‹ Chefs-d'œuvre de P. Corneille (volume 2)Chapitre 154 sur 162 · PHILIPPE · texte numérisé non relu

PHILIPPE

Tout couvert de son sang, et plus mort que lui-même,

Après avoir cent fois maudit le diadème ,

Madame, j'ai porté mes pas et mes sanglots

Du côté que le vent poussoit encor les ilôts.

Je cours long-temps en vain , mais enfin d une roche

J'en découvre le tronc vers un sable assez proclie

Où la vague en courroux sembloit prendre plaisir

A feindre de le rendre et puis s'en ressaisir.

Je m'y jette , et l'embrasse , et le pousse au rivage ;

Et , ramassant sous lui le débris d'un naufrage ,

Je lui dresse un bûcher à la hâte et sans art ,

Tel que je pus sur l'heure , et qu'il plut au hasard.

A peine brûloit-O , que le ciel plus propice

ïM'envoie un compagnon en ce pieux otEce :

t'.ordus , un vieux Romain qui demeure en ces lieux ,

Retournant de la ville , y détomne les yeux ;

Et n'y voyant qu'un tronc dont la tête est coupée,

A cette triste marque il recounoît Pompée.

p. Corneille. 2. 24

Soudain la larme h l'œil , (c O toi , qui que tu sois ,

A qui le ciel permet de si dignes emplois ,

'l'on sort est bieu , dit-il , autre que lu ne penses ;

Tu crains des châtiments , attends des récompenses.

César est en Egypte , et venge hautement

Celui pour qui ton zèle a tant de sentiment.

Tu peux faire éclater les soins qu'on t'en voit prendre,

Tu peux même h sa veuve en reporter la cendre.

Son vainqueur l'a reçue avec tout le respect

Qu'un dieu pourroit ici trouver à son aspect.

Achève , je reviens. » Il part et m'abandonne ,

Et rapporte aussitôt ce vase qu'il me donne ,

OiJ sa main et la mienne enfin ont renfermé

Ces restes d'un liéros par le feu consumé.

O que sa piété mérite de louanges !

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