PRONONCÉ PAR M. ANDRÉ LEFÈVRE SUR LA TOMBE DE LOUIS ASSELINE
Citoyens,
Des voix autorisées, éloquentes, vous ont rappelé les services rendus par Louis Asseline dans sa carrière publique.
Au nom du Conseil municipal, du Rappel, au nom de la Société des gens de lettres, ses collègues, ses confrères ont rendu hommage à l'étendue de ses connaissances, à la prestesse et à la solidité de son esprit, à sa capacité administrative.
Vous avez senti que la diversité, la multiplicité de ses travaux n'ont aucun rapport avec Téparpillement de facultés mal sûres de leur direction générale. Sous cette variété d'aptitudes on sent une véritable unité, une personnalité énergique et complète, qui s'est affirmée dans tous les actes de notre ami, dans sa mort comme dans sa vie.
LOUIS ASSBUNE. XXXVIl
Vous connaissez le côté extérieur, pour ainsi dire, de cette noble et laborieuse existence.
Pénétrons maintenant dans Tintimité de sa pensée. Cherchons dans ses doctrines le secret de ses actions.
Dès qu'il eut Tâge d'homme, Asseline déclara la guerre à l'idée théocratique et autoritaire. C'est à cette idée, c'est à ceux qui en sont dupes bien plus encore qu'à ceux qui l'exploitent, que nous devons imputer les retards et les reculs de la civilisation.
Il n'existe contre elle qu'une arme efficace» la science, fondée sur la méthode expérimentale. Ainsi pensait Asseline.
Vers 1866, il avait conçu un véritable plan de campagne. Il s'agissait pour lui de former un groupe uni, capable de résumer, dans un même esprit de liberté et de vérité, toutes les connaissances acquises par l'observation et rinduction légitime.
Asseline était pénétré de l'âme de Diderot. 11 voulait refaire la grande Encyclopédie, la remettre au courant. C'est pourquoi il fonda la Revue encyclopédique ^ arrêtée au second numéro par la police impériale.
De toutes les entreprises où Louis Asseline a porté l'effort de sa pensée unique et persévérante, aucune ne l'a captivé, ne l'a passionné davantage qu'une humble feuille hebdomadaire rédigée par des volontaires dévoués de la philosophie, modeste revue supprimée sous le nom de Libre Pensée, ressuscitée sous le nom de Pensée nouvelle — aussi nouvelle, citoyens, que les plus récentes découvertes de la science, aussi antique, d'ailleurs, que le génie grec à son aurore.
Deux années durant, la Pensée nouvelle a exposé et soutenu la méthode, à la fois si prudente et si décisive, qu'on nomme le matérialisme scientifique, et tout en faisant tête à la meute cléricale, elle ne s'est pas privée d'attaquer les défenseurs, même sincères et convaincus, du sentiment religieux. Aux gens de sacristie, Asseline lançait sa mordante histoire de Marie Alacoque ; aux abstracteurs de quintessence, il démontrait la vanité de leurs rêves, et quel secours