‹ Chefs-d'œuvre de P. CorneilleChapitre 169 sur 173 · AUGUSTE, C I IN N A · texte numérisé non relu

AUGUSTE, C I IN N A

AUGUSTE

i RENDS un siège, Cinna, prends; et sur toute chose '

Observe exactement la loi que je t'impose :

Prête , sans me troubler, l'oreille à mes discours ;

D'aucun mot , d'aucun cri , n'en interromps le cours ;

Tiens ta langue captive ; et si ce grand silence

A ton émotion fait quelque violence ,

Tu pourras me rt'pondae , après , tout à loisir.

Sur ce point seulement contente mon désir.

CINNA

Je vous obéirai , seigneur.

AUGUSTE

Qu'il te souvienne De garder ta parole , et je tiendrai la mienne.

Tu vois le jour, Cinna ; mais ceux dont tu le tieiTS Furent les ennemis de mon père , et les miens : Au milieu de leur camp tu reçus la naissance ; ^ Et lorsqu'après leur mort tu vins en ma puissance , Leur 11 aine, enracinée au milieu de ton sein , T'avoit mis contre moi les armes à la main. Tu fus mon ennemi même avant que de naître, Et tu le fus encor qmand lu me pus connoître ;

CINNA. ACTE V, SCÈNE I. 2^9 Et l'inclination jamais n'a démenti Ce sang qui t'avoit fait du contraire parti : Autant que tu l'as pu les effets l'ont suivie. Je ne m'en suis vengé qu'en te donnant la vie : Je te fis prisonnier pour te combler de biens ; !\Ia cour fut ta prison , mes favems tes liens. ^ Je te restituai d'abord ton patrimoine ; Je t'enrichis après des dépouilles d'Antoine ; Et tu sais que depuis à chaque occasion Je suis tombé pour toi dans la profusion. Toutes les dignités que tu m'as demandées Je te les ai sur l'heure et sans peine accordées ; Je t'ai préféré même à ceux dont les parents Ont jadis dans mon camp tenu les premiers rangs, A ceux qui de leur sang m'ont acheté l'empire , i'.t qui m'ont conserve le jour que je respire : De la fac^on enfin qu'avec loi j'ai vécu, 4 Les vainqueurs sont jaloux du bonheur du vaincu. Quand le ciel me voulut , eu rappelant Mécène , Après tant de faveurs montrer un 2)eu de haine, Je te donnai sa place en ce triste accident, Et te fis, après lui, mon plus cher confident. Aujourd'liui même encor, mon ame irrésolue Me pressant de quitter ma ])uisï.ance absolue , De Maxime et de toi j'ai pris les seuls avis ; Et ce sont, malgré lui , les tiens que j'ai .'.uivis. liien plus, rc même jour je u; donne Emilie, I.e di^ne objet des vœux de toute l'Italie, J*k qu'ont mise si haut mon amour et mes soins , Qu'en te couronnant roi je t'aurois donné moins. •* Tu t'en souviens, Cinna ; tant d'iitur et tant de gloiie Ne peuvent pas sitôt sortir de ta mémoire j

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Mais, ce qu'on ne pourroit jamais s'imaginer,

Cinna, t*i t'en souviens, et veux m'assassiuer.

CINNA

Moi , seigneur .' moi , que j'eusse une amc si traîtresse ! Qu'un si lâche dessein....

AUGUSTE

Tu tiens mal ta promesse :

Sleds-toi, je n'ai pas dit encor ce que je veux j Tu te justifîras après , si tu le peux. Écoute cependant, et tiens mieux ta parole.

Tu veux m'assassiner, demain, au Capitole, Pendant le sacrifice ; et ta main pour signal I\Ie doit au lieu d'encens donner le coup fatal ; La moitié de tes gens doit occuper la porte , L'autre moitié te suivre , et te prêter main-forte. Ai-je de bons avis , ou de mauvais soupçons ? ^ De tous ces meurtriers te dirai-je les noms? Procule, Glabrion, Virginian, Rutile, Marcel , Plaute , Lénas , Pompone , Albin , Icile , Maxime, qu'après toi j'avois le plus aimé: Le reste ne vaut pas l'honneur d'être nommé ; Un tas d'hommes perdus de dettes et de crimes , Que pressent de mes lois les ordres légitimes , Et qui, désespérant de les plus éviter. Si tout n'est renversé, ne sauroient subsister.

Tu te tais maintenant, et gardes le silence, Plus per confusion que par oJ)éissance.

Quel étoit ton dessein , et que prétendois-tu Après m'avoir au temple à tes pieds abattu ? AfTianchir ton pays d'un pouvoir monarchique? Si j ai bien entendu tantôt ta politique.

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