‹ Chefs-d'œuvre de P. Corneille (volume 2)Chapitre 42 sur 162 · PAULINE, FÉLIX, POLYEUCTE, ALRIN · texte numérisé non relu

PAULINE, FÉLIX, POLYEUCTE, ALRIN

PAULINE

Q u I de vous deux aujourd'hui m'assassine ? Sont-ce tous deux ensemble , ou chacun à son tour ? Ne pourrai-je fléchir la nature , ou l'amour ? Et n'obtiendrai- je rien d'un e'poux, ni d'un père?

FÉLIX

Parlez à votre époux. '

POLYEUCTE

Vivez avec Sévère.

PAULINE

Tigre, assassine-moi du moins sans ni'outrager.

POLYEUCTE

Mon amour, par pitié, clierclie à vous soulager; Il voit qTielIe dotdeur dans l'ame vous possède , ^ Et sait qu'un autre amour en est le seul remède. Puisqu'un si grand mérite a pu vous enflammer, ^ Sa présence toujours a droit de vous charmer : Vous l'aimiez , il vous aime ; et sa gloire augmentée

PAULINE

Que t'ai-je fait, cruel, pour être ainsi traitée, 4

Et pour me reprocher, au mépris de ma foi,

L'n amour si puissant que j'ai vaincu pour toi ?

Vois , pour te faire vaincre un si fort adversaire ,

Quels efforts à moi-même il a fallu me faire , 5

Quels combats j'ai donnés pour te donner un cœur "

Si justement acrpiis à son premier vainqueur ;

Et si l'ingratitude en ton cœur ne domine ,

Fais quelque effort sur toi pour te rendre à Pauline :

Apprends d elle à forcer ton propre sentiment; "

Prends sa vertu pour guide en ton aveuglement;

Souffre que de toi-même elle obtienne ta vie ,

Pour vivre sous tes lois à jamais asservie.

Si tu peux rejeter de si justes désirs,

Regarde au moins ses pleurs , écoute ses soupirs ;

Ne désespère pas une anie qui t'adore, ^

POLYEUCTE

Je vous l'ai déjà dit, et vous le dis encore,

\ ivez avec Sévère , ou mourez avec moi. 9

Je ne méprise point vos pleurs ni votre foi ;

Mais , de quoi que pour vous notre amour m'entretienne, » •

Je ce vous connois plus si vous n'êtes clirétieune.

C'eu est assez : Félix, reprenez ce '.omroux, Et 5ur cet insolent vengez vos dieux et vous.

PÀtJLISE.

Ah .' mon pi re , son crime à peine est pardonnable ; Mais s'il est insensé , vous êtes raisonnable : ' ' La nature Cat trop forte , et ses aimables traits Imprimés dans le sang ne s'effacent jamais ; Un père est toujours père , et sur cette assurance J'ose appuyer encore un reste d'espérance. Jetez sur votre fille uu regard paternel : Mu mort suivra la mort de ce cher criminel ;

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