‹ Chefs-d'œuvre de P. Corneille (volume 2)Chapitre 24 sur 162 · PAC LISE · texte numérisé non relu

PAC LISE

Je n'attendois pas moins de la bonté d'un père.

FÉLIX

Je pouvois l'immoler à ma juste colère :

Car vous n'ignorez pas à quel comble d'hon'eur

De son audace impie a monté la fureur ;

Vous l'avez pu savoir du moins de Stratonice. .

PAULINE

Je sais que de Néarque il doit voir le supplice.

ACTEl III, SCÈNE III.

Du conseil cpa'il doit prendre il sera mieux instruit, Quand il verra punir celui qui l'a scduit. /.u spectacle sanglant d'un ami (ju'il faut suivre, ' la crainte de mourir et le dcsir de vivre Ressaisisse! >t une ame avec tant de pouvoir, Que qui voit le trépas cesse de le vouloir. L'exemple touche plus que ne fait la menace : Cette indiscrète ardeur tourne bientôt en glace ; T'^t nous verrons bientôt son cœur inquiété Me demander pardon de tant d'impiété.

PAULINE

Vous pouvez espérer qu'il change de courage?

FELIX

AuTC dépens de Néarque il doit se rendre sage.

PAULINE

Il le doit ; mais, he'las I où me renvoyez-vous ? Et quels tristes hasards ne court point mou époux , Si de son inconstance il faut qu'enfin j'espère Le bien que j'espérois de la bonté d'un père !

Je vous en fais trop voir, Pauline, a consentir

Qu'il évite la mort par un prompt repentir.

Je devois même peine à des crimes semblables ; ^.

Et , mettant différence entre ces deux coupables ,

J'ai trahi la justice à l'amour paternel ;

Je me suis fait pour lui moi-même criminel ;

Et j'attendois de vous, au milieu de vos craintes,

plus de remercîments que je n'entends de plaintes.

56 POLYEUCTE

PAULINE

De quoi remercier qui ne me donne rien ? Je sais quelle est l'humeur et l'esprit d'un chre'tien. Dans lobstination jusqu'au bout il demeure : Vouloir son repentir, c'est ordonner qu'il meure.

Sa grâce est en sa main , c'est à lui d'y rêver.

PAULINE

FaitP5-la tout entière.

FÉLIX

Il la peut achever.

PAULINE

Ne labandonnez pas aux fureurs de sa secte.

FÉLIX

.Je l'abandonne aux lois , qu'il faut que je respecte.

PAULINE

Est-ce ainsi que d'un gendre im beau-père est l'appui '

FÉLIX

Qu'il fasse autant pour soi comme je fais pour lui. ^

PAULINE

Mais il est aveuglé.

FÉLIX

Mais il se plaît à l'être.

Qui chérit son erreur ne la veut pas connoître.

PAULINE

Mon père, au nom des dieux

FÉLIX

Ke les réclamez pa^.

Ces dieux dont l'intérêt demande sou trépas.

PAULINE

ils écoutent nos vœux. 4

FÉLIX

Eh bien , qu'il leur en fasse.

PAULINE

Au nom de l'empereur, dont vous tenez la place. ...

FÉLIX

J'ai son pouvoir en main ; mais, s'il me l'a commis, C'est pour le déployer contre ses ennemis.

PAULINE

Polyeucte l'est-il ?

FÉLIX

Tous chre'tiens sont rebelles.

PAULINE

N'écoutez point pour lui ces maximes cruelles ; En épousant Pauline il s'est fuit votre sang.

FÉLIX

Je regarde sa faute , et ne vois plus son rang. Quand le crime d'état se mêle au sacrilège , Le sang ui 1 amitié n'ont plus de privilège.

PAULINE

Quel excès de rigueur !

Moindre que son forfait.

PAULINE

O de rton soi>g;e affreux trop véritable effet ! Voyez-vous qu'avec lui vous perdez votre fille?

FÉLIX

Les dieux et Tenipereur sont plus que ma f..mH]e.

58 POLYEUCTE

PAULINE

La perte de tous deux ne vous peut arrêter !

FÉLIX

Jai les dieux et De'cie ensemble à redouter. Mais nous n'avons encore à craindre rien de trlsie: Dans son aveuglement pensez-vous qu'il persiste ? S'il nous sembloit tantôt courir à son malheur, C est dun nouveau chrétien la première chaleur.

PAULINE

Si vous l'aimez encor, quittez cette espérance Que deux fois en un jour il change de croyance : Outre que les chrétiens ont plus de dureté , 5 Vous attendez de lui trop de légèreté.

Ce n'est point une erreur avec le lait sucée , Que sans l'examiner son ame ait enibrassée ; Polyeucte est chrétien parcequ'il l'a voulu , Et vous portoit au temple un esprit résolu. Vous devez présumer de lui comme du reste : Le trépas n'est pour eux ni honteux ni fimeste ; 71s cherchent de la gloire à mépriser nos dieux ; Aveugles pour la terre , ils aspirent aux cieux ; Et, croyant que la mort leur en ouvre la porte; Tommentés , décliirés , assassinés , n'importe , Les supplices leur sont ce qu'à nous les plaisirs, Et les mènent au but où tendent leius désirs : La mort la plus infâme ils l'appelleut martyre.

Eh bien donc , Polyeucte aura ce qu'il désire : ^"en parlons plus.

PAULINE

Mon père....

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