‹ Chefs-d'œuvre de P. Corneille (volume 2)Chapitre 7 sur 162 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

PAULINE, STBATONICE.

PAULINE

Va , néglige mes pleurs , cours , et te précipite

Au-devant de la mort que les dieux m'ont prédite ;

Suis cet agent fatal de tes mauvais destins ,

Oui peut-être te livre' aux mains des assassins.

Tu vois, ma Stratonice, en quel siècle nous sommes- '

Voilà notre pouvoir sur les esprits des hommes;

Voilà ce q[ui nous reste , et l'ordinaire effet

De l'amour qu'on nous ofire , et des vœux qu'on nous fait,

Tant qu'ils ne sont qu'amants nous sommes souveraines,

Et jusqu'à la conquête ils nous traitent de reiiics ;

Mais après l'Iiyme'née ils sont rois à leur tour. ^

STRATONICE

Polyeucte pour vous ne manque point d'amour ; ^

S'il ne vous traite ici d'entière confidence , ''i

S'il part malgré vos plems , c'est un trait de prudence : ^

Sans vous eu affliger, présumez avec moi ^

Qu'il est plus à propos qu'il vous cèle pourquoi ;

Assurez-vous sur lui qu'il en a juste cause.

11 est bon qu'un mari nous cache quelque cliose , "J

Qu'il soit quelquefois libre , et ne s'abaisse pas

A nous reudre toujours compte de tous ses pas.

On n'a tous deux qu'un cœur qui sent mêmes iraTerses;*^

Mais ce cœur a pomtant ses fonctions diverses ;

Et la loi de l'iiymen qui vous tient assejublés 9

N'ordonne pas qu'il tremble alors que vous tremblez.

Ce qiii fait vos frayeurs ne peut le mettre en peine : Il est Arménien , et vous êtes Romaine ; Et vous pouvez savoir que nos deux nations N'ont pas sur ce sujet mêmes impressions. Un songe en notre esprit passe pour ridicule ; *" U ne nous laisse espoir, ni crainte, ni scrupule: Mais il passe dans Rome avec autorité Pou!' fidèle miroir de la fatalité.

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