‹ Chefs-d'œuvre de P. CorneilleChapitre 121 sur 173 · ACTE V, SCÈNE III. i · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE III. i

Tous trpis désavoùront l;i douleur qui te louche,* Les larmes de tes yeux, les soupirs de ta bouche, L'honeur que lu fais voir dun mari vertueux. Sabine, sois leur sœur, suis ton devoir conmie eux.

( au roi. )

Contre ce cher époux Valère en rain s'anime : r

L'n premier mouvement ne fut jamais un crime;

Ht lu louange est due , au lieu du châtiment ,

(^uand la vertu produit ce premier mouvement.

Aimer nos ennemis avec idolâtrie,

De rage en leur tre'pas maudire la patrie ,

Souliaiter à l'e'tat un malheur inlini,

C'est ce qu'on nomme crime, et ce qu'il a puni.

Le seul amour de Rome a sa main animée ;

Il scroit innocent s'il l'avoit moins aimée.

Qu'ai- je dit, sire? il l'est, et ce bras paternel

L'auroit déjà puni s'il t'ioit criminel ;

J'aurois su mieux user de l'entière puissance

Que me donnent sur lui les droits de la naissance :

J'aime trop l'honneur, sire, et ne suis point de rang

A souffrir ni d'affiont ni de crime en mon sang.

C'est dont je ne veux point de tt-nioin que ValtTe ;

Il a vu quel accueil lui gardoit ma colère,

Lorsqu'ignorant encor la moitié du combat

Je cioyois que sa fuite avoit trahi l'état.

Qui le fait se charger des soins de ma famille?

Qui le fait , malgré moi , vouloir venger ma fille ?

lit par quelle raison dans son juste trépas

Prend-il un intérêt qu'un p<'.'re ne jircnd pas ?

On craint qu'après sa sœur il n en maltraite d'autres!

Sire, nous n'avons part qu'à la honte des nôtres;

Et , de quelque façon qu'un autre puisse agir,

i66 HORACE.

Qui ne nous touche point ne nous fait point rougir.

( à VaU-re. )

Tu peux pleurer, Valère, et même aux yeux d'Horace ;

Il ne prend intérêt qu'aux crjraes de sa raoe :

Qui n'est point de son sang ne peut faire d'affront

Aux lauriers immortels qui lui ceignent le front

Lauriers, sacre's rameaux qu'on veut réduire en poudre,

Vous qui mettez sa tête à couvert de la foudie ,

L'abandonnerez-vous h l'infâme couteau

Qui fait choir les méchants sous la main d'un bourreau ?

Bomains, souffiirez-vous qu'on vous immole un Iiomnie

Sans qui Rome aujourd'hui cesseroit d'être Rome,

Et qu'un Romain s'efforce à tacher le renom

D'un guerrier à qui tous doivent un si beau nom '.'

Dis, Valère, dis-nous, si lu veux qu'il périsse,

Où tu penses choisir un lieu pour son supplice :

Sera-ce entre ces murs que mille et mille voix

Font résonner encor du bruit de ses exploits?

Sera-ce hors des murs, au milieu de ces places

Qu'on voit fumer eccor du sang des Curiaces ,

Entre leurs tiois tombeaux, et dans ce champ d'honneur

Témoin de sa vaillance et de notre bonheur .'

Tu ne saurois cacher sa peine à sa victoire :

Dans les murs , hors des murs , tout parle de sa gloire .

Tout s'oppose à 1 eHort de ton injuste amour,

Qui veut d'un si bon sang souiller un si beau jour.

Albc ne poiu'ra pas souffrir un tel spectacle ,

Et Rome par ses pleurs y mettra trop d'obstacle.

Vous les préviendrez , sire ; et , par un juste arrêt , Vous saurez embrasser bien mieux son intérêt. Ce qu'il a fait pour elle il peut encor le faire ; Il peut la garantir encor d un sort contraire.

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