A MO^^SIEUR LE CARDINAL
IM os, tu n'es point ingrate, ô maîtresse du monde,
Qui de ce grand pouvoir sur la terre et sur Tonde * ,
Malgré l'effort des temps, retiens sur nos autels
Le souverain empire et des droits immortels.
Si de tes vieux l'.eros j'aime encor la mémoire,
Tu relèves mon nom sur l'aile de leur gloiie ** ;
Et ton noble génie , en mes vers mal tracé,
Par ton nouveau héros m'en a récompensé.
C'est toi, grand cardinal, homme au-dessus de l'homme * * *
Rare don qu'à la France ont fait le ciel et Rome ;
* Sur LA TERRE ET SUR LONDE est devenu , comme on l'a déjà remarqué, un litu commun qu'il n'est plus permis d'employer.
** Scn l'aile de leur gloire. On dirait Lien sur l'aile de la Gloire, parceque la gloire est personni- 6ée; mais leur gloire ne peut l'être.
*** Homme au-dessus de l'homaje est bien fort pour le cardinal Mazarin. Que dirait -on de plus des Aolonins ?
REMERCIMENT A M. LE C. MAZARIN. ?c<j C'est toi, dis-je, 6 héros, ô cœur vraiment romain , Dont Rome en ma faveur vient d'emprunter la main. Mon honneur n'a point eu de douteuse apparence ; Tes dons ont devance même mon espe'rauce ; Et ton cœur généreux m'a surpris d'un bienfait Qui ne m'a pas coûté seulement un souliait. La grâce s'affolblit quand il faut qu'on l'attende ; Tel pense l'acheter alors qu'il la demande ; Et c'est je ne sais quoi d'abaissement * secret Où quiconque a du cœur ne consent qu'à regret. C'est un terme honteux que celui de prière ; Tu me l'as épargné , tu m'as fait grâce entière. Ainsi l'honneur se mêle au bien que je reçois. Qui donne comme toi donne plus d'une fois : Son don marque une estime et plus pure et plus pleine ; Il attache les cœurs d'une plus forte chaîne ; Et, prenant nouveau prix de la main qui le fait, Sa façon de bien faire est un second bienfait. Ainsi le grand Auguste ** autrefois dïns ta ville Aimoit à prévenir l'attente de Virgile ; Lui que j'ai fait revi-\Te , et qui revît en toi En usoit envers lui comme tu fais vers moi.
Certes , dans la chaleur que le ciel nous inspire , îTos vers disent souvent plus qu'ils ne pensent dire :
* C'est je ne sais qtioj d'abaissement n'est pas français.
** Ainsi le ghAnd Auguste. Il est triste que Corneille ait comparé Ma7.arin et Montauron à Au^itstc. 18,
2IO REMERCIME>'T
Et ce feu qiil sans nous pousse le« plus heureux
Ne nous explique pas tout ce qu'il fait par eux.
Quand j'ai peint un Horace, un Auguste, un Pompce,
Assez 1 cureusement ma muse s'est trompe'e,
Puisque, sans !e savoir, avecque leur portrait
Elle tlroit du tien un admiiable trait *.
Leurs plus hautes vertus qu'étale mon ouvrage
Ny font «Tue prendre un rang pour former ton image.
Quand j'aurai peint encor tous ces vieux conque'ranis,
Les Scipions '*" vainqueurs, et les Catons mourants,
* Elle tiîioit Dr tie-s us admirable trait. Il est enrore plus triste qu'il tire un admiraiile trait du portr.-.it du cardinal I\Iazarin, en peignant Horace, Cësar, et Pompée.
** Les Scipioks achèvent cette étonnante flatterie. BoUeau avait eu vue ces fausses louanges prodiguées a un ministre, quand il dit à monsieiur de Seijnelai:
Si, pour faire sa cour à ton illustre père,
Seignelai , quel(jue auteur, d'un faux zèle emporte,
Ali lieu de peindre en lui la noble activité,
La solide vertu, la vaste intelligence,
te zèle pour son roi , l'ardeur, la vigilance,
La constante équité, l'amour pour les beaux arts.
Lui donnoit des vertus d'Alexandre ou de Mars,
Et, pouvant justement l'égaler à Mécène,
Le comparoit au tils de Pélée ou d'AIcmène ;
Ses yenx, d'on tel discours foiblemsnt éblouis,
Bientôt dans ce tobleatj reconnoîtroi-'nt Lou:».