LE ROI, D. SANCHE, D. ARIAS
D. SANCHE
Peut-êtue un peu de temps le rendroit moins rebelle ; Ou l'a pris tout bouillant encor de sa querelle^
acteii,scî:nevii. 29
Sire , dans la clialetir d'un premier mouvemeutj Un cœur si ge'néreux se rend malaisénient. Il voit bien qu'il a tort, mais une ame si haute N'est pas sitôt réduite à confesser sa faute.
LE noi.
Don Sanche , taisez- vous , et soyez averti Qu'on se rend criminel à prendre son parti. '
D. s ANC HE.
J'obe'is , et me tais ; mais , de grâce encor , sire , Deux mots en sa défense.
LE ROI
Et que pourrez- vous dire?
D. SANCHE
Qu'une amp accoutumée aux grandes actions
Ne se peut abaisser à des soumissions :
Elle n'en conçoit point qui s'expliquent sans honte ;
Et c'est à ce mot seul qu'a résisté le comte.
11 trouve en son devoir un peu trop de rigueur,
Et vous obéiroit s'il avoit moins de cœur.
Commandez que son bras , nourri dans les alarmes ,
Répare cette injure à la pointe des armes ;
Il satisfera , sire ; et vienne qui voudra ,
Attendant qu'il l'ait su, voici qui répondra.
LE noi. .Vous perdez le respect : mais je pardonne à l'Age , Et j'estime l'ardeur en un jeune courage. Un roi dont la prudence a de meilleurs objets Est meilleur ménager du sang de ses sujets ; Je veille pour les miens , mes soucis les conservent , Conune le chef a soin des membres qui le servent.
Ainsi votre raison n est pas raison pour moi;
Vous parlez en soldat, je dois agir en roi ;
Et, quoi qu'on veuille dire , et quoi qu'il ose croire^
Le comte à m'obéir ne peut perdre sa gloire.
D'ailleurs , l'affront me touche , il a perdu d'honneur
Celui que de mon fils j'ai fait le gouverneur :
S'attaquer à mon choix, c'est se prendre à moi-même ,
Et faire un attentat sur le pouvoir suprême.
5'en parlons plus. Au reste , on a vu dix vaisseaux
De nos vieux ennemis arborer les drapeaux ; ^.
^'ers la bouche du fleuve ils ont osé paroître.
O. ARIAS
Les Maures ont appris par force à vous connoître ; Et, tant de fois vaincus, ils ont perdu le creur De se plus hasarder contre un si grand vainqueur.