‹ Chefs-d'œuvre de P. Corneille (volume 2)Chapitre 97 sur 162 · SABINE, LUCRÈCE · texte numérisé non relu

SABINE, LUCRÈCE

LUCRÈCE

Eh bien , que t'ont conté le maître et le valet?

SABINE

Le maître et le valet m'ont dit la même chose ; Le m litre est tout à vous , et voici de s.i prose.

LUCRÈCE, apri's avoir lu.

Dorante avec chaleur fait le passionne' :

Mais le fourbe qu'il est nous en a trop donné ;

Et je ne suis pas fille à croire ses paroles.

SABINE

Je ne les crois non plus ; mais j'en crois ses pistoles.

LUCRÈCE

il ta donc fait prissent?

SABINE

Voyez.

LUCRÈCE

Et tu l'as pris ?

SABINE

Pour vous ôter du trouLle où flottent vos esprits, Et vous mieux témoigner ses flammes véritables, J'en ai pris les témoins les plus indubitables; Et je remets , madame , au jugement de tous Si qui donne à vos gens est sans amour pour vous , Et si ce traitement marque une ame commune.

LUCRÈCE

Je ne m'oppose jias à ta bonne fortune ;

Mais , comme en l'acceptant tu sors de ton devoir,

Du moins une autre fois ne m'en fais rien savoir.

SABINE

Riais à ce libéral que pourrai-je promettre ?

LUCRÈCE

Dis-lui que, sans la voir, j'ai déchiré sa lettre.

SABINE

O ma bonne fortune , où vous enfuyez-vous ?

LUCRÈCE

?.:élc-s-y de ta part deux ou trois mois plus doux;

Co!ite-Iui dextremeat le natiuel des feiumes ; ' Dis-lui qu'avec le temps on amollit leurs âmes ; Et l'avcL lis surtout des lieures et'des lieux Où par rencontre il peut se montrer i mes yeux. Parceiju'il est grand fourbe , il faut que je m'assure.

SABINE

Ah ! si vous connoissiez les peines qu'il endure, Vous ne douteriez plus si son cœur est atteint: Toute nuit il soupire , il gémit , il se plaint.

LUCnÈCE.

Pour apaiser les maux que cause cette plainte , Donne-lui de l'espoir avec beaucoup de crainte ; Et sache entre les deux toujours le modérer, Sans m'engager à lui , ni le désespérer.

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