‹ Chefs-d'œuvre de P. CorneilleChapitre 33 sur 173 · LE ROI, D. DIÈGUE, CHIMÈNE, D. ÇAKCHE, D. ARIAS, D. ALONSE · texte numérisé non relu

LE ROI, D. DIÈGUE, CHIMÈNE, D. ÇAKCHE, D. ARIAS, D. ALONSE

Sinz , sire , justice ! ^

D. DIÈGUE

Ah ! sire , écoutez-nows.

CHIMÈNE

Je me jette à vos pieds.

D. DIÈGUE

J'embrasse vos genoux.

Je demande justice.

D. DIÈGUE

Entendez ma défense.

CHIMÈNE

D'un jeune audacieux punissez l'insolence ; Il a de votre sceptre abattu le soutien , Il a tué mon père.

D. DIÈGUE

Il a vengé le sien.

CHIMÈNE

Au sang de ses sujets un roi doit la justice.

D. DIÈGUE

Pour la juste vengeance il n'est point de supplice.

LE noi.

Levez-vous l'un et l'autre , et parlez à loisir. Cliixnène, je prends part à voUe déplaisir;

D'une égale douleur je sens mon ame atteinte.

( à don Diôguo. )

Vous parlerez après ; ne troublez pas sa plainte.

CHIMÈNK.

Sire , mon père est moft ; mes yeux ont vu son sang Couler à gros bouillons de son ge'néreux flanc : Ce sang qui tant de fois garantit vos murailles , Ce sang qui tant de fois vous gagna des batailles, Ce sang qui tout sorti fume encor de courroux '■* De se voir répandu pour d'autres que pour vous , Qu'au milieu des hasards n'osoit verser la guerre, Rodrigue en votre cour vient d'en couvrir la terre. J 'ai couru sur le lieu sans force et sans couleur ; le l'ai trouvé sans vie. Excusez ma douleur, Sire ; la voix me manque à ce récit funeste ; ; Mes pleurs et mes soupirs vous diront mieux le reste.

LE ROI

Prends courage , ma fille , et sache qu'aujourd'hui Ton roi te veut servir de père au lieu de lui.

CHIMÈNE

Sire , de trop d'honneur ma misère est suivie.

Je vous l'ai déjà dit , je l'ai trouvé sans vie ;

Son flanc étoit ouvert ; et , pour mieux m'émouvoir, ^

Son sang sur la poussière écrivoit mon devoir j 4

Ou plutôt sa valeur en cet état réduite

Me parloit par sa plaie, et hâtoit ma poursuite ;

Et, pour se faire entendre au plus juste des rois,

Par cette triste bouche elle cmpruntoit ma voix.

Sire, ne soufl'rez pas que sous votre puissance

Règne devant vos yeux une telle licence j

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Que les plus valeureux , avec impunité , Soient exposés aux coups de la témérité ; Qu'un jeune audacieux triomphe de leur gloire, Se baigne dans leur sang , et brave leur mémoire. Un si vaillant guerrier qu'on vient de vous ravir Éteint, s'il n'est vengé, l'ardeur de vous servir. Enfin mon père est mort, j'en demande vengeance, Plus pour votre intérêt que pour mon allégeance. Vous perdez en la mort d'un homme de son rang ; Vengez-la par une autre , et le sang par le sang. Immolez , non à moi , mais à votre couronne , Mais à votre grandeur, mais à votre personne ; Immolez , dis- je , sire , au bien de tout l'état Tout ce qu'enorgueillit un si grand attentat.

LE ROI

Don Diègue , répondez.

Qu'on est digue d'envie Lorsqu'en perdant la force on peid aussi la vie 1 Et qu'un long âge apprêle aux hommes généreux , An bout de Isur cairière, un destin mallieurcux î Moi, dont les longs travaux ont acquis tant de gloire, Moi , que jadis partout a suivi la victoire . Je me vois aujourd'hui , pour avoir trop vécu, Recevoir un aflront, et demeurer vaincu. Ce que n'a pu jamais coml^at, sit-ge, embuscade, Ce que n'a pu jamais dragon, ni Grenade, Ni tous vos ennemis , ni tous mes envieux , Le comte en votre cour la fait presque à ^ os yeux. Jaloux de votre choix, et lier de l'avantage Que lui donnoit siu- moi l'impuissance de lâge.

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