‹ Chefs-d'œuvre de P. CorneilleChapitre 28 sur 173 · SCÈNE y · texte numérisé non relu

SCÈNE y

l'infante.

IIÉlAs ! que dans l'esprit je sens d'inquiétude î Je pleure ses malheurs , son amant me ravit ; Mon repos m'abandonne , et ma flamme revit. Ce qui va séparer Roiiiifjuc de Cliimène

P. Corneille. I. '6

Fait renaître à la fois mon espoir et ma peine ;

Et leur division , que je vois à regret,

Dans mou esprit chaimé jette un plaisir secret.

LÉ ON OR

Cette liante vertu qui règne dans votre ame Se rend-elle sitOt à cette lâche llaiume ?

l'infante.

Ne la nomiHe point lâclie , à présent que cliez moi Pompeuse et triomphante elle me Lit la loi; Porte-lui du respect , puisqu'elle m'est si chère. Ma vertu la combat , mais mal|^re moi j espère ; Et d'vm si fol espoir mon cœur mal défendu Yole après un amant qiie Chimène a perdu

Vous laissez choir ainsi ce glorieux ccurage ? Et la raison cliez vous perd ainsi son usage ?

l'infante.

Ah ! qu'avec peu d'effet on entend la raison, Quand le cœur est atteint dun si chamiant poisun 1 Et lorsque le malade aime sa maladie . Qu'il a peine à souffrir que l'on y remédie 1

LÉ ON OR

Votre espoir vous séduit, votie mal vous est doux : Mais euiin ce Rodrigue est indigne de vous.

l'infante.

Je ne le sais que trop ; mais si ma vertu cède, Apprends comme l'amour flatte un cœur qu'il possède. Si Rodrigue une fois sort vainqueur du coni]>at , Si dessous sa valeur ce grand guerrier s'abat , Je puis en faire cas, je puis l'aimer sans honte. Que ne fera-l-il point s'il peut vaincre le conjie

J'ose m'imaginer qu'à ses moindres exploits Les royaumes entiers tomberont sous ses lois ; Et mon amour flatteur déjà me persuade ()uc je le vois assis au trône de Grenade , Les Maures subjugués trembler en l'adorant, L'Aragon recevoir ce nouveau conquérant, Le Portugal se rendre, et ses nobles journées Porter delà les mers ses hautes destinées, Uu sang des Africains arroser ses lauriers ; Enfin, tout ce qu'on dit des plus fameux guerriers, Je l'attends de Rodrigue après cette victoire, Et fais de son amour un sujet de ma gloire.

Mais, madame, voyez où vous portez son bras, I jisuite d'un combat qui peut-être n'est pas.

l'infante.

Rodrigue est oflensé, le cointe a fait l'outrage; Ils sont sortis ensemble ; en faut-il davantage ?

Eh bien , ils se battront, puisque vous le voulez ; Mais Rodrigue ira-t-il si loin que vous allez ?

Que veux-tu ? je suis folle , et mon esprit s'égare ; Mais c'est le moindre mal que lainour me prépare. Viens dans mon cabinet consoler mes ennuis; Et ne me quitte point dans le trouble où je suis.

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