‹ Chefs-d'œuvre de P. Corneille (volume 2)Chapitre 52 sur 162 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

DORANTE, CLITON

A la fin j'ai quitté la robe pour 1 epée : L'attente où j'ai vécu n'a point été trompée ; Mon père a consenti que je suive mon choix, Et j'ai fait banqueroute à ce fatras de lois. ' Mais puisque nous voici dedans les Tuileries , '•* Le pays du beau monde et des galanteries , Dis-moi, me trouves-tu bien fait eu cavalier? Ne vois-tu rien en moi qui sente l'écolier ? Comme il est malaisé qu'au royaimie du code On apprenne à se faire un visage à la mode , J'ai lieu d'appréhender....

CLITON

ÏN'e craignez rien pour vous ; Vous ferez eu une heure ici mille jaloux.

io6 LE MENTEUR.

Ce visage et ce port n'ont point l'air de l'école ; F!t jamais comm'j vous on ne peignit Bartliole : Je prévois du malheur pour beaucoup de maris. Mais que vous semble encor maintenant de Paris ?

DOUANTE.

J'en trouve l'air bien doux , et cette loi bien rude Qui m'en avoit banni sous prétexte d'étude. Toi , qui sais les moyens de s'y bien divertir, Ayant eu le bonheur de n'en jamais sortir, Dis-moi comme en ce lieu l'on gouverne les dames.

C'est là le plus beau soin qui vienne aux belles âmes , ^

Disent les beaux esprits. Mais , sans faire le fin ,

Vous avez l'appétit ouvert de bon matin !

D'hier au soir seulement vous êtes dans la ville ;

Et vous vous ennuyez de'jà d'être inutile !

Votre humeur sans emploi ne peut passer un jouri

Et déjà vous cherchez h pratiquer l'amour! 4

Je suis auprès de vous en fort bonne posture 5

De passer pour un homme à donner tablature :

J'ai la taille d'un maître en ce nobie métier.

Et je suis, tout au moins, l'intendant du c[uartier.

Ne t'effarouche point : je ne cherche, à vrai dire, Que quelque connoissance où l'on se plaise à rire , Qu'on puisse visiter par divertissement , Où l'on puisse en douceur couler quelque moment. Pour me connoître mal , tu prends mon sens à gauche.

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