‹ Chefs-d'œuvre de P. Corneille (volume 2)Chapitre 81 sur 162 · ACTE r II, se EN E III · texte numérisé non relu

ACTE r II, se EN E III

Qui, dans une gazette apprenant ce langage,

S'ils sortent de Paris , ne vont qu'à leur village ,

Et se donnent ici pour témoins approuves

De tous ces grands combats qu'ils ont lus ou rêvés !

Il aura cm sans dou'e, ou je suis fort trompée,

Que les filles de cœur aiment les gens d'epée ;

Et , vous prenant pour telle , il a jugé soudain

Qu'une plume au chapeau vous plaît mieux qu'à la main.

Ainsi donc, pour vous plaire, il a voulu paroître,

?von pas pour ce qu'il est, mais pour ce qu'il veut être,

Et s'est osé promettre un traitement plus doux

I )ans la condition (ju'il veut prendre pour vous.

]'.n matiire de fourbe il est maître, il y pipe; - Après m'a voir dupe'e, il dupe encore Alcippe. Ce malheureux jaloux s'est blessé le cerveau D'un festin qu'hier au soir il in 'a donné sur l'eau, .luge un peu si la pièce a la moindre apparence. .\lcippe cependant m'accuse d'inconstance , I\Ie fait une querelle où je ne comprends rien : j'ai, dit-il , toute nuit souffert son entretien.

II me parle de bal , de danse , de musique , D'une collation superbe et magnifique , Servie à tant de plats tant de fois redoublés , Que j'en ai la cervelle et les esprits troublés.

ISABELLE

Reconnoissez par-là que Dorante vous aime, Et que dans son amour son adresse est extrême ; Il aura su qu' Alcippe étoit bien avec vous , Et pour l'en éloigner U l'a rendu jaloux. Soudain à cet effort il en a joint un autre ; Il a fait que son père est venu voir le vôtre.

i5o LE MEISTEUR.

Un amant peut-il mieux agir en un moment

Que de gagner un père et brouiller l'autre amant ?

Votre père l'agrée, et le sien vous souhaite ;

Il \ ous aime , il vous plaît : c'est une affaire faite.

CLARICE

Elle est faite, de vrai, ce qu'elle se fera.

ISABELLE

Ouoi ! votre cœur se change, et désobéira ?

Tu vas sortir de garde , et perdre tes mesures. ^ Explique , si tu peux , encor ses impostures : Il étoit marié sans que l'ou en sût rien ; Et son père a repris sa parole du mien , Fort triste de visage et fort confus dans l'anie.

ISABELLE

AL ! je dis à mon tour : Qu'il est fourbe, madame I

C'est bien aimer la fourbe, et l'avoir bien en main .

Que de prendre plaisir à fourber sans dessein.

Car. pour moi, plus j'y songe, et moins je puis compreiidi-c

Quel fruit auprès de vous il en ose prétendre.

Mais qu'aUez-vous donc faire? et poiu-quoi lui parler?

Est-ce à dessein d'en rire, ou de le quereller?

CLARICE

Je prendrai du plaisir du moins à le confondie.

ISABELLE

J 'en prendrois davantage à le laisser morfondre.

clArice. Non , je lui veux pai 1er par curiosité.

Mais j'entrevois quelqu'un dans cette obscuiité j Et si c'étoit lui-même , il pourroit me connoître : EatroEs dune chez Lucrèce, allons à sa fenêtre ,

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