‹ Chefs-d'œuvre de P. Corneille (volume 2)Chapitre 67 sur 162 · ACTE II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II

GLAIUCE.

Oiii, je le quitterois; mais poui' ce cliangemeut

Il me faiidroit en main avoir un autre amant, 4

Savoir qu'il me fût propre, et que son byménée

Dut bientôt à la sienne unir ma destinée.

Mon liumeur sans cela ne s'y résout pas bien ,

Car .\lcippe , après tout , vaut toujours mieux que rien ;

Son père peut venir, quelque long- temps qu'il tarde.

ISABELLE

Pour en venir à bout sans que rien s'y hasarde, Lucrèce est votre amie , et peut beaucoup pour vous ; Elle n'a point d'amant qui devienne jaloux : Qu'elle écrive à Dorante, et lui fasse paroître Qu'elle veut cette nuit le voir par sa fenêtre. Comme il est jeune encore , on l'y verra voler ; Et là , sous ce faux nom, vous pouncz lui parler, Sans qu'Alcippe jamais en découvTe l'adresse , Ni que lui-racme pense à d'autres qu'à Lucroce.

L'invention est belle ; et Lucrèce aisément Se résoudra pour moi d'écrire un compliment : ] admire ton adresse à trouver cette ruse.

ISABELLE

Puis-je vous dire encor que , si je ne m'abuse , Tantôt cet inconnu ne vous déplaisoit pas ?

CLAIIICE.

Ah bon dieu ! si Dorante avoit autant d'appas , Que d'Alcippe aisément il obtiendroit la place !

ISABELLE

Xe parlez point d'Alcippe ; il vient.

CL A HICE.

Qu'il m'embarrasse !

Va pour moi chez Lucrèce , et lui dis mon projet ,

Et tout ce qu'on peut dire en un pareil sujet.

Page 1