ACTE III, SCÈNE II. 5t
Un mécliant , un iufàme , an rebelle , un perfide , * Un traître, un scclérat, un lûclie, un parricide, Une peste exécrable à tous ks gens de bien , Un sacrilège impie , en un mot im cîirétien.
PAULINE
Ce mot aiu-oit suflS sans ce torrent d'injures.
STRATOMCE.
Ces titres avix chrétiens sont-ce des impostures ?
PAULINE
Il est ce que tu dis , s'il embrasse leiur foi ; Mais il est mon époux , et tu parles à moi.
STRATONICE
Ne considérez plus que le dieu qu'il adore.
PAULINE
Je l'aimai par devoir; ce devoir dure encore.
STRATONICE
Il ^ eus donne h présent sujet de le bair :
Qui trahit tous nos dieux auroit pu vous trahir.
PAULINE
Je l'aimerois encor, quand il m'auroit trahie; Et si de tant d'amour tu peux être ébahie, ^ Apprends que mon devoir ne dépend point du sien : Qu'il y manque , s'il veut ; je dois faire le mien. Quoi ! s'il airaoit ailleurs , serois-je dispensée ^ A sui\Te , à son exemple , une aideur insensée ? Quelque chrétien qu'il soit, je n'en ai point d'horreur j Je chéris sa personne, et je hais son erreur. Mais quel resseutimeut en témoigne mon père ?
STRATONICE
Une secrète rage , un excès de colère ,
02 POLYEUCTE
Malgré qui toutefois un reste d'amitié Montre pour Polyeucte encor quelque pitië. Il ne veut point sur lui faire agir sa justice , 4 Çue du traître Néarque il n'ait vu le supplice.
PAULINE
Quoi ! Néarque en est donc ?
STRATONICE
Néarque l'a séduit ; De leur vieille amitié c'est là l'indigne fruit. Ce perfide tantôt, en dépit de lui-même, L'arrachant de vos bras le traînoit au baptême. Voilà ce grand secret et si mystérieux Que n'en pouvoit tirer votre amour curieux.
PAULINE
Tu me blâmois alors d'être trop importune.
STRATONICE
Je ne prévoyois pas une telle infortune.
PAULINE
Avant qu'abandonner mon ame à mes douleurs 3 Il me faut essayer la force de mes pleurs ; 5 En qualité de femme , ou de fille , j'espère Qu'ils vaincront un époux, ou fléchiront un père. Que si sur l'un et l'autre ils manquent de pouvoir , Je ne prendrai conseil que de mon désespoir. Apprends-moi cependant ce qu'ils ont fait au temple.
SXnATONICE.
C'est une impiété qui n'eut jamais d'exemple. Je ne puis y penser sans frémir à l'instant , ^ Et crains de faire un crime en vous la racontant. Apprenez en deux mots leur brutale insolence. Le prêtre avoit à peine obtenu du silence,
Et devers l'orient assure son aspect , Qa ils ont l'ait éclater leur manque de respect. A chaque occasion de la cérémonie , A l'envi l'un et l'autre étaloit sa manie, Des mystères sacrés hautement se moquoit, Et traitoit de mépris les dieux qu'on invoquoit. Tout le peuple eu murmure , ei Félix s'en oflense. Mais tous deux s'emportaut à plus d'irrévérence , « Quoi ! lui dit Po'yeucte en élevant sa voix, Adorez-vous des dieux ou de pierre ou de bois ? n
Ici dispensez-moi du récit des blasphèmes 7 Qu'ils ont vomis tous deux contre Jupiter mêmes : ^ L adultère et l'inceste en étoient les plus doux. « Oyez , dit-il ensuite , oyez , peuple ; oyez , tous. 9 Le r»ieu de Polycucte et celui de Néarque De la terre et du ciel est l'absolu monarque , Seul être indépendant, seul maître du destin , Seul principe éternel , et souveraine fin. C'est ce Dieu des chrétiens qu'il faut qu'on remercie Des victoires qu'il donne à l'empereur Décie : Lui seul tient eu sa main le succès des combats ; Il le veut élever, il le peut mettre à bas ; Sa bonté, son pouvoir, sa justice est immense; C'est lui seul qui punit, lui seul qui récompense : Vous adorez en vain des monstres impuissants, n Se jetant à ces mots sur le vin et l'encens , Après en avoir mis les saints vases par terre , Sans crainte de Félix , sans crainte du tonnerre , D'une fureur pareille ils courent à l'autel. Cieirx ! a-t-on vu jamais , a-t-on rien vu de tel ! Du plus puissant des dieux nous voyons la statue Par une main impie à leurs pieds abattue,
Les mystères troublés , le temple profané ,
La fuite et les clameurs d'un peuple mutiné ' "
Qui craint d'être accablé sous le courroux céleste.
Félix Mais le voici qui vous diia le reste. ^ ^
Que son visage est sombre et plein d'émotion I Qu il montre de tristesse et d'indignation !
SCÈrsE III.
FÉLIX, PAULi:*E, STRATOr^'ICE
FÉLIX
Une telle insolence avoir osé paroître !
En public ! à ma vue ! Il en mourra , le traître !
PArLISE.
Souffrez que votie fille embrasse vos genoux.
FÉLIX
Je parle de Néarque , et non de votre époux. Quelque indigne qu'il soit de ce doux nom de gendre , Mon ame lui conserve un sentiment plus tendre ; La grandeur de sou crime et de mon déplaisir N'a pas éteint l'amoui- qui me l'a fait choisir.