‹ Chefs-d'œuvre de P. CorneilleChapitre 42 sur 173 · ACTE III, SCÈNE TV · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE TV

Ton mallieureux amant aura bien moins de peine A mourir par ta main , qu'à vivre avec ta haine.

CHIMÈNE

Va , je ne te Lais point.

D. RODRIGUE

Tu le dois.

Je ne puis.

D. RODRIGUE

Crains-tu si peu le blâme , et si peu les faux bruits ? Quand on saura mon crime, et que ta flamme dure, Que ne puhlîrout point l'envie et l'imposture ? l'orce-les au silence, et, sans plus discourir. Sauve ta rcnomme'e en me faisant mourir.

Elle éclate bien mieux en le laissant la vie; Et je veux que la voix de la plus noire envie Llève au ciel ma gloire et plaigne rues ennuis, Sachant que je t'adoie et que je te poursuis. Va-t'en , ue montre plus h ma douleur extrême Ce qu'il faut que je perde encore que je l'aime. Dans l'ombre de la nuit cache bien ton départ; Si l'on te voit .sortir, mon honneur court hasard. l.a seule occasion qu'aura la médisance, C est de savo«r qu'ici j'ni soufTert ta présence. ]Vc lui donne point lieu d'attaquer ma vertu.

Que je meure !

Va -t'en.

D. nODRIGUE.

A quoi te résous-tu ?

CHIMÈNE

Malgré des feux si beaux qui troublent ma colère , Je ferai mon possible ù bien venger mon père ; Mais, malgi'é la rigueur d'un si cruel devoir, Mon unique souliait est de ne rien pouvoir.

D. RODRIGUE

O miracle d'amour ! ^

CHIMÈKE.

o comble de misères !

D. RODRIGUE

Que de maux et de pleurs nous coûteront nos pères !

CHIMÈNE

Rodi'igue , qui l'eût cru ....

D. RODRIGUE

Cliimène , qui l'eût dit ... .

CHIMÈNE

Que notre heur fût si proche , et sitôt se perdît ?

D. RODRIGUE

Et que si près du port , contre tonte apparence , Un orage si prompi brisât notre espérance ?

CHIMÈNE

Ah ! mortelles douleurs !

D. RODRIGUE

Ah î regrets superflus !

CHIMÈNE

Va-t'en , encore un coup , je ne t'écoute plus.

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