‹ Chefs-d'œuvre de P. Corneille (volume 2)Chapitre 20 sur 162 · POLYEUCTE · texte numérisé non relu

POLYEUCTE

POLYEUCTE

Vous aimez donc à vivre ?

Je ne puis déguiser que j'ai peine à vous suivre. Sous riiorreur des tourments je crains de succomber.

POLYEUCTE

Qui marche assurément n'a point peur de tonJ^er : Dieu fait part , au besoin , de sa force infinie. Qui craint de le nier, dans son ame le nie ; U croit le pouvoir faire , et doute de sa foi.

NÉARQUE

Qui n'appréhende rien présume trop de soi.

POLYEUCTE

J'attends tout de sa grâce , et rien de ma foiblesse. Mais loin de me presser, il faut que je vous presse ! D'où vient cette froideur ?

KÉ ARQUE.

Dieu même a craint la mort,

POLYEUCTE

Il s'est offert pourtant : suivons ce saint effort ; Dressons-lui des autels sur des monceaux d'idoles. U faut, je me souviens encor de vos paroles, Négliger, pour lui plaire , et femme , et biens , et rang ; Exposer pour sa gloire et verser tout son sang. Hélas ! qu'avez-vous fait de cette amour parfaite Que vous me souhaitiez , et que je vous souhaite ? S'il vous en reste encor, n'êtes-vous point jaloux Qu'à grand'peine chrétien j'en montre plus que vous ?

NÉARQUE

Vous sortez du baptême ; et ce qui vous anime , C'est sa grâce qu'en vous n'affoiblit aucun crime ;

Comme encor tout entirre , elle agit pkiiiement , Et tout senilile possitle à sou feu véliemeut: Mais cette même grâce en moi diminuée , Et par mille pécliés sans cesse exténue'e , Agit aux grands effets avec tant de langueur, Que tout semble impossible k son peu de vigueur. Cette indigne moUesse et ces lâches déiènses Sont des punitions qu'attirent mes offenses ; Mais Dieu , d. nt on ne doit jamais se défier, ^ Me donne votre exemple à me fortifier.

Allons, cher Polyeucte , allons aux yeux des Lommes Braver l'idolâtrie, et montrer qui nous sommes ; Puisse'-je vous donner l'exemple de souffrir, Comme vous me donnez celui de vous offîir I

POLYEUCTE

A cet heureux transport que le ciel vous envoie , Je reconnois Nëarque , et j'en pleure de joie. IVe perdons plus de temps ; le sacrifice est prêt ; AUons-y du ^Tai Dieu soutenir l'intérêt ; Allons fouler aux pieds ce foudre ridicule 4 Dont arme un bois pourri ce peuple trop crédule; Allons en éclairer 1 aveuglement fatal ; ■• Allons briser ces dieux de pierre et de métal ; * '.^iandonnons nos jours à cette ardeur céleste ; Faisons triompher Dieu : qu'il dispose du reste.

NÉ ARQUE.

Allons faire éclater sa gloire aux yeux de tous , 7 Et répondre avec zèle à ce qu'il veut de nous.

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