PAU UNE
Je l'ai vu cette nuit , ce malheureux Sévère , La vengeance à la main , l'œil ardent de colère : Il n'étoit point couvert de ces tristes lambeaux Qu'une ombre désolée emporte des tombeaux : Il n'étoit point percé de ces coups pleins de gloire Qui retranchant sa vie assurent sa mémoire ; Il sembloit triomphant , et tel que siu- son char Victorieux dans Rome entre notie Césai.
Après un peu d eflioi que m'a donné sa vue : « Porte à qui tu voudras la faveur qui m'est due , Ingrate, m'a-t-il dit; et, ce jom- expiré. Pleure h loisir l'époux que tu m'as préféré. »
ACTEI,SCÈNEIII. 25
A ces mots j'ai frémi , mon ame s'est boublée. Ensuite, des chrétiens une impie assemblée, Pour avancer l'effet de ce discours fatal . A jeté Polyeucte aux pieds de son rival. Soudain à son secours j'ai réclamé mon père. Hélas ! c'est de tout point ce qui me désespère ! ^^ J'ai vu mon père même , un poignard à la main , Entrer le bras levé pom- lui percer le sein. Là , ma douleur trop forte a brouillé ces images ; Le sang de Polj-^eucte a satisfait leurs rages : Je ne sais ni comment ni quand ils l'ont tué , Mais je sais qu'à sa mort tous ont contribué. Voilà quel est mon songe. '^4
STnATOSICE.
Il est vrai qu'il f>t liiste; Mais il faut que votre ame à ces frayeurs résiste : La vision, de soi, peut faire quelque horreur > '•'5 Mais non pas vous donner une juste terreur. Pouvez- vous craindre un mort ? pouvez-vous craindre un père Qui chérit votre époux , que votre époux ré\ ère , Et dont le juste choix vous a donnée à lui Pour s'en faire en ces lieux un ferme et sûr appui V
PAULIXE.
11 m'en a dit autant, et rit de mes alarmes:
Mais je crains des chrétiens les complots et les charmes ,
Et que siu mon époux leur troupeau ramassé
?ie venge tant de sang que mon père a versé.
STRATONICE
Leur secte est insensée , impie , et sacrilège ,
Et dans son sacrifice use de sortilège :
Mais sa fureur ne va qu'à briser nos autels ;
Elle n'en veut qu'aux dieux, et non pas aux mortels.