ACTE II, SCÈNE IL 2i
D. RODHIGUE.
Oui : tout autre que moi Au seul bruit de ton nom poiuroit trembler d'effroi. Les palmes dont je vois ta tête si couverte Semblent porter écrit le destin de ma perte. J'attaque en téméraire un bras toujours vainqueur; Mais j'aurai trop de force ayant assez de cœur. A qui venge son père il n'est rien d'impossible. Ton bras est invaincu , mais non pas invincible. ^■
LE COMTE
Ce grand cœur qui paroît au discours que tu tiens
Par tes yeux chaque jour se découvroit aux miens ;
Et croyant voir en toi l'honneur de la Castillc ,
Mon ame avec plaisir te dcstinoit ma fille.
Je sais ta passion , et suis ravi de voir
Que tous se» mouvements cèdent à ton devoir ;
Qu'ils n'ont point afl()ibli cette ardeur magnanime ;
Que ta haute vertu répond à mon estime;
Et que, voulant pour gendre un cavalier parfait,
Je ne me trompois point au choix que j'avois tait.
Mais je sens que pour toi ma pitié s'intéresse :
J'admire ton courage, et je plains ta jeunesse.
Ne cherche point à faire un coup d'essai fatal ;
Dispense ma valeur d'un combat inégal ;
Trop peu d'honneur pour moi suivroit cette victoire :
A vaincre sans pcTÏl, on triomphe sans gloire.
On te croiroit toujours abattu sans effort ;
Et i'aurois seulement le regret de ta mort.
D. ROnniGUE.
D'une indigne pitié ton audace est suivie:
Qui m'ose Oter l'Jionneur craint de môtcr la vie!
LE COMTE
Brt ire-loi d ici.
D. nODRIGtJE.
Marchons sans discourir.
LE COMTE
Es-tu si las de vivre ?
D. nODRIGUE.
As-tu peur de mourir ?
LE COMTE
Viens , tu fais ton devoir ; et le fils dégénère Qui survit un moment h. l'iionneur de son père.