‹ Chefs-d'œuvre de P. Corneille (volume 2)Chapitre 21 sur 162 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

PAULINE

i^uE de soucis flottants, que de confus nuages, Présentent h mes yeux d'inconstantes images ! Douce tranquillité que je n'ose espérer, Que ton divin rayon tarde à les éclairer ! Mille agitations que mes troubles produisent Dans mon coeur ébranlé tour h tour se détruisent ; Auiun espoir n'y coule où j'ose persister; Aucun effroi n'y règne où j'ose m'arrêter. Mon esprit , embrassant tout ce qu'il s'imagine , Voit tantôt mon bonliem', et tantôt ma ruine , Et suit leur vaine idée avec si peu d'effet Qu'il ne peut espérer ni craindre tout-à-fait. Sévère incessamment brouille ma fantaisie : • J'espère en sa vertu, je crains sa jalousie ; Et je n'ose penser que d'un œil bien égal Polyeucte en ces lieux puisse voir son rival. Comme entre deux rivaux la haine est naturelle , L'entrevue aisément se termine en querelle ; L'un voit aux mains d'autrui ce qu'il croit mériter, ^ L'autre un désespéré qui peut trop attenter. Quelque liauie raiion qui règle leur courage , L'un conçoit de l'envie , et l'autre de l'ombrage ;

POLYEUCTE. ACTE III, SCÈNE 1. 4g La honte d'un aÔ'ront que chacun d'eux croit voir Ou de nouveau reçue, ou prête à recevoir, Consumant dès l'abord toute leur patience, Forme de la colère et de la défiance ; Et, saisissant ensemble et l'époux et l'amant,

Eu dépit d'eux les li\Te à leur ressentiment

Mais que je me figure une étrange chimère !

Et que je traite mal Polyeucte et Sévère ,

Comme si la vertu de ces fameux rivaux

Ne pou voit s'affranchir de ces communs défauts !

Leurs âmes à tous deux d'elles-mêmes maîtresses '

Sont d'un ordre trop haut pour de telles bassesses :

Us se verront au temple en hommes généreux.

Mais, las ! ils se verront , et c'est beaucoup pour eux. 4

Que sert k mon époux d'être dans Mélitène ,

Si contre lui Sévère arme l'aigle romaine ,

Si mon père y commande , et craint ce favori ,

Et se repent déjà du choix de mon mari? 5

Si peu que j'ai d'espoir ne luit qu'avec contrainte ; ^

En naissant il avorte , et fait place à la crainte ;

Ce qui doit l'affermir sert à le dissiper.

Dieux , faites que ma peur puisse en.'iu se tromper ! 7

Maifi sachons-en l'issue.

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