuples voisins ne tinrent pas : ainsi tous les anciens peuples d'Italie furent subjugés. Les Gaulois, souvent battus, n'osoient remuer. Après quatre cent quatre-vingts ans de guerre, les Romains se virent les maîtres en Italie, et commencèrent à regarder les affaires du dehors ' : ils entrèrent en jalousie contre les Carthaginois, trop puissants dans leur voisinage par les conquêtes qu''ils faisoient dans la Sicile, d'où ils venoient d'entreprendre sur eux et sur l'Italie, en secourant les Tarentins. La république de Carthage tenoit les deux côtés de la mer Méditerranée. Outre eelle d'Afrique, qu'elle possédoit presque tout entière, eUe s'étoit étendue du côté d'Espagne par le. détroit. Maîtresse de la mer et du commerce, elle avoit envahi les îles de Corse et de Sardaigne. La Sicile avoit peine à se défendre ; et l'Italie étoit menacée de trop près pour ne pas craindre. De là les guerres Puniques, malgré les traités, mal observés de part et 490 ««4 d'autre. La première apprit aux Romains à combattre sur mer. Ils furent maîtres d'abord dans un art qu'ils ne con- 494 «60 naissoient pas ; et le consul Duilius, qui donna la première bataille navale, la gagna. Régulus soutint cette gloire, et aborda eu Afrique, où il eut à combattre ce prodigieux serpent, contre lequel il fallut employer toute son armée. Tout cède : Carthage, réduite à l'extrémité, ne se sauve que par le secours de Xantippe , Lacédémonien. Le général romain est battu et pris ; mais sa prison le rend plus illustre que ses 499 -'55 victoires. Renvoyé sur sa parole, pour ménager l'échange des prisonniers, il vient soutenir dajis le sénat la loi euj ôtoii » PoiT». lib. I, c. la. lib. u, ci; 4 '^'^^

mis ans toute cspdnince à ceux qui se laissôiônt prehdfe, et fetoume rÔiiuî. j!^c. ^ une laort assurée. Deux épouvantables naufrages contraignirent les Romains d'abandonner de nouveau l'empire de la mer aux Carthaginois. La victoire demeura fongtemps douteuse entre les deux peuples, et les îlomains furent prêts & cûder : mais ils réparèrent leur flotta. Une seule bataille décida, et le consul Lutatius acheva la guerre. Carthage fut

SI 3 341 oWigée à payer tribut, et à quitter, avec ia Sicile, toutes les îles qui étaient entre la Sicile et l'Italie. Les Romains gagnèrent cette île tout entière, à la réserve de ce qu'y tenoit Hiéron, roi de Syracuse, leur allié '. Après la guerre achevée, les Carthaginois pensèrent périr par le soulèvement de leur armée. Ils l'avoient composée, selon leur coutume, de troupes étrangères, qui se révoltèrent pour leur paie. Leur cruelle domination fit joindre à ces troupes mutinées presque 'foules les villes de leur empire; et Carthage, étroitement assiégée, étoit perdue sans Amilcar smnommé Barcas. Lui seul àvoit soutenu la dernière guêtre. Ses citoyens liii durent encore la victoire qu'ils remj)ortèrent sût" lés tèbelles : il leur

«10 238 sn coûta la Sardaigne, que la révolte de leur garnison ou- ^TÎt aux Romains '. iDe peur de s'embarrasser avec eux dans une nouvelle querelle, Carthage céda malgré elle une île si importante, et augmenta son tribut. Elle songeoit à rétablir en Espagne son empire ébranlé par la révolte : Amilcar passa

524 230 dans cette province , avec son fils Annibal âgé de neuf ans, et y mourut dans une bataille. Durant neuf ans qu'il y fit la guerre, avec autant d'adresse que de valeur, son fils se formoit sous un si grand capitaine, et tout ensemble il concevoit une haine implacable contre les Romain"^. Son allié Asdrubal fut donné pour successeur à son père. Il gouverna sa "province avec beaucoup de prudence, et y bâtit Carthage la Neuve, qui lenoit l'Espagne en sujétion. Les Romains étoient occupés dans la gueire contre Tcuta, reine d'Illyrie, qui exerçoit impunément la piraterie sur toute la côte. EnHée du butiil qu'elle faisait sur les Grecs et sur les Épirotes ', elle méprisa les Romains, et tua leur ambassadeur. Elle fut fev^f) bïeBÉN accablée : les Romains ne lui laissèrent qu'tinè petite J*' ?1iVyb. lib. I. c. 62, C3. lib. 11, c. i.-5PoLYB.lib. i, C. ^6; tï, 88.

SDR l'histoire universelle. ôi

partie de l'Ulyrie , et gagnèrent l'île de Corfou , que cette ans mj. reine avoit usurpée. Ils se firent alors respecter eu Grèce par Boœe. J.-C une solennelle ambassade , et ce fut la première fois qu'on y 526 228 connut leur puissance. Les grands progrès d'Asdrubal leur donnoient de la jalousie; mais les Gaulois d'Italie les empêchoient de pourvoir aux affaires de l'Espagne '. Il y avoit quarante-cinq ans qu'ils demeuroient en repos. La jeunesse qui s'étoit élevée durant ce temps ne songeoit plus aux pertes passées , et commençoit à menacer Rome - . Les Romains, pour attaquer avec sûreté de si turbulents voisins, s'assurèrent des Carthaginois. Le traité fut conclu avec Asdrubal , qui promit de ne passer point au-delà de l'Èbre. La 530 224 guerre entre les Romains et les Gaulois se fit avec fureur de part et d'autre : les Transalpins se joignirent aux Cisalpins : tous furent battus. Concolitanus , un des rois gaulois , fut pris dans la bataille : Anéroestus , un autre roi , se tua luimême. Les Romains victorieux passèrent le Pô pour la première fois, résolus d'ôter aux Gaulois les environs de ce fleuve, dont ils étaient en possession depuis tant de siècles. La victoire les suivit partout : Milan fut pris ; presque tout le pays fut assujetti. En ce temps Asdrubal mourut ; et Annibal , ^^4 jj'p quoiqu'il n'eût encore que vingt-cinq ans, fut mis à sa place. Dès lors on prévit la guerre. Le nouveau gouverneur entreprit ouvertement de dompter l'Espagne , sans aucun respect des traités. Rome alors écouta les plaintes de Sagonte s(hi ^g. g^g alliée. Les ambassadeurs romains voni à Carthage. Les Carthaginois rétablis n'étoient plus d'humeur à céder. La Sicile ravie de leurs mains, la Sardaigne injustement enlevée, et le tribut augmenté , leur tenoient au cœur. Ainsi la faction qui voulait qu'on abandonnât Annibal se trouva foible. Ce général songeoit à tout. De secrètes ambassades l'avoient assuré des Gaulois d'Italie , qui , n'étant plus en état de rien entreprendre par leurs propres forces , embrassèrent cette occasion de se relever. Annibal traverse l'Èbre, les Pyrénées, toute la Gaule Transalpine, les Alpes, et tombe! comme çn un moment sur l'Italie. Les Gaulois ne manquent point de fortifier son armée, et font un dernier effort 'pour • Porvi». lib. M c. ii, S2.— ^ PoLYB. lib. a, c. 21.

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