‹ Chefs-d'œuvre de P. Corneille (volume 2)Chapitre 32 sur 162 · ACTE IV, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE III

Et , sans me laisser lieu de tourner en arrière , ' ' Sa faveur me coiu-onne entrant dans la carrière; '* Du premier coup de vent il me conduit au port, Et , sortant du baptême , il m'envoie à la mort. Si vous pouviez comprendre et le peu qu'est la vie,

Et de quelles douceurs cette mort est suivie

Mais que sert de p.xler de ces trésors cachés A des esprits que Dieu n'a pas encor toucliés?

PACLINE.

Cruel ! car il est temps que ma doulem- éclate , ' ^

Et qu'un juste reproche accable une ame ingrate ,

l'ist-ce là ce beau feu ? soni-ce là tes serments ?

Témoignes-tu pour moi les moindres sentiments?

Je ne te parlois point de l'état déplorable

< >ù ta mort va laisser ta femme inconsolable ;

Je croyois que l'amour t'en parleroit assez ,

Et je ne voulois pas de sentiments force's :

IMais celte amom- si ferme et si bien méritée ,

(^ue tu m'avois promise, et qxie je t'ai portée,

Quand tu me veux quitter, quand tu me fais mourir,

Te peut-elle arracher une larme, un soupir?

Tu me quittes, ingrat, et le fais avec joie ;

Tu ne la caches pas , tu veux que je la voie 3

Et ton cœur, insensible à ces tri.-.tes appas ,

Se figure un bonheur où je ne serai pas !

C'est donc là le dégoût qu'apporte 1 hjménée !

Je te suis odieuse après m'ètie donnée !

POLYEUCTE

Hélas! «4

PAULINE

Que cet hélas^ a de peine à sortir ! Encor s'il coimnençoit un heiu-eux repentir ,

rj-i POLYEUCTE.

Que, tout forcé qu'il est, j'y trouverois de charmes î...

Mais courage , il s'émeut, je vois couler des larmes.

POLYEUCTE

J'en verse, et plût à Dieu qu'à force d'en verser

Ce cœur trop endurci se pût enfin percer !

Le déplorable état où je vous abandonne

Est bien digne des pleurs que mon amour vous donne ;

Et si l'on peut au ciel sentir quelques douleurs ,

J'y pleurerai pour vous l'excès de vos malheurs:

Mais si, dans ce séjour de gloire et de lumière ,

Ce Dieii tout juste et bon peut souffrir ma prière ,

S'il y daigne écouter un conjugal amour,

Sur votre aveuglement il répandra le jour.

Seigneur, de vos bontés il faut que je l'obtienne; '5 Elle a trop de vertus pour n'être pas chrétienne : ' ^ Avec trop de mérite il vous plut la former, Pour ne vous pas connoître et ne vous pas aimer , Pour vivre des enfers esclave infortunée, Et sous leur triste joug mourir comme elle est née.

PAULINE

Que dis-tH , malheureux ? qu'oses-tu souhaiter ?.

POLYEUCTE

Ce que de tout mon sang je voudrois acheter.

Que plutôt...!

POLYEUCTE

C'est en vain qu'on se met en défense: Ce Dieu touche les cœurs lorsque moins on y pense. Ce bienheureux moment n'est pas encor venu; Il viendra , mais le temps ne m'en est pas cobjqw.

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