‹ Chefs-d'œuvre de P. CorneilleChapitre 23 sur 173 · D. ARIAS, LE COMTE · texte numérisé non relu

D. ARIAS, LE COMTE

lE COMTE.

.1 E l'avoue entre nous , quand je lui fis l'affront , ^ J'eus le sang un peu chaud et le bras un peu prompt Mais , puisque c'en est fait , le coup est sans remède.

Qu'aux volonte's du roi ce grand courage cède : Il y prend grande part; et son cœur ii'rité Agira contre vous de pleine autorite'.

Aussi vous n'avez point de valable défense. Le rang de l'off'ensé , la grandeur de l'ofTense , Demandent des devoirs et des soumissions Qui passent le commun des satisfactions.

LE COMTE

Le roi peut , à son gré , disposer de ma vie.

De trop d'emportement votre faute est suivie. Le roi vous aiine encore ; apaisez son courroux : H a dit, Je le veux. Désobéirez- vous ?

LE COMTE

Monsieur, pour conserver ma gloire et mon estime , Désobéir un peu n'est pas un si grand crime ; ^ Et , quoique grand qu'il fût , mes services pre'senls Pour le faire abolir sont plus que suffisants.

i6 LE Ci D.

I>. ARIAS

Quoi qu ou fasse d'illustre et de ronsidérahlc , .lamais à son sujet un roi n'est redevfible. Vous vous flairez beaucoup , et vous devez savoir Que qui sert bien son roi ne fait que son devoir. "N'ous vous perdrez, nionsieur, sur cette confiance.

LE COMTE

Je ne vous en croirai qu'après l'expérience.

D. ARIAS

Vous devez redouter la puissance d'un roi.

LE COMTE

Un jour seul ne perd pas un boiiime tel que moi. Que loute sa grandeur s'arme pour mon supplice Tout l'état périra s'il faut que je périsse.

Quoi I vous craignez si peu le pouvoir souverain. . . .

LE COMTE

D'un sceptre qui sans moi tomljcioit de sa mai.o. Il a trop d intérêt lui-même en ma j^ersonne, lit ma tête en tombant feroit choir sa couronne.

D. ARIAS

Souffrez que la raison remette a os esprits. Prenez un bon conseil.

LE COMTE.'

Le conseil en est pris.

D. ARIAS

Que lui dirai-je enfin ? je lui dois rendre compte.

LE COMTE

Que je ne puis du tout consentir à ma Loute.

D. ARIAS

Mais songez que les lois veulent être absolus.

I, E COMTE

Le sort en est jeté, monsieur; n'en parlons plus.

D. ARIAS

Adieu donc, puisqu'en vain je tâche à vous résoudre. Tout couvert de lauriers , craignez encor la foudre.

LE COMTE

Je l'attendrai sans peur.

D. ARIAS

Mais non pas sans eflet.

LE COMTE

Nous verrons donc par là don Diègue satisfait.

(d. Arias rentre. J

Oui ne craint point la mort ne craint point les menaces. J'ai le cœur au-dessus des plus fières disgrâces ; Et l'on peut me réduire à vivre sans bonheur, Mais non pas me résoudre h. vivre sans honneur.

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