‹ Chefs-d'œuvre de DiderotChapitre 50 sur 67 · DES IDÉES MORALES A CERTAINES ACTIONS PUTSIQ.UES · texte numérisé non relu

DES IDÉES MORALES A CERTAINES ACTIONS PUTSIQ.UES

QUI n'en COMPORTENT PAS

At quanto meliora monet, pugnantiaque istis, Dives opis Natura suae, tu si modo recte Dispensare velis, ac non fiigienda petendis Immiscere I Tuo vitio rerumne labores, Nil referre putas?

HoRAT. Sat. lib. I, sat. ii, vers. 73 et seq.

(Écrit en 1772 — publié en 1796)

La notice qui sert d'introduction avait été rédigée en 1771, pour la Correspondance de Grimm ; mais elle n'y fut pas insérée. On en a retrouvé le manuscrit dans les collections de l'Ermitage. C'est de là qu'une copie est venue aux mains d'Assézat qui l'a le premier publiée. On y voit déjà le germe de l'amusant paradoxe qui fait le fond du Supplément et qm a tant scandalisé les pharisiens.

Ce vicieux Supplément, qui date de la fin de 177 1, denieura longtemps inédit, a Diderot, dans la dernière période de sa vie, écrivait pour lui seul et pour ses amis; il laissait aller sa plume sans aucune précaution, prêtait ses manuscrits, puis semblait les oublier. Celui-ci tomba entre les mains d'un certain abbé de Vauxcelles, qui le publia en 1796, précédé d'une forte diatribe, accusant Diderot d'avoir, par cette joyeus.té de philosophe », enseigné aux Chaumette et aux Hébert o la sans-culotterie ». Le critique étourdi oubliait que la guillotine avait préservé Chaumette et Hébert d'un poison que lui-même gardait soigneusement dans sa poche.

Rien de plus innocent ^ue les paradoxes où les peintures de la Nouvelle Cythère ont jeté l'imagination de Diderot -, nul assurément n'y cherchera un enseignement de morale pratique. Les mœurs de Taïti n'ont rien à voir avec celles ^u ont lentement établies les nécessités de la civilisation. Diderot savait, aussi bien que les parti.ans d'une morale étemelle et universelle, que notre état social exclut la communauté des biens et la promiscuité. Mais il savait, de plus qu'eux, que les délicatesses de la pudeur et les justes conventions auxquelles nous obéissons sont des acquisitions progressives de la culture. Et il a eu raison d2 réagir contre les excès de la casuistique religieuse et légale qui attache une importance parfois risible à des actions physiques essentiellement liées à notre nature animale. Le sage, devant certaines aberrations, ferme les yeux et passe. Diderot, il faut en convenir, s'y est arrêté avec une complaisance qu'excuse le huis clos ; il n'écrivait pas pour le pu-blic. Enfin, les gens du dix-huitième siècle n'étaient pas de petits saints. En ont-ils moins valu? .

Sous le bénéfice de ces observations, j'admets la qualification du pauvre de Vauxcelles. Le Supplément est une a joyeuseté », mais de philosophe, mais d'éloquent et spirituel écrivain, de profond moraliste.

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