‹ Chefs-d'œuvre de P. CorneilleChapitre 172 sur 173 · AUGUSTE, LIVIE, CI>^NA, MAXIME, EMILIE · texte numérisé non relu

AUGUSTE, LIVIE, CI>^NA, MAXIME, EMILIE

FULYIE.

AUGUSTE

Approche, seul ami que j'éprouve fidèle.

MAXIME

Honorez moins, seigneur, une ame criminelle.

AUGUSTE

Ne parlons plus de crime après ton repentir, Après que du péril tu m'as su garantir ; C'est à toi que je dois et le jour et l'empire.

MAXIME

De tous vos ennemis connoissez mieux le pire : Si vous régnez encor, seigneur, si vous vivez, C'est ma jalouse rage à qui vous le devez

Un vertueux remords n'a po nt touché mon ame; Pour perdre mon rival j'ai découvert sa trame; Euphorbe vous a feint que je m'étois noyé , ' De crainte qu'après moi vous n'eussiez envoyé. Je voulois avoir lieu d'abuser Emilie, EfTrayei son espnt, la tirer d'Italie, Kt pensois la résoudre h cet enlèvement ^ Sous l'espoir du retour poiur venger son amant. Mais , au lieu de goûter ces grossières amorces , Sa vertu combattue a redoublé ses forces : ^

Elle a lu dans mon cœur. Vous savez le surplus , Et je vous en ferois des récits superilus ; Vou-> voyez le succès de mon lûclie artifice. Si pourtant quelque grâce est due à mou indice ,4 Faites périr Kupliorlje au milieu des touinieuts,^ Et souffrez que je meure aux yeux de ces rmiants. J'ai trahi mon ami , ma maîtresse , mon maître , Ma gloire , mon pays , par l'avis de ce traître ; Et croirai toutefois mon bonheur infini Si je puis m'en punir après l'avoir puni.

AUGUSTE

En est-ce assez , ô ciel ! et le sort pour me nuire

A-t-il quelqu'un des miens qu'il veuille encor se'duire ?

Qu'il joigne à ses efforts le secours des enfers ,

Je suis maître de moi comme de l'univers;

Je le suis , je veux 1 être. O siècles , ô mémoire ,

Conservez h jamais ma dernière victoire ;

Je triomphe aujourd hui du plus juste courroux

De qui le souvenir puisse aller jusqu'à vous.

Soyons amis , (Jinna , c'est moi qui t'en convie : " Comme à mon ennemi je t'ai donné la vie ; Et , m'dgré la fureur de ton lûclie dessein , Je te la donne encor comme à mon assassin. Commençons un combat qui montre par l'issue Qai l'aura mieux de nous ou donnée ou reçue. Tu trahis mes bienfaits, je les veux redoubler; Je t'en avois comblé , je t'en veux acca})ler : Avec cette beauté que je t'avois donne'e Reçois le consulat pour la prochaine année.

Aime Cinna , ma fille , en cet illustre rang ; 7 Préfère-s-en la pourpre à celle de mon sang ;

A C T E V , s C È N E 1 1 I. âSj

j^pprends sur mon exemple à vaincre ta colère : Te rendant un époux , je te rends plus (ju'un père.

EMILIE

Et je me rends , seigneur, à ces hautes bontés ; Je rerouvie la vue auprès de leurs clartés : Je connois mou forfait qui me sem])loit justice^ F.t, ce que n'avoit pu la terreur du supplice, Je sens naître en mon anie un repentir puisr.ant; Et mon cu-ur eu secret me dit qu'il y consent.

Le ciel a résolu votre grandcui ^uprème; Et piur prouve, seigneur, je n'en veux que moi-même : J'ose avec vanité me donner cet éclat, ^ Puisqu'il change mon cœur, qu'il veut changer l'état. Ma haine va mourir, que j'ai crue Immortelle; J^lle est morte , et ce cœur devient sujet fidèle ; Et prenant désonnais cette Jiaine en horreur. L'ardeur cie vous servir succède à sa fureur.

CINNA

Seigneur, que vous dirai-je après que nos offenses Au lieu de châtiments trouvent dfs rérompenses? O vertu sans exemple ! û clémence , qui rend Votre pouvoir plus juste, et mon crime plus grand .'

AUGUSTE

Cesse d'en retarder un ouhli magnanime; Et tous deux avec moi faites grâce à Maxime : Il nous a trahis tous ; mais ce qu'il a commis Vous conserve innocents, et me rend mes amis.

i .1 Maxime. )

Reprends auprès de moi ta place accoutumée; Kcuire dans ton crédit et dans ta renommée.

Qu'Euphorbe de tous ti'ois ait sa grâce à son tour. Et que demain l'hymen couronne leur amour : Si tu l'aimes encor, ce sera ton supplice. 9

MAXIME

Je n'en murmure point, il a trop de justice ; Et je suis plus confus , seigneur, de vos bontés , Que je ne suis jaloux du bien que vous m'ôtez.

CINNA

Souffrez que ma vertu dans mon coeur rappelée Vous consacre une foi lâchement violée, Riais si feime à présent, si loin de chajiceler, Que la chute du ciel ne pourroit l'ébranler.

Puisse le grand moteur des belles destinées Pour prolonger vos jours retrancher nos années ; Et moi , par un bonheur dont chacun soit jaloux , Perdre poui- vous cent fois ce que je tiens de vous !

LIVIE

Ce n'est pas tout, seigneur; une céleste flamme D'un rayon prophétique illumine mon anie. ' ** Oyez ce que les dieux vous font savoir par moi ; De votre heureux destin c'est l'immualile loi.

Après cette action vous n'avez rien à craindre ; On portera le joug désormais sans se plaindre ; Et les plus indomtés , renversant leurs projets , Mettront toute leur gloire à mourir vos sujets ; Aucun lâche dessein, aucune ingrate envie ]N 'attaquera le cours d'une si belle vie ; Jamais plus d'assassins , ni de conspirateurs : Vous avez trouvé l'art d'être maître des coeurs. Home avec une joie et sensible et profonde Se démet en vos mains de l'empùe du monde ;

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