‹ Chefs-d'œuvre de P. CorneilleChapitre 22 sur 173 · ACTE I, SCÈNE X. l · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE X. l

rili-icrablc vongrur d'une juste querelle,

Kr ninlhcuieux objet d'une injuste rigueur,

Jo demeure immobile, et mon ame abattue

Cède au coup qui me tue.

Si près de voir mon feu récompensé ,

O Dieu I l'étrange peine I En cet affront mon père est l'offensé , Et l'offenseur le père de Chimène !

Que je sens de rudes combats !

Contre mon propre honneur mou amour s'intéresse : Il faut venger lui père , et perdre une maîtresse ; L'un m'anime le cœur, l'autre retient mon bras. Réduit au triste choix ou de trahir ma flamme , Ou de vivre en infâme , Des deux côtés mon mal est infini.

O Dieu ! l'étrange peine !

Faut-il laisser un affront impuni ?

Faut-il punir le père de Chimène ?

Père, maîtresse, lionncur, amour, îNoble et dure contrainte , aimable tyrannie , Tous mes plaisirs sont morts, ou ma gloire ternie. L'un me rend malheureux, l'autre indigne du jour. Cher et cruel espoir d'une ame généreuse , Mais ensemble amoureuse, Digne ennemi de mon j)lus grand bonheur ,

Fer qui causes ma peine , M'es-tu donné pour venger mon honneur ? M'es-tu donné pour perdre ma Chimène?

Il vaut mieux coiuir au trépas.

Je dois ù ma maîtresse, aussi-bien qu'à mon père.

iG LE CID. ACTE I, SCÈ:>E X.

J'attire en me vengeant sa Laine et sa cclcre ; J'attire ses mépris en ne me vengeant pas. A mon plus doux espoir l'un me rend infidèle , Et l'autre , indigne d'elle.

Mon mal augmente à le vouloir gue'rir ;

Tout redouble ma peine.

Allons , mon ame ; et , puisqu'il faut mouiir, Mourons du moins sans offenser Chimène.

ÎMourir sans tirer ma raison !

Rechercher un trépas si mortel à ma gloire ! Endurer que l'Espagne impute à ma mémoire D'avoir mal soutenu l'honneur de ma maison I Respecter un amour dont mon ame égarée Voit la perte assurée !

N'écoutons plus ce penser suborneur,

Qui ne sert qu'à ma peLne.

Allons , mon bras , sauvons du moins l'honneur, ^ Puisqu'aussi-bien il faut perdre Chimène.

Oui , mon esprit s'éloit déçu.

Je dois tout à mon père avant qu'à ma maîtresse ; Que je meure au combat, ou meure de tristesse, Je rendrai mon sang pur conmie je l'ai reçu. Je m'accuse déjà de trop de négligence ; Courons à la vengeance ; Et, tout honteux d'avoir tant balancé,

Ne soyons plus en peine , Piiisqu aujourd'hui mon père est l'oflensé, Si loffenseiir est père de Chimène.

FIN W TBEMIER ACTE.

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