SCÈNE lii
Donne un plus digne nom au glorieux empire ^- Du noble sentiment que la vertu m'inspire , Et que l'honneur oppose au coup précipité De mon ingratitude et de ma lâcheté:
IM;iis plutôt continue à le nouuncr foiljlessc, Puisqu'il devient si foible auprès d'une maîtresse,
22^ CINNA
Qu'il respecte xxn amoui- qu'il devroit ëtoiifftr , Ou que , s'il le combat , il n'ose en triompher. En ces extrémités quel conseil dois-je prendre ? De quel côui pencher ? h quel parti me rendre ?
Qu'une ame généreuse a de peine a faillir î '^ Quelque fruit que par-là j'espère de cueillir, Les douceurs de l'amour , celles de la vengeance, La gloire d'affranchir le lieu de ma naissance , N'ont point assez d'appas pour flatter ma raison S'il les faut acquérir par une trahison, S il faut percer le flanc d'un prince magnanime ^ Qui du peu que je suis fait une telle estime, Qui me comble d'honneurs, qui m'accable de biens, Qui ne prend pour régner de conseils que les miens. O coup , ô trahison trop indigne d'un honune ! ^ Eure , dure à jamais l'esclavage de Rome , Périsse mon amour , périsse mon espoir , Plutôt que de ma main parte un crime si noir ! Quoi ! ne moffic-t-il pas tout ce que je souhaite, l'A qu'au prix de son sang ma passion achète .* Pour jouir de ses dons faut-il 1 assassiner ! Et faut-il lui ravir ce qu'il me veut donner?
Mais je dépends de vous, ô serment téméraire, 5 O haine d'Emilie , ô souvenir d'un père ! ^ Ma foi , mon cœur , jnou bras , tout vous est engagé , Et je ne puis plus rien que par votre congé : C'est à vous à régler ce qu'il foUt que je fasse ; C'est à vous , Emilie , à lui donner sa grâce ; Vos seules volontés président à son sort , Et tiennent en mes mains et sa vie et sa mort. O dieux , qui comme vous la rendez adorable, ïlendez-la, comme vous, à mes vœux exorablc*, ?