SÉVÈRE, PAULINE, F A B I A N
Da>s mon étonnement, Je suis confus pour lui de son aveuglement ; ' Sa résolution a si peu de pareilles , Qu'à peine je me fie encore à mes oreilles. Un cœur qui vous chérit , ( mais quel cœur assez bas ■' Auroit pu vous connoître et ne vous chérir pas ? ) Un homme aimé de vous , sitôt qu'il vous possède , ,^ Sans regret il vous quitte : il fait plus , il vous cède ; Et , comme si vos feux étoient un don fatal , ^ Il en fait un présent lui-même à son rival ! Certes, ou les chréiîens ont d'étranges manies , Ou leurs félicite's doivent être infinies , Puisque , pour y prétendre , ils osent rejeter Ce que de tout l'empire il faudrait acheter. Pour moi , si mes destins , un peu plus tôt propices , Eussent de votre hymen honoré mes services, Je n'aurois adoré que l'éclat de vos yeux , .) 'en aurois lait mes rois , j 'en aurois fait mes dreux ; On m'auroit mis en poudre, on m'auroit mis en cendre, 4 Avant que....
PAULINE
Brisons là ; je crains de trop entendre , ^
■;6 POLYEUCTE
Et que cette chaleur, qui sent vos premiers feux, ]Ve pousse quelque suite indigne de tous deux. Sëvèie, connoissez Pauline tout entière.
Mon Polyeucte touche à son heure dernière ; Pour achever de vivre il n'a plus qu'un moment j Vous en êtes la cause, encor qu'innocemment. Je ne sais si votre ame, à vos désirs ouverte, Auroit ose former quelque espoir sur sa perte : Mais sachez qu'U n'est point de si cruels trépas Où d'un front assuré je ne porte mes pas , Qu'il n'est point aux enfers d'horreurs que je n'endure . ' Plutôt que de souiller luie gloù e si pure , -. Qac d'épouser un iiomme, après son triste sort, Qui de quelque façon soit cause de sa mort; Et , si vous me cro3iez d'une ame si peu saine, 7 L'amour que j'ai pour vous loarneroit tout en haine. Vqjis êtes généreux ; soyez-le jusqu'au bout. î\Ion père est en état de vous accorder tout , Il vous craint; et j'avance encor cette parole, Que , s'il perd mon époux , c'est à vous qu'il l'immole. Sauvez ce malheureux , employez- vous pour lui ; Faites-vous un effort pour lui servir d'appui. Je sais que c'est beaucoup que ce que je demande ; Mais plus l'effort est grand , plus la gloire en est grande. Conserver un rival dont vous êtes jaloux, C'est un trait de vertu qui n'appartient qu'à vous ; Et si ce n'est assez de votre renommée , C'est beaucoup qu'une femme , autrefois tant aimée, Et dont l'amour peut-être encor vous peut toucher, Doive à votre grand cœur ce qu'elle a de plus cher : Sou venez- vous enfin que vous êtes Sévère. Adieu. Résolvez seul ce que vous devez faire ;