‹ Chefs-d'œuvre de P. Corneille (volume 2)Chapitre 143 sur 162 · ACTE IV, se É Jî E I. a · texte numérisé non relu

ACTE IV, se É Jî E I. a

'1 onne , tonne à ton gre , fais peur de ta justice : C est à moi d'apaiser Rome par ton supplice ; C'est à moi de punir ta cruelle douceur, *' Qui n'épargne en un roi que le sang de sa sreur. Je n'abandonne plus ma vie et ma puissance Au hasard de sa haine , ou de ton incoastance; ÎS'e crois pas que jamais tu puisses h ce prix Récompenser sa flamme , ou punir ses mépris : J'emploîrai contre toi de plus nobles maximes. Tu m'as prescrit tantôt de choisir des victimes ^ De bien penser au choix; j'obéis, et je voi Que je n'en puis choisir de plus digne que toi , Ni dont le sang offert , la fumée , et la cendre , Puissent mieux satisfaire aux mânes de ton gendrfe

Mais ce n'est pas assez , amis , de s'irriter ; Il faut voir quels moyens on a d'exécuter : Toute cette chaleur est peut-être inutile ; Les soldats du t}Tan sont maîtres de la ville ; Que pouvons-nous contre eux? et, pour les prévenir, Quel temps devons-nous prendre , et quel ordre tenir ?

iVous pouvons beaucoup, sire, en l'état où nous sommes. A deux milles d'ici vous avez six mille hommes , Que depuis quelques jours, craignant des reuiùments, Je faisois tenir prêts à tous événements; Quelques soins qu'ait César, sa prudence est déçue.- Cette ville a sous terre une secrète issue , Par où fort aisément on les peut cette nuit Jusque dans le palais introduire sans bruit : Car contre sa fortune aller à force ouverte , ' • Ce seroit trop courir v ous-même à votre perte.

Il nous le faut surprendre au milieu du festin , ' ' Enivré des douceurs de l'amour et du vin. Tout le peuple est pour nous. Tantôt , à son entrée , J'ai remarqué l'horreur que ce peuple a montrée , Lorsqu'avec tant de faste il a vu ses faisceaux Marcher arroganmient et braver nos drapeaux : -\u spectacle insolent de ce pompeux outrage Ses farouches regards étinceloient de rage ; Je voyois sa fureiu- à peine se domter ; Et, pour peu qu'on le pousse , il est prêt d'éclater. Mais surtout les Romains qiie commandoit Septim.e, Presses de la terreur que sa mon leur imprime , JSe cherchent qu à venger par un coup généreux Le mépris qu'en leur chef ce superbe a fait d'eux-

Mais qui pourra de nous approcher sa personne , Si durant le festin sa garde l'envu-onne .■'

Les gens de Cornélie, entre qui vos Romains '? (.)nt déjà reconnu des frères, des germains, Dont l'âpre déplaisir leur a laissé paroître L'ne soif d'inmioler leur tyran à leur maître : Ils ont donné parole, et peuvent, mieux que nous, Eans les lianes de César porter les premiers coups : Son faux art de clémence , ou plutôt sa folie , Qui pense gagner Rome en flattant Cornélie, Leur donnera sans doute un assez libre accès Pour de ce grand dessein assurer le succès. ' ^ Mais voici Cléopâtre : agissez avec feinte, '4 Sire, et ne lui montrez que foiblesse et que crainte. ÎS'ous allons vous quitter, comme objets odieux Dont l'aspect importun offenseroit ses yeux.

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