‹ Chefs-d'œuvre de P. Corneille (volume 2)Chapitre 79 sur 162 · S C È IN E II · texte numérisé non relu

S C È IN E II

A L CI P P E , P H I L I S ï E

PHUISTE.

Ce cœur encor soupire !

Hélas ! je sors d'im mal pour tomber dans un piie. Cette collation , qui l'aura pu donner ? A qui puis-je m'en prendre ? et que m'iuiaginer?.

PHILISTE

Que l'ardeur de Claiice est égale à vos flammes. ^ Cette galanterie ëtoit pour d'autres dames. L'erreur de votre page a causé votre eunui ; S'étaut tiompé lui-même, il vous tionipe après \m. J'ai tout su de lui-même, et des gens de Lucrèce. Il avoit vu cliez elle entrer votre maîtresse; Mais il n'avoit pas vu qu'Iiippolyte et Daphné, Ce jour-là par hasaid , chez elle avoicnt dinc. Il les en voit sortir, mais h coiffe abattue, Et sans les approcher il suit de rue en rue ; Aux couleurs , au carrosse , il ne doute de rien ; Tout étoit à Lucrèce, ei le dupe si bien, Que, prenant ces beautés poiur Lucrèce et Clarice, Il rend à votre amour un très mauvais service. Il les voit donc aller jusques au bord de l'eau , Descendre de carrosse , entier dans un hate;.u ; 11 voit porter des plats , entend quelque musique , A .'C '^v» l'on m'a dit, assez mélancolique. 5!sis cessez d'en avoir l'esprit inquiété , Car enfin le carrosse avoil été prêté :

p. Corneille. 2. l3

ï46 L E JI E A- T E U R.

L'avis se trouve faux , et ces deux autres belles Avoient en plein repos passé la nuit chez elles.

ALCIPPE

Quel malheur est le mien ' Ainsi donc sans sujet J'ai fait ce grand Vacamie à ce charmant objet !

PHILISTE

Je ferai votre pais. Mais sachez autre chose.

Celui qui de ce trouljle est la seconde cause , ^

Dorante , q-ii tantôt nous en a tant conté

De son festin supcibc et sur l'heure apprêté ,

Lui rpii , depuis un m.oi3 nous cachant sa venue ,

La nuit , iaco^ito , visite une inconnue ,

Il vint hier de Poitiers, et, sans faire aucun bruit, "^

r.heî, lui paisiblement a dormi toute uuit.

ALCIPPE

Quoi ! sa collation

PHILISTE

K'est rien qu'un pur mensonge ; ^• Ou bien , s il Ta donnée , il l'a doune'e en songe.

ALCIPPE

'Dorante en ce combat si peu prémédité

M'a fait voir trop de cœur pour tant de lâcheté.

La valeur n'apprend point la fourbe en sou école ;

Tout homme de courage est homme de parole ;

A des vices si bas il ne peut consenàr,

E: fuit plus que la mort la konte de mentir.

Cela n'est point. '

PHILISTE

Dorante , à ce que je présume , Est %aillant par naUire , et menteur par coutume.

Ayez sur ce sujet moins d'incrédulité:

Et vous-même admirez notre simplicité.

A nous laisser duper i.ou. sommes bien novices, 4 Une collation servie h six services , Quatre concerts entiers , tant de plats , tant de feux , fout cela cependant prêt eu une heure ou deux , Comme si l'appareil d'une telle cuisine Fût descendu du ciel dedans quelque machine : Quiconque le peut croire ainsi que vou ; et moi , 5 S'il a manqué de sens, u'a pas manqué de foi. Pour moi , je voyois bien que tout ce bndinage Répondoit assez mal aux remarques du page. Mais vous ?

La jalousie aveugle un cœur atteint , Et sans examiner croit tout ce qu'elle craint. Mais laissons là Dorante avecque son audace ; Allons trouver Clarice, et lui demander giare: Elle pouvoit tantôt m'euieudre sans rougir.

PniLISTE,

Attendez h demain, et me laissez agir;

Je veux par ce récit vous préparer la voie ,

Dissiper sa colère , et lui rendre sa joie.

iN'e vous exposez point , pour gagner un moment ,

Aux premières chaleurs de son ressentiment.

bi du jour qui s'enfuit la lumière est fidèle, Je pense l'entrevoir avec son Isabelle.

J c suivrai tes conseils , et fuirai son courroux Jusqu'à ce qu elle ait ri de m'avoir vu jaloux.

48 LE ÎM E ïs' ï E U R.

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