‹ Chefs-d'œuvre de P. Corneille (volume 2)Chapitre 144 sur 162 · PTOLOMÉE, CLÉOPATRE, ACHORÉE, CHARMION · texte numérisé non relu

PTOLOMÉE, CLÉOPATRE, ACHORÉE, CHARMION

CLÉOPATKE.

J'ai vu César, mou fiùre, l't de tout mon pouvoir combattu sa colère.

PTOLOMÉE

'\'ous êtes ge'néreuse; et j a vois attendu ^ Cet office de sœur que vous m'avez rendu. îMais cet illustre amant vous a bientôt quittée.

CLÉOPATRE

Sur quelque brouillerie en la ville excitée, ^

Il a voulu lui-même apaiser les débats 4

Qu'avec nos citoyens ont pris quelques soldais :

Et moi , j'ai bien voulu moi-même vous redire

Que vous ne craignez rien pour vous ni votre empire ;

Et que le grand César blâme votre aclion

Avec moins de courroux que de compassion.

11 vous plaint d'écouter ces lâches politiques

Qui n'inspirent aux rois que des moeurs tyrauniques :

Ainsi que la naissance, ils ont les esprits bas. ^

En valu on les élève à régir des états :

Un cœur né poiu: servir sait mal comme on commande ;

.Sa puissance l'accable alors quelle est trop grande ;

Et sa main , que le crime en vain lait redouter ,

Laisse choir le fardeau qu'elle ne peut porter.

p.. Corneille. 2, ?3

PTOLOMÉE

Vous dites vrai, ma sœur; et ces effets sinistres

ftle font bien voir ma faute au choix de mes ministre^

Si j 'a vois écouté de plus nobles conseils,

Je vivrois dans la gloire où vivent mes pareils;

Je mériterois mieux cette amitié si pure

Que pour un frère ingrat vous donne la nature.;

César embrasseroit Pompée en ce palais ;

Notre l^jypte à la terre auroit rendu la paix ,

Et verroit son monarque encore à juste titre

Ami de tous les deux , et peut-être l'arbitre.

Mais , puisque le passé ne se peut révoquer ,

Trouvez bon qu'avec vous mon cœur s'ose expliquei.

Je vous ai maltraitée ; et vous êtes si bonne , ^

Que vous me conservez la vie et la couronne.

■Vainquez-vous tout-à-fait ; et , par un digne effort . J

Arrachez AchiUas et Photin à la mort :

Elle leur est bien due , ils vous ont offensée ;

Aîais ma gloire en leur perte est trop intéressée :

Si César les punit des crimes de leur roi ,

Toute l'ignominie en rejaillit sur moi ;

Il me punit en eux ; leur supplice est ma peine.

Forcez, en ma faveur, une trop juste haine.

De quoi peut satisfaire un cœur si généreux

Le sang abject et vil de ces deux malheureux ?

Que je vous doive tout : César cherche à vous plaire ; ^

Et vous pouvez d'un mot désarmer sa colère.

CLÉOPATRE

Si j'avois en mes mains leur vie et leur trépas, Je les méprise assez pour ne m'en venger pas : Mais sur le grand César je puis fort peu de chose, Quand le sang de Pompée à mes désirs s'oppose.

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