ACTE IV, SCÈNE m
Je ne vous compte h rien le nom de mon époux ,
C'est un bonheur pour moi qui n'est pas grand pour vous,
Mais après vos exploits , après votre naissance , 5
Après votre pouvoir, voyez notie espérance ;
Et n'abandonnez pas à la main d'un bourreau
Ce qu'à nos justes vœux promet un sort si beau.
POLYEUCTE
Et l'espoir que sur eux forment les grands courages. Ils n'aspirent enfin qu'à des biens passagers , Que troublent les soucis , que suivent les dangers ; La mort nous les ravit , la fortune s'en joue ; Aujourd'lmi dans le trône , et demain dans la boue ; Et leur plus haut éclat fait tant de mécontents , Que peu de vos Césars en ont joui long-temps.
J'ai de l'ambition , mais plus noble et plus belle : Cette grandeur périt, j'en veux une immortelle, Un bonheur assuré , sans mesure et sans fin , Au-dessus de l'envie , au-dessus du destin. Est-ce trop l'acheter que d'une triste vie , 7 Qui tantôt , qui soudain , me peut être ravie ; Qui ne me fait jouir que d'un instant qui fuit , Et ne peut m'assurer de celui qui le suit ?
Voilà de vos chrétiens les ridicules songes ; ^
Voilà jusqu'à quel point vous charment leurs mensonges:
Tout votie sang est peu pour un bonheur si doux !
Mais , pour en disposer, ce sang est-il à vous ?
Vous n'avez pas la vie ainsi qu!un héritage ;
Le jour qui vous la donne en même temps l'engage :
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■y ous la devez au prince , au public , à letat.
POLYEUCTE
Je la voudrois pour eux perdre dans un combat ; Je sais quel en est l'beur;, et quelle en est la gloire. Des aïeux de Bécie on vante la mémoire ; Et ce nom , précieux encore à vos Romains , Au bout de six cents ans lui met l'empire aux mains. Je dois ma vie au peuple, au prince, à sa couronne; Mais je la dois bien plus au dieu qui me la donne. Si mourir pour son prince est un illustre sort , Quand on meurt pour son dieu , quelle sera la mort I
Quel dieu ! 9
POLYEUCTE
Tout beau , Pauline : il entend vos paroles ; Et ce n'est pas un dieu comme vos dieux frivoles , Insensibles et sourds , impuissants , mutilés , De bois , de marbre , ou d'or, comme vous les voulez : C'est le dieu des chrétiens , c'est le mien , c'est le vôtre ; Et la terre et le ciel n'en connoissent point d'autre.
PAULISE.
Adorez-le dans l'ame , et n'en témoignez rien.
POLYEUCTE
Que je sois tout ensemble idolâtre et chrétien !
PAULINE
Pîe feignez qu'un moment : laissez partir Sévère , Et donnez lieu d'agir aux bontés de mon père.
POLYEUCTE
Les bontés de mon dieu sont bien plus à chérir : Il m'ôte des périls que j'aurois pu courir; ' "