ACTE II, SCÈNE V
Oui', ce fiU ce jour-là que je fus attrapé. ) Ce soir même son père en ville avoit soupe ; Il monte , h son retour ; il frappe à la porte : elle Transit, pâlit, rougit, me cnclie en sa ruelle. Ouvre enfin; et d'abord (qu'elle eut d'esprit et d'art! J Elle se jette au cou de ce pauvre vieillard , De'robe en l'embrassant son désordre à sa vue : 11 se sied ; il lui dit qu'il veut la voir pourvue ; Lui propose un parti qu'on lui venoit d'offrir. Jugez combien mon cœur avoit lors à souffrir ! Par sa réponse adroite elle sut si bien faire , Que sans m'inquiéter elle plut à son père. Ce discoiu^s enuuyeux enfin se tennina.
Le bon-homme pîirtoit quand ma montre sonna : Et lui se retournant vers sa fille étonnée , « Depuis quand cette montre ? et qai axius l'a donnée? » « Acaste , mon cousin , me la vient d envoyer, Dit-elle , et veut ici la faire nettoyer, N'ayant point d'horlogers au lieu de sa demeure : Elle a déjà sonné deux fois en un quart-d'heure. » « Donnez-la-moi , dit- il , j'en prendrai mieux le soin. » Alors pour me la prendre elle vient en mon coin : Je la lui donne en main; mais, voyez ma disgrâce, Avec mon pistolet le cordon s'embarrasse. Fait marcber le déclin ; le feu prend , le coup part ; Jugez de notre trouble à ce tiiste hasard. Elle tombe par terre ; et moi, je la crus morte. Le père épouvanté gagne aussitôt la porte ; Il appelle au secours , Q crie à l'assassin : Son fils et deux valets me coupent le chemin. Furieux de ma perte , et combattant de rage , Au milieu de tous trois je me faisois passage,
r38 LE MENTEUR,
Qaand lin autre malheur de nouveau me perdit ; Mon épée en ma main en trois morceaux rompit. Désarmé, je recule, et rentre ; alors Orpliise De sa frayeiu" première aucunement remise , Sait prendre un temps si juste en son reste d'effroi, Qu elle pousse la porte et s'enferme avec moi. Soudain nous entassons , pour défenses nouvelles , Bancs, tables, coffres, lits, et jusqu'aux escabelles: P>ous nous barricadons , et dans ce premier feu Nous croyons gagner tout à différer un peu. Mais comme à ce rempart l'xm et l'autre travaille, D'une cbambre voisine on perce la muraille : Alors me voyant pris , il fallut composer.
(ici Clarice les voit de sa fenêtre ; et Lucrèce, avec Isabelle, le
voit aussi de la sienne. )
GÉnONTE.
C'est-h-dire , en françois, qu'il fallut l'épouser?
DOHANXE.
Les siens m'avoient trouvé de nuit seul avec elle , Ils étoient les plus forts, elle me sembloit belle, Le scandale étoit grand , son honneur se perdoit ; A ne le faire pas ma tête en répondoit ; Ses grands efforts poiu- moi , son péril , et ses larmes , A mon cœur amomeux étoient de nouveaux charmes : Donc , pour sauver ma vie ainsi que son honneur , Et me mettre avec elle au comble du bonheur, .le changeai d'xm seul mot la tempête en bonace , Et fis ce que tout autre auroit fait en ma place. Clioisisspz maintenant de me voir ou mourir, Ou possc'dcr un bien qu'on ne peut trop chérir.