‹ Chefs-d'œuvre de P. Corneille (volume 2)Chapitre 128 sur 162 · ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I

Et, de la même maiu dont il quitte l'épée Fumanie eucor du sar,g des ar.is de Pompée , Il trace des souv irs , et d'un style plaintif • ^ Dans son champ de victoire il se dit mon captif. Oui , tout victorieux il m écrit de Pbai'sale ; ' 4 Et si sa diligence à ses fi ux est égale , ' 5 Ou plutôt si la mer ne s'oppose à ses feux , li'Ilgypte le va voir me présenter ses vœux. Il vient, ma CLarmion, jusque dans nos murailles Clierchcr auprès de moi le prix de ses batailles , W'oflrir toute sa gloire , et soumettre à mes lois Ce cœur et cette main qui commandent aux rois : Et ma rigueur, méle'e aux faveurs de la guerre, Feroit ua mallieureux du maître de ia terre.

CHARMION

J'oserois bien jurer que vos divins appas '^ Se vantent d'im pouvoir dont ils n'useront pas, Et que le grand César n'a rien qui l'iniporlune ' 7 Si vos seules rigueurs ont di'oit sur sa Ibrtvme. Mais quelle est votre attente, et que prétendez-A'ous, Puisque d'ime autre femme il est déjà l'époux. Et qu'avec CalpLurnie un paisible iiyniénée Par des liens sacrés tient son ame c iicliaîuée ?

OLÉOPATIIE.

Le divorce , aujourdl.ui si commun aux Pvomains, Peut rendre en ma faveur tous ces obstacles vains : César en sait l'usage et la cérémonie ; Un divorce chez lui fit place à Calpliurnie. C H A R M I o N.

Par cette même voie il pourra vous quitter.

CLÉOPATRE

Peut-être mon bonheur saura mieux l'arrêter ;

Pcut-êtiT mon nmoiir aura quelque avantage ■"

Oui saura mieux (jue moi ménager son courage.

JMais laissons au liasard ce qui peut arriver ;

yVclifvons cet hymen, s'il se peut achever :

Ne durât-il qu'un joiu-, ma gloire est sans seconde

D'être du moins un jour la maîtresse du monde.

J 'ai de l'anibitiou ; et , soit vice ou vertu ,

Mon cœur sous son fardeau veut bien être abattu ;

Jeu aime la chaleur, et la nomme sans cesse

La seule passion digue d'une princesse.

Mais je veux que la gloire anime ses ardeurs ,

Qu'elle mène sans honte au faîte des grandeurs;

lit je la désavoue alors que sa manie

Nous présente le trône avec ignominie.

Ne t'étonue donc plus, Charmion, de me voir

Défendre encor Pompée et suivre mon devoir;

Ne pouvant rien de plus pour sa vertu séduite , '9

Dans mon ame en secret je l'exhorte à la fuite,

Et voudrois qu'un orage , écartant ses vaisseaux ,

Malgré lui l'enlevât aux mains de ses bourreaux.

Mais voici de retour le fidèle Achorée,

Par qui j'en apprendrai la nouvelle assurée. ^°

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