SABINE, LUCRÈCE
LUCRÈCE
Eh bien , que t'ont conté le maître et le valet?
SABINE
Le maître et le valet m'ont dit la même chose ; Le m litre est tout à vous , et voici de s.i prose.
LUCRÈCE, apri's avoir lu.
Dorante avec chaleur fait le passionne' :
Mais le fourbe qu'il est nous en a trop donné ;
Et je ne suis pas fille à croire ses paroles.
SABINE
Je ne les crois non plus ; mais j'en crois ses pistoles.
LUCRÈCE
il ta donc fait prissent?
SABINE
Voyez.
LUCRÈCE
Et tu l'as pris ?
SABINE
Pour vous ôter du trouLle où flottent vos esprits, Et vous mieux témoigner ses flammes véritables, J'en ai pris les témoins les plus indubitables; Et je remets , madame , au jugement de tous Si qui donne à vos gens est sans amour pour vous , Et si ce traitement marque une ame commune.
LUCRÈCE
Je ne m'oppose jias à ta bonne fortune ;
Mais , comme en l'acceptant tu sors de ton devoir,
Du moins une autre fois ne m'en fais rien savoir.
SABINE
Riais à ce libéral que pourrai-je promettre ?
LUCRÈCE
Dis-lui que, sans la voir, j'ai déchiré sa lettre.
SABINE
O ma bonne fortune , où vous enfuyez-vous ?
LUCRÈCE
?.:élc-s-y de ta part deux ou trois mois plus doux;
Co!ite-Iui dextremeat le natiuel des feiumes ; ' Dis-lui qu'avec le temps on amollit leurs âmes ; Et l'avcL lis surtout des lieures et'des lieux Où par rencontre il peut se montrer i mes yeux. Parceiju'il est grand fourbe , il faut que je m'assure.
SABINE
Ah ! si vous connoissiez les peines qu'il endure, Vous ne douteriez plus si son cœur est atteint: Toute nuit il soupire , il gémit , il se plaint.
LUCnÈCE.
Pour apaiser les maux que cause cette plainte , Donne-lui de l'espoir avec beaucoup de crainte ; Et sache entre les deux toujours le modérer, Sans m'engager à lui , ni le désespérer.