XVIII AVANT-PROPOS
S* Moriih-Miron.AbelDeroux, nous permettait (Saborder avec compétence toutes les questions de pénalité, d'économie politique, de droit, d'art, d'exégèse.
Asseline était rentré à la maison Hachette et y avait repris ses fonctions. Mais bien qu'absorbé par tes^ travaux extérieurs, sa part dans la direction et la rédaction de la Pensée nouvelle n'en fut pas moins considérable. Outre des bulletins fort piquants, il y publia notamment contre la saugrenue et malpropre idolâtrie du Sacré Cœur une série d'articles qui ont été réimprimés ( i ). C'est l'histoire exacte et succincte de l'hystérique Marguerite-Marie et du tendre La Colombière. On sait quel parti les jésuites ont tiré des visions de cette hallucinée idiote, digne pendant des convulsions jansénistes exécutées sur la tombe du diacre Paris. Nous recommandons ce petit livre à ceux qui veulent s'initier, sans perdre trop de temps, à l'une des plus ridicules et des plus fructueuses entreprises des enfants d'Ignace et d'Escobar ; ils n'en savoureront que mieux la honte que l'Assemblée « élue en un jour de malheur, » tenta naguère d'infliger à la France, quand ce trop long parlement osa vouer au viscère idéal la patrie de Voltaire et de Diderot.
La publication de la Pensée nouvelle se poursuivit régulièrement durant deux années entières. Elle n'avait pas été inquiétée. Les quelques milliers de francs nécessaires à la vie d'une feuille relativement peu coûteuse auraient pu se trouver encore. Mais diverses considérations nous décidèrent à porter ailleurs notre effort ; les unes, secondaires : difficulté pour la plupart d'entre nous de se consacrer à une tâche plus que gratuite (Asseline, entre temps, s'était marié; conformant ses actes à sa doctrine, il avait épousé civilement, par-devant un adjoint clérical et en présence d'une très nombreuse et sympathique assistance, une jeune allé charmante et intelligente qu'il n'avait pos
(i) Marie Alacoque et le Sacré Ccsur, in-i8, 48 p. Paris, Sagoier, 3873.
LOUIS ASSBLINE. XIX
eu besoin de coxiTertir à ses principes et dont Tinaltécable affection devait alléger ses labeurs et ses peines); d'autres, réeDement péremptoires : notre oeuvre pcAls^ mique était accomplie ; nous ne pouvions, sans nous répéter, revenir chaque semaine sur des questions vidées; il eût fallu, à cette heure où Tempire penchait vars son déclin, appliquer notre méthode à la critiqi» et à la solution des problèmes politiques et sociaux* Or le cautionnement et le timbre mettaient la politique hors de notre portée.
Assdine n'a jamais songé sans un regret mêlé de plaisir à la Uère Pensée et à la Pensée nouveile, ces filles, mortes jeunes, de notre jeunesse. Elles ont du moins creusé leur sillon, et les germes qu'elles y ont déposés, en dépit des intempéries cruelles et des végétations stériles qui en ont arrêté le développement, mûriront quelque jour. Toutes les variétés de Pidéa: Hsme et du scepticisme passeront, et le matérialisme scientifique restera seul debout sur la place où fat la métaphysique. C'est pourquoi la Pensée nouvelle mérite de vivre dans le souvenir de ceux qui savent voir au delà du chaos des doctrines et des nuances passagères. Elle est, et elle demeurera, un des monu. ments philosophiques de notre âge. Cette conviction où la vanité, croyez-le bien, n*a que peu de part, que ni le rire, ni même le sourire n'altéreront, tempérait singulièrement l'amertume d'un suicide apparent ; et c'est pleins d'espoir qu'après avoir repris haleine, nous nous jetâmes, sur les pas d'Asseline, dans une plus vaste entreprise.
Il avait été question pendant quelque temps d'une encyclopédie par volumes, sous l'inspiration de feu Duveyrier, à ce que je crois, et avec le concours de Sainte-Beuve, Les fonds devaient être avancés par la maison Péreire. Asseline s'était mis en rapport avec Porganisateur principal; il comptait sur l'incohérence et le vague de ce qu'on appelait les doctrines saintsimoniennes, pour Éaire passer à une école plus sûre de sa méthode la direction de Toeuvre annoncée.