‹ Chefs-d'œuvre de P. CorneilleChapitre 118 sur 173 · ACTE V, SCÈNE II. i · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE II. i

Et cpie l'état demande aux princes k'gitimes

Des prix pour les vertus, des peines pour les crimes,

SouflVez qu'un bon sujet vous fasse souvenir

Que vous plaignez beaucoup ce qu'il vous faut punir.

SouÔrez. . . .

lE VIEIL HORACE.'

Quoi 1 qu'on envoie un vainqueur au supplice ?

TULLE

Prrmeltfz qu'il arlicve, et je ferai justice: 5

J'ainae à la rendre à tous , h toute heure , en tout lieu ;

C'est par eUe qu'un roi se fait un demi-dieu ;

Et c'est dont je vous plains , qu'après un tel service

On puisse contre lui me demander justice.

vALÈnz.

Soufflez donc, ô grand roi, le plus juste des rois , '^ Que tous les gens de bien vous parlent par ma voix, îîon que nos cœurs jaloux de ses honneurs s'irritent ; S il eu Reçoit beaucoup, ses hauts faits les mcriient; Ajoutez-yplutôt que d'en diminuer; Nous sommes tous encor prêts d'y contribuer. Mais, puisque d'un tel crime il s'est montré capable, Qu'il triomphe en vainqueur , et périsse en coupable : Arrêtez sa fureur, et sauvez de ces mains, Si vous voulez régner, le reste des Romains; Il y va de la perte ou du salut du reste.

La guerre avoit un cours si sanglant, si funeste , Kt les nœuds de l'hymen, durant nos bons destins, Ont tant de fois uni des peuples si voisins. Ou il est peu de Romains que le parti contraire Is'initTcssc en la mort d'un gendre ou d'un bcau-frèrc,

;i6o HORACE.

Et qui ne soient forces de donner quelques pleurs ,

Dans le bonLciu' public, à leurs propres malheurs.

Si c'est offenser Rome, et que l'iieur de ses armes

L'autorise à punir ce crime de nos larmes,

Quel sang épargnera ce barbare vainqueur,

Qui ne pardonne pas à celui de sa sœur,

Et ne peut excuser celte douleur pressante

Que la mort d'un amajit jette au coeur d'une amant*

Quand , près d'être éclairés du nuptial flambeau ,

Elle voit avec lui son espoir au tombeau ?

Faisant triomplier Rome, il se l'est asservie ;

Il a sur nous un droit et de mort et de vie ;

lit nos jours criminels ne jK)urront plus durer

Qu autant qu'à sa clémence il plaira l'enduicv.

Je pourrois ajouter aux iulércts de Rome Conibien un pareil coup est iudiguc d'un homme; Je pourrois demander qu'on mît devant vos yeux Ce grand et rare exploit d'un bras victorieux : Tous verriez un beau sang , pour accuser sa rage , I) un frère si auel rejaillir au visage ; Vous verriez des horreurs qu'on ne peut concevoir; Son âge et sa beauté vous pourroient émouvoir : Mais je hais ces moyens qui sentent l'artifice. ' Vous avez à demain remis le sacrifice ; Pensea-vous que les dieux , vengeurs des innocents, D'une main parricide acceptent de l'encens ."* Sur vous ce sacrilège attireroit sa peine : Ne le considérez qu'en oijjet de leur haine.; Et croyez avec nous qu'en tous ces trois combats Le bon destin de Kome a plus fait que sou bras , Puisque ces mêmes dieux , auteurs de sa victoL»:o , Ont permis qu'aussitôt il en souillât la gloire ,

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