CLARICE, ISABELLE
ISABELLE
Ainsi vous le verrez, et sans vous engager.
CL ARICE.
3!ais pour le voir ainsi qu'en pourrai-je juger ? J'en verrai le dehors , la mine , l'apparence ; Mais du reste, Isabelle, où prendre l'assiuance ? Le dedans paroît mal en ces miroirs flatteurs ; Les visages souvent sont de doux imposteurs. .Que de défauts d'esprit se couvrent de leurs grâces ! Et que de beaux semblants cachent des âmes basses Les yeux en ce grand choix ont la première part ; Mais leur déférer tout , c'est tout mettre au hasard : Qui veut vivre en repos ne doit pas leur déplaire ; Mais , sans leur obéir , il les doit satisfaire , En croire leur refus , et non pas leur aveu , Et sur d'autres conseils laisser naître son feu. Celte chaîne, qui dure autant que notre vie, ' Et qui devroit donner plus ck peur que d'envie,
Si l'on n'y prend bien garde, attache assez souvent
Le contraire au contraire , et le mort au vivant :
Et pour moi , puisqu'il faut qu'elle me donne un maître,
Av.int que l'accepter je voudrois le connoître,
Mais connoître dans l'arae.
ISABELLE
Eli bien , qu'il parle à vous^
CL A RI CE
Alcippe le sachant eu deviendroit jaloux.
ISABELLE
Qu'iuipnrte qu'il le soit, si vous avez Dorante?
CL A m CE.
Sa perte ne m'est pas encore indifférente ;
Et l'accord de l'hymen entre nous concerte ,
Si son père venoit , seroit exécuté.
Depuis plus de deux ans il promet et diSèrc ;
Tantôt c'est maladie, et tantôt quelque affaire ;
Le chemin est mal sûr, ou les jours. soiît trop courls-.
Et le bon-homme enfin ne peut sortir de Tours.
Je prends tous ces délais pour une résistance.
Et ne suis pas d'humeur à mourir de constance.
Chaque moment d'attente ôte de notre prix ;
Et fille qui vieillit tombe dans le mépris : '^
C'est un nom glorieux qui se garde avec honte;
Sa défaite est fâcheuse à moins que d'être prompte :
Le temps n'est pas un dieu qu'elle puisse braver , ^
Et son honneur se perd à le trop conserver.
ISABELLE
Ainsi vous quitteriez illcippe pour un autre
De qui l'humeur auroit de quoi plaire îi la vôtr»?