‹ Chefs-d'œuvre de P. Corneille (volume 2)Chapitre 127 sur 162 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

CLEO PAT RE, C H A R M I O N.

CLÉOPATIIE.

.J E l'aime, mais l'érlat d'une si Lelle flamme, ' Quelque brillant qu'il soit, n'éblouit point mon ame; Et toujours ma vertu retrace dans mou cœur ^ Ce qu il doit au vaincu , brûlant pour le vainqueur. ^ Aussi qui l'ose aimer porte une ame trop haute Pour souffrir seulement le soupçon d'une faute ; Et je le traiterois avec indignité , 4 Si j'aspirois à lui par une lâclieté.

CHARMION

Quoi ! vous aimez César ! et, si vous e'tiez crue, L'Egypte pour Pompc'e armeroit à sa vue , En prendroit la défense , et par un prompt secours Du destin de Pbarsalc anétcroit le cours ! L'amour , certes , sur vous a bien peu de puissance.

CLÉOPATRE

Les princes ont cela de leur haute naissance ; 5 Leur ame dans lem- sang prend des impressions ® Oui dessous leur vertu rangent leurs passions. Leur gf'nérosite' soumet tout à lour gloire : 7 Tout est illustre en eux quand ils daignent se croire ; *

Et si le peuple y voit quelqiies dérèglements ,

C'est quand l'avis d'autrui coirompt leurs sentiments.

(;e malheur de Pompe'e acliève la mine.

Ee roi l'eût secouru , mais Photin l'assassine :

Il croit cette ame basse, et se montre sans foi; 9

Mais s il croyoit la sienne , il agiroit eu roi.

Aiu.ii donc de Ct'sar l'amante et Icnnemie . . .

CLÉOPATRE

Je lui garde une flamme exempte d infamie, L n cœur digne de lui.

CHARMIO?J.

Vous possédez le sien ?

CLÉOPATRE

Je crois le posse'der.

C H A R MI o X.

Mais le savez-vous bien ?

CLÉOPATRE

Apprends qu'une princesse aimant sa renommée, *• Quand elle dit qu'elle aime , est sûre d'être aime'e ; Et que les plus beaux feux dont s n cœur soit ëpris ' ' N'oseroient l'exposer aux liontes d'un me'pris. Notre séjour à Rome enflamma son courage : Là j'eus de son amour le premier témoignage ; Et depuis jusqu'ici chaque jour ses courriers M'apportent en tribut ses vœux et ses lauriers. Partout, en Italie, aux Gaules, en Espagne, La fortune le suit, et l'amour l'accompagne : Son bras ne domte point de peuples ni de lieux •'■' Dont il ne rende hommage au pouvoir de mes yeux ;

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