‹ Chefs-d'œuvre de P. CorneilleChapitre 120 sur 173 · TULLE, VALÈRE, LE VIEIL HORACE, HORACE, SABINE · texte numérisé non relu

TULLE, VALÈRE, LE VIEIL HORACE, HORACE, SABINE

SABINE

Sire , écoutez Sabine ; et voyez dans son amc

Les douleurs d'une sœur, et celles d'une femme,

Qui , toute désolée , à vos sacrés genoux ,

Pleure pour sa famille , et craint pour son époux.

Ce n'est pas que je veuille avec cet artifice

Dérol)er un coupable au bras de la justice ;

Quoi qu'il ait fait pour vous , traitez-le comme tel ,

Et punissez en moi ce noble criminel ;

De mon sang malheureux expiez tout son crime :

Vous ne changerez point pour cela de victime ;

Ce n'en sera point prendre une injuste pitié,

Mais en sacrifier la plus chère moitié.

Les noeuds de l'hyménée , et son amour extrême ,

Font qu'il vit plus en moi qu'il ne vit en lui-même;

Et si vous m'accordez de mourir aujourd'hui.

Il mourra plus en moi qu'il ne mourroit en lui ; '

La mort que je demande, et qu'il faut que j'obtienne,

Augmentera sa peine , et finira la mienne.

i6\ HORACE.

Sire, voyez l'excès de mes tristes cnTiuis,

Et l'cffioyable ëtat où mes jours sont réduits.

Quelle horreur d'embrasser im liommc dent lepëe

De toute ma famille a la trame roupéc !

Et quelle impiété de haïr un époux ,

Pour avoir bien servi les siens , l'état, et vous !

Aimer un bras souillé du sang de tous mes frères î

N'aimer pas un mari ipii finit nos misères !

Sire, délivrez-moi, par un heureux trépas,

Des crimes de l'aimer, et de ne l'aimer pas ;

J'en nommerai l'arrêt une faveur bien grande.

Ma main peut me donner ce que je vous demande :

i\Iais ce trépas enfin me sera bien plus doux ,

Si je puis de sa honte afttanchir mon époux y

Si je puis par mon sang apaiser la colère

Des dieux qu'a pu fâcl)er sa vertu trop sévère,

Satisfaire, en mourant, aux mânes de ma sœur,

Et consen'cr à Rome im si bon défenseur.

LE VIEIL HORACE

Sire , c'est donc à moi de répondre à Valère. Ries enfants avec lui conspirent contre un père ; Tous trois veulent me perdre, et s'arment sans raison Contre si peu de sang qui reste en ma maison.

( à Sjbinc. )

Toi qui, par des douleurs à ton devoir contraires,

Veux quitter un mari pour rejoindre tes frères,

Va plutôt consulter leurs mânes généreux ;

ïls sont morts, mais pour A1})0, et s'en tiennent heureux:

Puisque le ciel vouloit qu'elle fût asservie ,

Si quelque sentiment demeure après la vie ,

Ce mallirur semble moindre , et moins rudes ses coups j

\ oyant que tout l'honneur en retombe sur nous ;

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